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Eysses. Une prison dans la Résistance 1940-1944

Eysses. Une prison dans la Résistance (1940-1944). Exposition

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La plupart des photos de cette exposition proviennent du fonds de l'Association pour la mémoire des patriotes résistants d'Eysses, bataillon FFI déporté à Dachau, déposé au MNR (Musée de la Résistance nationale). Il s'agit de photos prises clandestinement dans la centrale en 1943 et en 1944 par les détenus eux-mêmes, ou lors de commémorations. Les photos de la centrale proviennent de l'administration pénitentiaire (certaines sont de Raymond Delvert, photographe villeneuvois). Pour le reste, il s'agit de quelques photos prises à Eysses par Henri Manuel dans les années trente. La photo la plus ancienne représentant la chapelle au début du XXe siècle et l'aquarelle de la cour d'honneur ont été données par la petite-fille du premier directeur de la colonie pénitentiaire, M. Grosmolard, pour la salle de mémoire du centre de détention. Ces images sont la propriété de l'association des résistants d'Eysses ou du ministère de la Justice. Reproduction interdite sans autorisation.Montage, légendes et commentaires : Corinne Jaladieu, avec la collaboration technique de Jean-Lucien Sanchez. Mise en ligne : La réalisation a bénéficié d'une aide financière de l'Agence nationale de la recherche (Projet n° ANR-09-SSOC-029).

Eysses : Entrée du bâtiment administratif (façade sud de l’ancienne abbaye)

Source : Association pour la mémoire des résistants d’Eysses.
Repères chronologiques
Autour de 58 av J.C. : ville gallo-romaine d’Excisum.
Ve siècle : fondation de l’abbaye d’Eysses.
1061 : rattachement de l’abbaye à l’ordre clunisien.
XIIIe-XVIe siècles : l’abbaye perd de son importance.
XVIIIe siècle : restauration par les bénédictins de Saint-Maur.
Eysses est établie au carrefour de deux grandes routes stratégiques traversant le Sud-Ouest de la France (de Bourges à l'Espagne, de Bordeaux à Lyon). La ville a connu une prospérité économique au Ier siècle de notre ère lorsque Rome la choisit pour héberger un camp militaire. Sous le règne de Charlemagne et ses descendants, la ville d'Eysses devint la propriété de l'abbaye Bénédictine de Saint Gervais-Saint Protais avant de donner naissance, par la volonté du Roi de France et de l'Abbé, à une bastide, une ville neuve, construite sur les rives du Lot au XIIIe siècle. Pendant la guerre de Cent Ans puis durant les guerres de Religion, l'abbaye est gravement endommagée.

L'abbaye d'Eysses d'après le Monasticon Gallicanum du XVIIe siècle

Source : Archives départementales de Lot-et-Garonne
En 1789, l'abbaye est mise sous séquestre. Dès 1803, les bâtiments sont affectés à la garde des condamnés à la réclusion, à la gêne et à la détention par les tribunaux de première instance du grand sud ouest (Gironde, Dordogne, Landes, Lot-et-Garonne, Lot, Ariège, Gers, Basses et Hautes Pyrénées puis le Tarn-et-Garonne). La maison centrale d’Eysses ouvre en 1809. Elle détient durant tout le XIXe siècle de 1000 à 1200 condamnés.

Plan de situation de la colonie pénitentiaire dans la commune de Villeneuve-sur-Lot

Source : Association pour la mémoire des résistants d’Eysses.
Un tournant majeur dans l’histoire carcérale de l’établissement est, le 2 juin 1895, la transformation de la maison centrale en colonie correctionnelle, établissement public destiné aux mineurs délinquants condamnés à plus de deux ans de détention et aux insubordonnés des colonies pénitentiaires. Eysses reste un établissement pour mineurs entre 1895 et 1940. La colonie correctionnelle devient maison d'éducation surveillée suite au décret du 31 décembre 1927, par volonté de gommer le plus possible le caractère pénal de cet établissement. Mais ce nouveau vocabulaire a du mal à passer, on continue à appeler Eysses, qui reçoit toujours les incorrigibles, colonie correctionnelle. Eysses a été divisée en deux sections : une section pénitentiaire pour les mineurs de seize ans condamnés à des peines supérieures à deux ans ainsi que les relégables bénéficiant d’un régime de faveur, et une section correctionnelle où sont matés les « insubordonnés et les vicieux » (indisciplinés de toutes les autres maisons pénitentiaires tant publiques que privées), les mineurs de moins de vingt et un ans en « correction paternelle », cependant que sont isolés des autres les syphilitiques.

Colonie correctionnelle d’Eysses vue cavalière

Source : Carte postale. AD 47.

Colonie correctionnelle d’Eysses colons au travail

Source : Carte postale AD 47

Colonie correctionnelle d’Eysses pupilles revenant des champs

Source : Carte postale AD 47 Photo prise devant l’église Saint Sernin. Elle montre des pupilles revenant des champs, entrant dans la colonie par la porte cochère du mirador nord ouest. C’est par cette porte que 54 résistants s’évaderont le 3 janvier 1944 accompagnés d’un surveillant en simulant une sortie pour une corvée extérieure.

Aquarelle de la cour d’honneur vers 1910

Aquarelle réalisée par un artiste ami du premier directeur de la colonie correctionnelle : M. Grosmolard. Source : Ministère de la Justice. Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du centre de détention (CD ensuite) d’Eysses. Don de la petite fille de M. Grosmolard à M. Coste (ancien directeur du centre de détention d’Eysses) pour la salle de mémoire qu’il a constituée à l’entrée de la prison. Depuis la transformation de l’ancienne abbaye en prison centrale en 1803, la cour d’honneur symbolise la pérennité de ce lieu de réclusion. Cet espace, agrémenté de rosiers bien taillés et de platanes, est un lieu de vie et de travail. Il distribue à la fois les logements du directeur, du sous-directeur et de l’économe, les espaces de détention et le bâtiment administratif où travaillent quotidiennement les membres du personnel pénitentiaire. Le peintre a voulu immortaliser la cour d’honneur de la colonie d’Eysses : cour de récréation pour cette petite fille qui vient rendre visite à son grand-père directeur de la colonie. Le contraste entre cette enfance paisible et celle des pupilles détenus à Eysses est saisissant…

Chapelle de la colonie correctionnelle vers 1910

Source : Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. Le directeur M Grosmolard réunissant les pupilles dans la chapelle.

Pupilles devant une rangée de cages à poules vers 1930

Source : Coll. Henri Manuel. Ministère de la Justice Administration pénitentiaire. Pendant le Second Empire, dans les grandes maisons centrales, des quartiers distincts furent institués afin de séparer les jeunes adultes des condamnés plus âgés et des dortoirs cellulaires aménagés à l'aide de cloisons en bois à claire-voie. Les cellules ainsi délimitées sur un  espace de 1,5 mètre sur 2 mètres furent appelées "cages à poules". Le mobilier de la cellule se composait d'un lit en métal ou en bois, d'un matelas et de deux couvertures, d'une tinette et  d'un broc à eau. Durant la période où la centrale fut transformée en MES, la fermeture des cages à poules permettait de protéger les enfants des viols fréquents entre détenus. Ce système de cellules à fermeture unique pour toute la rangée resta en usage dans les maisons centrales (Clairvaux, Eysses, Poissy, Melun) et dans les maisons d'éducation surveillée (Aniane, Saint-Hilaire, Saint-Maurice) jusqu’à la grande révolte des prisons de 1974.

Pupilles comparaissant devant le prétoire vers 1930

Source : Coll. Henri Manuel. Ministère de la Justice Administration pénitentiaire.

Le Garde des Sceaux Marc Rucart à Eysses le 9 avril 1937

Source : La Petite Gironde 10 avril 1937 Le 9 avril 1937 le Garde des Sceaux Marc Rucart se rend à Eysses suite au décès du pupille Roger Abel. La discipline étant très dure, les révoltes se multiplient dans les maisons d’éducation surveillée. Dans les années 1930, Eysses et Belle-Île sont au cœur d’une campagne de presse dénonçant les « bagnes d’enfants ». La campagne menée par Alexis Danan dans Paris-soir à la suite de “l’affaire d’Eysses” d’avril 1937 (la mort du pupille Roger Abel), sert de détonateur, dans un contexte occupé par des partisans de la défense sociale qui font du traitement des mineurs un préalable à la mise en œuvre des réformes pénales. Henri Wallon dénonce Eysses comme le bagne le plus défavorisé, « troisième degré du système carcéral pour mineurs après Douaires et Belle-Isle, où l’on incarcère les syphilitiques, les criminels de 18 à 20 ans les malheureux gosses dont 78% ont volé ou n’ont plus de parents ». Il reste donc de cette période durant laquelle Eysses est une maison d’éducation surveillée, une solide réputation de « bagne » d’enfant, « maison des incorrigibles voire même des assassins » (Source : Brochure d’Henri Wallon professeur à la Sorbonne, Une plaie de la société… les bagnes d’enfants, Paris, 1938).

Entrée de la maison centrale de correction vers 1940

Source : Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. Le 15 août 1940, le régime de Vichy ayant besoin de lieux de détention, Eysses passe sans transition d’un établissement destiné aux mineurs à une centrale de force destinée aux adultes considérés comme les plus dangereux. Alors que le nombre de détenus oscillait avant-guerre autour de deux cents, en juin 1940, l’effectif atteint sept à huit cents détenus suite à la débâcle et à l’exode pénitentiaire. L'établissement reçoit ses premiers détenus politiques, encore très minoritaires parmi les droits communs, avant de devenir en octobre 1943 la plus importante prison de concentration de résistants condamnés de toute la France.
La circulaire du 26 octobre 1943 décide la concentration à Eysses de tous les condamnés politiques par les tribunaux d’exception de Vichy de la zone sud. Le 30 mai 1944, les autorités françaises remettent les prisonniers résistants détenus à Eysses aux nazis. À la Libération, la centrale d’Eysses regroupe des prisonniers condamnés dans le cadre de l’épuration.
En 1974, l'établissement est le lieu d'une révolte de détenus. Un incendie ravage partiellement les dortoirs. L'année suivante, Eysses devient un centre de détention.

Commémoration à l’entrée du CD d’Eysses 2010

Photo de la commémoration du 66e anniversaire de la tentative d’évasion collective du 19 février 1944. Discours de M. Marcel Benvenutti, ancien résistant incarcéré à Eysses, devant le CD, 28 février 2010. Source : Association pour la mémoire des résistants d’Eysses. Après avoir accueilli des détenus condamnés lourdement pour faits de collaboration en 1945 dans le cadre de l’épuration et connu les révoltes carcérales de 1974, le régime de détention se « libéralise » ; la maison centrale devient un centre de détention. Aujourd’hui, le bâtiment principal de l'ancienne abbaye continue d’héberger les services administratifs ; le centre de détention accueille dans de nouveaux bâtiments des condamnés considérés comme présentant les perspectives de réinsertion les meilleures (la capacité d’accueil est de 316 places). À l’entrée, une salle d’histoire, créée par le directeur M. Coste en 2006, évoque l’histoire de la prison.

Allée des platanes menant à l'entrée de la prison. Années 1950


Source : Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. Alors qu’elle compte une minorité de prisonniers pour délits d’opinion, isolés parmi les droits communs depuis l’automne 1940, la centrale d’Eysses devient en octobre 1943, la plus importante prison de concentration de résistants au moment où les prisons sont rattachées à l'Intérieur ; entièrement sous souveraineté française, elle comptera entre ses murs jusqu'à 1400 condamnés par les tribunaux d'exception de l'État français. Ceinte de miradors, dans un environnement rural réputé tranquille, la centrale destinée à maintenir entre ses murs des « terroristes » considérés par le régime de Vichy comme plus dangereux que les droits communs, devient un bastion de Résistance. Les détenus opposent à leurs geôliers leur esprit de résistance et deviennent quasiment maîtres à l’intérieur de la centrale. Malgré la reprise en main milicienne, une tentative d’évasion collective est tentée le 19 février 1944, réprimée dans le sang par une cour martiale. Pour ces résistants, livrés aux nazis le 30 mai 1944, le passage dans cette prison restera une école de vie…

Cour d’honneur vers 1960

Source : Photo de Raymond Delvert photographe villeneuvois. Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. « Il est pourtant vrai que malgré ses échecs, malgré ses morts, l’histoire d’Eysses a été avant tout celle d’une grande victoire, celle que remportèrent sur eux-mêmes, des hommes d’origine, de formation et de croyance bien différentes et que le sort avait réunis derrière les mêmes murs. Victoires individuelles ou victoires collectives, les unes ne s’expliquent pas sans les autres. Le grand élan de solidarité humaine et patriotique capable de surmonter les plus dures épreuves et de lutter jusqu’à la mort n’est pas né en un jour. C’est petit à petit qu’il s’est forgé dans le corps, dans l’esprit et surtout dans le cœur des détenus d’Eysses. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est dans une prison derrière des barreaux et des murs, sous la menace des fusils que ces hommes ont découvert, ensemble, le vrai sens profond, humain et vivant des mots “Liberté, Égalité, Fraternité…” ». Préface de Stéphane Fuchs président de l’Amicale des anciens d’Eysses à l’ouvrage collectif, L’insurrection d’Eysses, 19/23 février 1944, une prison dans la Résistance, Paris, Éditions sociales, 1962.

Cour d’honneur vers 1960

Source : Photo de Raymond Delvert photographe villeneuvois. Vers 1960. Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. À partir d’octobre 1943 des centaines de condamnés pour faits de Résistance par le régime de Vichy arrivent dans la maison centrale de force d’Eysses. Le convoi amenant les prisonniers des différentes maisons d’arrêt de la zone sud, les 15 et 16 octobre, dit « train de la Marseillaise » (voir article de présentation) est l’occasion d’une première manifestation de résistance patriotique et fait figure d’événement fondateur pour le Collectif d’Eysses. En pénétrant dans la cour d’honneur, les prisonniers, condamnés lourdement, sont soumis au règlement unique et strict de maison centrale. En tant que prisonniers politiques, ils doivent subir une double peine puisque Vichy leur réserve un régime spécial discriminatoire par rapport aux droits communs, alors que la IIIe République avait concédé un régime politique plus favorable... Mais en regroupant à Eysses plus de mille deux cents résistants, l’administration pénitentiaire favorise bien malgré elle un foisonnement exceptionnel…

Chemin de ronde vers 1960

Source : Photo de Raymond Delvert photographe villeneuvois. Vers 1960. Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. La priorité est donnée à la surveillance des terroristes, au sein d’une administration qui se focalise sur sa mission de garde. Mais les hauts murs n’empêchent pas les liens avec la résistance extérieure et la population locale. Contrairement aux prévisions des autorités, une partie agissante de la population de Villeneuve-sur-Lot, interpellée par la présence massive de ces résistants lourdement condamnés, se solidarise avec les résistants emprisonnés.

Le préau 1 en 2010 (porche d’entrée ouest de l’ancienne abbaye)

Source : Coll. AERI. Droits réservés. La grande majorité des détenus est regroupée dans les préaux, cœur de la vie carcérale. Ils distribuent, au rez-de-chaussée : les chauffoirs et les ateliers où ils passent la journée, à l’étage : les dortoirs qu’ils rejoignent pour la nuit. La promenade quotidienne se déroule au pas cadencé ; la ronde des sabots, rythmée par le « une deux » des « matons », symbolise la discipline très dure du bagne d’Eysses. Mais avec l’arrivée massive des résistants en octobre 1943, l’institution exerce de plus en plus mal le contrôle sur les individus qu’elle prétend mettre au ban de la société. Grâce aux pressions exercées au quotidien par plus de mille deux cents détenus déterminés à ne pas se laisser avilir et unis au sein d’un même Collectif, les résistants réussissent à inverser un régime politique discriminatoire, suscitant l’engagement de quelques surveillants gagnés à leur cause (une douzaine s’engage dans un Front national des surveillants). Petit à petit, une organisation avouée, clandestine et structurée voit le jour (voir article de présentation). L’ordre social de la prison est renversé puisque celle-ci est, pendant quelques mois, quasiment autogérée par les détenus.

Rangée de cages à poules dans un dortoir vers 1970

Source : Ministère de la Justice, Administration pénitentiaire. Salle d’histoire du CD d’Eysses. 90% des prisonniers vivent en commun dans des dortoirs surpeuplés équipés d'une accumulation de châlits de bois à deux étages, d’autres rejoignent pour la nuit des cages à poules occupées au hasard des arrivées. Clandestinement, les détenus utilisent la grande surface de fer et sa fonction conductrice pour capter les ondes et fabriquer des postes à galènes.

Photo d’une cellule du quartier cellulaire vers 1950

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. La vie sociale spécifique qui s’y développe n’est pas faite que de tensions classiques en prison. Lieu de rencontre entre des personnes de milieux très divers, la prison fait tomber en partie les barrières sociales. Émerge une sous-culture spécifique des prisonniers politiques (voir article de présentation), unis à court terme pour vaincre le régime de Vichy et l’occupant et rétablir la République. Les prisonniers politiques affirment leurs propres codes de sociabilité, s’organisent autour des objectifs de survie pour mieux dépasser la souffrance, puis rapidement autour des valeurs de partage, de solidarité avec la mise en place des gourbis. Grâce à un poste de radio camouflé à l’infirmerie, un bulletin d’information est lu chaque soir dans les dortoirs. Ils obtiennent l’ouverture des cellules le soir, ce qui permet de décloisonner l’espace et de communiquer. C’est à la tombée de la nuit dans les dortoirs que sont calligraphiés les journaux, recopiés les messages clandestins destinés à l’extérieur. Un projet d’évasion collective est en préparation et quelques mitraillettes et grenades entrées avec la complicité de surveillants résistants sont camouflées sous les lattes d'un parquet.

Photo de M. Jean-Baptiste Lassalle directeur de la centrale d’Eysses de 1940 à janvier 1944

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. Don de Jean-Louis Lassalle (petit-fils de Jean-Baptiste Lassalle) membre de l’association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. L’application du règlement dépend de l’attitude du directeur, personnage clef de l’institution. Deux directeurs se succèderont à Eysses entre 1940 et 1944. Jean-Baptiste Lassalle illustre le cas des vieux serviteurs d’une administration pénitentiaire républicaine restés en place sous Vichy. Il fait preuve d’une attitude bienveillante envers les prisonniers politiques et concède aux détenus à partir d’octobre 1943 un régime politique de fait. Limogé en janvier 1944 au moment de la miliciarisation du régime, il est remplacé par Joseph Schivo (milicien fanatique et ami personnel du Secrétaire général au maintien de l’Ordre : Darnand) chargé de reprendre en main la prison.

Photo d’un surveillant entré en fonction dans la centrale en 1943

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. Les centrales comportent différentes catégories de personnel : un personnel de surveillance et, à la différence des prisons de courtes peines, un personnel administratif, un personnel spécial et parfois, des agents techniques. Les 100 à 150 agents en place entre 1940 et 1944, sont majoritairement originaires de la région (dont 22% de Villeneuve-sur-Lot), un bon nombre a été recruté sous la IIIe République et travaillait déjà dans la maison d’éducation surveillée. Mais le turn over est très important entre 1940 et 1944, répondant aux besoins d’une administration en crise : les auxiliaires représentent jusqu’à 66% des agents en 1943 et 1944. La chasse aux « forces de l’anti-France » entraîne inflation des détenus, insuffisance de personnel et aggravation de ses conditions de travail. Le rapport gardiens/gardés ne cesse de se dégrader : à Eysses, il est de 1 pour 5,7 en mai 1941. Au 5 octobre 1943, il est de 1 pour 11. Au moment où la prison reçoit une population considérée comme extrêmement dangereuse, l’administration pénitentiaire n’a donc plus les moyens de ses objectifs.

Photo d’anthropométrie de Salmon Olivier détenu résistant

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. La prison parle et révèle l’identité de résistants le plus souvent clandestins. Les 1400 résistants incarcérés à Eysses entre 1940 et 1944 sont des hommes de toute origine sociale ou géographique, appartenant à la Résistance dans toute sa diversité (communistes, gaullistes), membres des mouvements Combat, Libération, Franc-Tireur, des réseaux F1, Buckmaster, Intelligence service etc… Il s’agit donc d’un échantillon très représentatif des prisonniers politiques emprisonnés de Vichy.

Portrait d’André Laulan réalisé à Eysses le 31 janvier 1944

Source : association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Un nouveau genre fait son apparition en prison avec les prisonniers politiques : celui des portraits. Il semble avoir remplacé le tatouage des droits communs ; le portrait renvoie à une image de citoyen, le tatouage restant lié aux codes spécifiques de la délinquance ordinaire.

Photo d’Henri Auzias centrale d’Eysses janvier 1944

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Cette photo d’Henri Auzias ainsi que les suivantes sont issues d’un fond exceptionnel : les anciens détenus résistants d’Eysses ont conservé un carton entier de photos prises dans la centrale entre décembre 1943 et janvier 1944, avec un appareil photo rentré clandestinement. Certaines ont été développées grâce à l’aide de la résistance extérieure et la complicité de certains surveillants et envoyées aux familles. L’appareil photo comprenant les derniers négatifs, camouflé dans la cour du préau 1 avant leur départ en déportation, a été récupéré en 1945. Les affinités personnelles et la volonté d’unité ont raison des pratiques sectaires et l’immense majorité des 1200 détenus cherche à se fédérer. L’union doit sans doute beaucoup à la rencontre entre deux hommes : le médecin Stéphane Fuchs et le manipulant au tri en gare de Marseille, Henri Auzias. Ils se rencontrent à la centrale de Nîmes en 1943 et sont transférés ensemble à Eysses le 15 octobre 1943. Stéphane Fuchs a alors 37 ans, Henri Auzias, 31 ans. Plus âgés que la plupart de leurs co-détenus, leur forte personnalité comme leur expérience au service des autres les désignent rapidement comme les deux porte-parole, l’un « gaulliste », l’autre « communiste » des détenus. Il s’agit là de la dernière photo d’Henri Auzias puisqu’il sera fusillé par ordre de la cour martiale le 23 février 1944, suite à l’échec de la tentative d’évasion collective du 19 février.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Ces clichés de scènes de vie quotidienne sont en apparence banales, mais si l’on y jette un regard plus précis, ils révèlent l’image que les prisonniers ont souhaité renvoyer d’eux-mêmes et de leur vie derrière les barreaux. La plupart sont des clichés de frères d’armes. La photo est le résultat d’une volonté d’immortaliser des moments de joie mais aussi de détermination collective, alors que pour beaucoup ces années de clandestinité furent marquées par la peur. Replacée dans son contexte, elle résonne comme un défi, renvoyant l’image de combattants.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses. Les détenus portent le costume pénal : tenue de bure et sabots. Il a été déterminé par le cahier des charges de 1890 ; pour les hommes, la panoplie consiste en une vareuse, un pantalon, un gilet, un béret, des chaussons, des sabots, une chemise, un caleçon, et une cravate. À titre de récompense, on peut autoriser certains détenus à porter des souliers au lieu de sabots ainsi que des sous-vêtements personnels et, trois mois avant la fin de leur détention, à laisser pousser les cheveux et la barbe.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Photo de groupe prise dans les préaux en décembre 1943 et janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Hommage patriotique au détenu Barthélémy Duprillot décembre 1943


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Quelques photos sont même exceptionnelles si on les replace dans leur contexte : prises par des détenus politiques incarcérés dans les prisons de Vichy. C’est le cas des clichés qui immortalisent un événement particulier survenu à la centrale d’Eysses : la cérémonie funèbre et les honneurs patriotiques rendus par ses camarades à un interné administratif, Barthélemy Duprillot. Il fait partie d’un groupe d’une centaine d’internés administratifs arrivé à Eysses le 23 octobre 1943 et qui doit être transféré dans un camp d’internement de zone nord considéré comme réservoir d’otages. Craignant d’être livré aux Allemands, il se donne la mort pendant la bataille dite des « Trois Glorieuses », les 8, 9 et 10 décembre 1943, durant laquelle les prisonniers déterminés s’opposent physiquement aux GMR venus chercher leurs camarades internés et obtiennent la promesse de leur transfert en zone sud. Ces photos interpellent sur le degré d’autonomie et de liberté acquis par des prisonniers politiques au sein d’une prison.

Hommage patriotique au détenu Barthélémy Duprillot décembre 1943


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
L’enterrement de Duprillot est précédé d’une manifestation solennelle de fraternité ; une chapelle ardente est dressée au rez-de-chaussée de l’infirmerie, le cercueil reposant sur un catafalque est orné d’un drap aux couleurs nationales et précédé par plusieurs drapeaux tricolores, le corps est noyé sous les fleurs, couronnes offertes par la population villeneuvoise. La garde d’honneur, montée par une partie de la direction clandestine du Collectif témoigne du degré d’autonomie atteint en prison ! La séparation du corps est saisie par l’objectif, les photos représentant l’escorte du corbillard jusqu’à l’extérieur de la centrale par les surveillants en costume pénitentiaire attestent d’une même communion du personnel et des détenus dans la cérémonie et dans le deuil. Les honneurs officiels sont rendus par une haie de détenus en sabots et costume de bure, regardant passer le corbillard sans franchir toutefois une enceinte devenue fictive. Nous mesurons là la détermination et l’efficacité de l’organisation politique et la portée des libertés concédées aux détenus par la direction, alors que de telles manifestations rendant honneur à des résistants sont totalement prohibées à l’extérieur, passibles d’ailleurs de condamnation.

Hommage patriotique au détenu Barthélémy Duprillot décembre 1943


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Fête de la jeunesse à Eysses le 16 janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Le 16 janvier 1944 est organisée dans la centrale une « fête de la Jeunesse ». Après l’évasion de 54 détenus début janvier, il s’agit de canaliser l’ardeur des jeunes, contribuer à l’élévation du moral, mais aussi cimenter l’unité du groupe et contribuer à la formation politique. Des compétitions sportives sont organisées dans le préau 3, alors qu’un meeting politique célèbre l’Unité de la Résistance sous l’autorité du général de Gaulle dont un portrait géant est dressé au dessus de l’estrade. Ces photos illustrent à merveille « la République d’Eysses ». Le détenu n’est plus soumis, silencieux, au garde-à-vous, tondu comme n’importe quel prisonnier de centrale. Bien plus, il redevient ce qu’il n’est même plus à l’extérieur, sous Vichy, un citoyen libre de penser et d’agir, mais à l’intérieur de murs bien gardés. On saisit là une émulation et un bouillonnement bien difficiles à contenir qui relativisent l’idée d’une utopie dans le projet de s’évader à 1200…

Dessin du meeting de la fête de la jeunesse 16 janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Dessin réalisé clandestinement dans la centrale d’Eysses le 16 janvier 1944. Il s’agit d’immortaliser un moment ressenti comme exceptionnel : un meeting résistant en pleine centrale sous le régime de Vichy !

Fête de la jeunesse à Eysses le 16 janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Fête de la jeunesse à Eysses le 16 janvier 1944


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Photo de la tombe des fusillés prise peu de temps après leur exécution le 23 février 1944

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Photo de la tombe des douze fusillés par la cour martiale prise par Mme Belloni au cimetière Sainte-Catherine peu de temps après leur exécution le 23 février 1944. Le 19 février 1944, une tentative d’évasion collective (voir article de présentation) pour rejoindre le maquis échoue après plusieurs heures d’un combat inégal, on compte un mort : Louis Aulagne, du côté des détenus. Le 23 février à 11 heures douze meneurs présumés sont passés par les armes dans la prison par des gendarmes et GMR français, après avoir été condamnés par une cour martiale. Ils meurent courageusement au cri de « vive la France » et en entonnant une Marseillaise reprise en cœur par leurs camarades du quartier cellulaire attenant. Lorsqu’on enterre les fusillés au cimetière Ste Catherine d’Eysses, à quelques dizaines de mètres de la centrale, celui-ci est bouclé car la police craint une manifestation de solidarité avec les victimes. Grâce à la complicité du concierge, M. Pujol, une partie de la population villeneuvoise manifeste quotidiennement sa solidarité avec les emprisonnés en fleurissant les tombes malgré l’interdiction. Une banderole portant la mention « Morts pour la France » y est même apposée.

30 mai 1944 : la division SS das Reich prend livraison des prisonniers dans la cour d’honneur

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Cette photo prise par un GMR depuis une fenêtre de la caserne le 30 mai 1944, immortalise la livraison par les autorités françaises des prisonniers aux nazis (voir article de présentation). Il s’agit là d’une photo unique pour une livraison des prisonniers politiques qui fut systématique au printemps 1944. Les 1200 résistants d’Eysses sont livrés par les autorités de Vichy aux SS de la division das Reich, en direction de Compiègne, antichambre de la déportation. Quatre-cent d’entre eux laisseront leur vie dans les bagnes nazis…

Eysses : école de vie, lieu de mémoire


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Photo prise au mur des fusillés en août 1944, lors de la première commémoration après la libération de Villeneuve-sur-Lot. Une parente se recueille devant le poteau où fut attaché le commandant Bernard (commandant du bataillon d’Eysses) pour être exécuté. Dès la Libération, le mur de la prison contre lequel avaient été dressés les poteaux d’exécution devient le « mur des fusillés » : lieu de mémoire inscrit depuis à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, cas unique venu rappeler aux vivants la France des cours martiales (arrêté du 29 avril 1996, inscrivant le “mur des fusillés” du centre de détention d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques : « considérant [qu’il] est un témoin important des événements dramatiques du 19 et du 23 février 1944 liés à la seule révolte armée en milieu carcéral ayant eu lieu au cours de l’Occupation et à sa répression »).

Affiche commémoration 5 août 1945


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Retrouvailles à Villeneuve-sur-Lot, août 1945


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.

Retour à Eysses le 5 août 1945


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Photo prise le 5 août 1945 lors de la première commémoration à laquelle participent les anciens résistants rescapés des camps nazis, constitués en amicale. Une délégation arrive devant le porche de la centrale qu’ils avaient quittée sous les coups des SS le 30 mai 1944. « L’amicale des anciens détenus patriotes de la centrale d’Eysses a été constituée pour maintenir vivants la solidarité, l’esprit combatif, qui ont fait d’Eysses, sous la répression, une des forteresses de la résistance patriotique. Nous sommes fiers des succès remportés, fiers aussi des dures batailles menées. Aujourd’hui, un autre combat est engagé : la lutte pour la renaissance de la France. Fidèles à l’esprit de notre collectif de patriotes, nous apportons, là encore, la force de notre union. UNIS COMME A EYSSES Pour la liberté et la renaissance de la France Pour l’épuration et le châtiment des traîtres Pour le respect de la volonté nationale Nos héros sont tombés pour libérer la France de toute trace du fascisme, pour assurer la sécurité de leurs enfants, de nos enfants ; c’est à nous à veiller au respect de ces engagements ». Premier bulletin de l’amicale d’Eysses août 1945.

Mur des fusillés le 5 août 1945


Premier hommage ému des anciens résistants détenus à Eysses à leur camarade tombé au combat le 19 février 1944 et aux douze fusillés.
Serment d’unité prononcé le 5 août 1945 devant le mur : Martyrs d’Eysses, en ce lieu où vous êtes tombés, Devant nos berceaux et devant vos tombes, Nous faisons le serment de rester unis, UNIS COMME A EYSSES, Unis comme nous l’étions dans la journée du 10 décembre 1943, unis comme nous l’étions le 19 février, unis comme vous l’étiez, face à la mort. Martyrs d’Eysses, nos compagnons, nous le jurons. Nous faisons le serment d’accomplir votre mission. Nous ferons tous ensemble, avec tous ceux qui ont souffert, avec tout notre peuple, la France que vous vouliez, pour laquelle vous êtes morts. Nous lui donnerons sa place dans le monde, nous le jurons.

1er congrès 5 août 1945


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Un premier pèlerinage a lieu le 5 août à Villeneuve-sur-Lot, où se tient la première assemblée générale dans la salle du théâtre Georges Laygues. Elle réunit 487 survivants venus de toute la France, soit plus de la moitié des Eyssois déportés rentrés vivants. En dépit de l’état de santé fragile de beaucoup et des contraintes de déplacement, elle se déroule au milieu d’une foule nombreuse.

Procès du directeur milicien Schivo Agen 13 mars 1946


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
Photo du procès du directeur milicien Schivo, de son épouse, et de ses deux gardes du corps miliciens. Ils comparaissent devant la Cour de Justice du Lot-et-Garonne à Agen le 13 mars 1946.  À peine rentrés des camps nazis les survivants du bataillon FFI de la centrale d’Eysses se donnent pour tâche d’assigner en justice leurs bourreaux. Leur action est couronnée de succès et la condamnation à mort des miliciens fanatiques (Schivo, son épouse et son garde du corps Alexandre) est logiquement obtenue. Les deux hommes sont exécutés, madame Schivo voit sa peine commuée - comme il est de coutume pour les femmes - en travaux forcés à perpétuité, puis à vingt ans.

Commémoration du 66e anniversaire février 2010


Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
M. Jacques Chantre ancien résistant détenu à Eysses porte le drapeau de « l’association pour la mémoire des résistants détenus à Eysses, bataillon FFI déporté à Dachau » lors des commémorations de février 1944, qui se déroulent en 2010. À cette date, l’association compte encore parmi ses membres 87 anciens résistants incarcérés à Eysses durant la Seconde Guerre mondiale. L’hommage patriotique, point fort des commémorations annuelles à Villeneuve-sur-Lot depuis 1944 permet d’ancrer les fusillés dans le Panthéon des morts pour la lutte libératrice de la France. Mémoires collective et institutionnelle ont contribué à faire de la prison d’Eysses un lieu de mémoire symbole de combats pour la restauration des libertés républicaines dans laquelle les résistants d’Eysses jouèrent un rôle original.

Plaque apposée au pied du monument aux morts où furent ensevelis les douze fusillés

Source : Association pour la mémoire des anciens résistants d’Eysses.
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L’abbaye bénédictine d’Eysses fut transformée en maison centrale de détention en 1803. Convertie en 1895 en colonie correctionnelle pour mineurs délinquants, elle redevint une maison centrale pour hommes en 1940. Le 26 octobre 1943, une circulaire signée René Bousquet (secrétaire général de la police), décidait d’affecter à Eysses tous les condamnés par les sections spéciales de zone sud et par le tribunal d’État de Lyon, pour menées communistes terroristes anarchistes ou subversives. Dès décembre 1943, plusieurs convois supplémentaires arrivèrent de Paris et du nord, parmi lesquels cent prisonniers transférés de la Santé le 12 février 1944.

Avec 1400 condamnés politiques passés dans ses murs, la centrale d’Eysses concentrait au 22 mai 1944 70% du total des condamnés politiques détenus dans les prisons françaises. Unis au sein d’un même collectif, ces hommes mirent au point une organisation résistante perfectionnée à l’intérieur de la prison. Fait unique dans l’histoire pénitentiaire, ils formèrent un bataillon F.F.I clandestin, un bloc, une union arrachant à l’administration pénitentiaire des améliorations des conditions de vie : droit d’enseigner (c’est ainsi que le détenu Georges Charpak dispensa des leçons de physique), droit de circuler librement dans les cours etc…On y rédigea même des journaux « le Patriote enchaîné », « L’unité ». Toutes ces activités étaient tendues vers un but : la préparation d’une évasion collective qui aurait permis de lancer dans le combat 1200 hommes supplémentaires.

L’exposition est composée de trois parties :

  • 1. Eysses, de l’abbaye au centre de détention 
  • 2. Eysses, une prison dans la Résistance 1940-1944 
  • 3. Eysses, école de vie, lieu de mémoire

La mise en ligne de cette exposition virtuelle a été réalisée dans le cadre du programme SCIENCEPEINE soutenu par l’Agence nationale de la recherche (Projet n° ANR-09-SSOC-029)

Corinne Jaladieu