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La maison d’arrêt de Loos

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La prison cellulaire de Loos

Après celui de la Seine, le département du Nord est le plus industrialisé, le plus riche et le plus peuplé des départements français pendant tout le XIXe siècle (1,16 million d’habitants en 1851, presque trois fois la moyenne nationale). La densité est quatre fois supérieure à la moyenne nationale. Dans ce département dont les habitants disposent des plus hauts revenus en France, les écarts sociaux sont considérables : le Nord regorge de pauvres, la mendicité y est un fléau endémique. Un seul chiffre : encore en 1900, la mortalité infantile est à Lille de 383 pour mille dans la très populeuse rue des Étaques, de 40 pour mille dans la très bourgeoise rue Royale1. Sans commentaire.

Le Nord est un des départements français parmi les plus urbanisés : 50 % de population urbaine (la moyenne nationale est de 31 %) en 1865, mais la grande criminalité y est plus de deux fois moindre (2 % de grands criminels contre 5 % en France). La population pénale y est cependant trois à quatre fois supérieure à la moyenne nationale dans les années 1840-50. S’il y a moins de grands criminels, on y compte cinq fois plus de dettiers d’état (10 % contre 2 %, à cause de la contrebande) et six à sept fois plus de mineurs, vagabonds pour la plupart. 17 % des prisonniers du Nord sont des dettiers et des mineurs, contre 4 % en France. Sources principales de cette délinquance : les orphelins de Paris, qui viennent travailler dans les mines dès l’âge de 12 ans, et les Belges.

La politique suivie par le conseil général peut être caractérisée en peu de mots : conservatisme social et fiscal. Le Nord a bâti trois fois plus de bâtiments publics que la moyenne nationale dans la première moitié du XIXe : mais il est, on vient de le dire, trois fois plus peuplé, et plus du tiers des constructions sont des églises et autres bâtiments ecclésiastiques. Le Nord dépense beaucoup pour ses routes dans les années 1830-1850, malgré la stagnation des revenus départementaux entre 1842 et 18552, pour les voies ferrées et la préfecture quand vient la prospérité des années 18603. En matière de prisons, la seule grande dépense intervient dans les années 1830, quand sont construits le palais de justice et la nouvelle maison d’arrêt de Lille.

Dès 1803, le préfet a recruté un architecte départemental « pour la conservation des édifices du département ». En 1828, est instituée une commission de trois architectes pour cette fois « superviser les constructions départementales ». En 1831, le conseil général émet le vœu de disposer d’un architecte par arrondissement4, ce qui est acquis en 18335. Les architectes départementaux reçoivent entre 600 et 1 000 F d’émoluments fixes (ils visitent tous les établissements publics de leur arrondissement quatre fois par an à partir de 1860), plus des honoraires de 3 % sur les projets dont le coût est supérieur à 5 000 F (10 000 F après 1860)6.

1. L’état des prisons

John Howard, qui, inlassablement, visita les prisons d’Europe entre 1773 et 1790, avait fait étape à Lille entre le 24 et le 26 mai 1783. Il avait été jusque là agréablement surpris par l’état plus que satisfaisant des prisons françaises. À Lille, Howard découvre l’horreur. 340 prisonniers militaires qui s’entassent à la Citadelle, dont les infirmeries sont « dans un état de saleté et de confinement épouvantable », le scorbut y faisant des « ravages ». La situation n’est pas meilleure dans les prisons civiles : « La Tour de St. Pierre est une vieille bâtisse […] Elle [accueille] 12 prisonniers (3 dettiers, 5 contrebandiers et 5 vagabonds), dont 5 malades qui étaient couchés dans le même lit, dans une pièce très insalubre […] La prison de la ville ne vaut pas mieux avec ses 14 prisonniers. » Howard se demande, après ses visites, comment il « a pu réchapper de la fièvre maligne [qu’il a] contractée lors de [sa] dernière visite dans cette prison »7.
Benjamin Appert, avant de s’extasier sur la maison centrale de Loos dans l’après-midi du 19 mars 1824 (voir supra), avait visité le matin les prisons de Lille. Leur état ne s’est pas amélioré presque quarante ans après la visite de Howard. D’abord la prison Saint-Pierre pour les soldats : « La construction de cette prison s’oppose à ce que les détenus soient bien […] Ces malheureux sont couchés, tous ensemble, sur des lits de camp ; la malpropreté des chambres est extrême ; l’air ne s’y renouvelle qu’avec peine. »8. Puis la prison de la ville : « Cette prison est encore plus affreuse, s’il est possible, que celle de Saint-Pierre […] Les chambres sont très petites et étouffées ; les détenus couchent tous ensemble, sur des lits de camp, couverts de vieilles paillasses […] L’air est infect […] Les cours sont pleines de fumier ; les cachots humides et souterrains […] L’atelier, fréquenté par quelques hommes, est sale et mal situé ; on n’y monte qu’avec difficulté, par une échelle ; le chauffoir est empoisonné par la fumée et l’haleine du grand nombre de détenus qu’il contient […] C’est dans ces lieux, que des enfants de 10, 12 et 15 ans sont obligés de vivre et coucher avec des galériens et des criminels »9.

Grâce à la grande thèse de David Vandenburgh10, on peut évaluer approximativement la volonté des autorités départementales du Nord d’améliorer leurs prisons, dont la construction et l’aménagement dépendent de leurs finances depuis le décret du 9 avril 1811 sur les « propriétés d’origine domaniale concédées gratuitement aux départements ». Volonté forte dans les années 1790-1836 : le Nord propose deux fois plus de projets que la moyenne nationale. Par contre, à partir de 1840, une fois construite la nouvelle prison de Lille, le Nord se désintéresse totalement de ses prisons. Les velléités de les améliorer chatouillent à nouveau le conseil général du Nord à partir de 1854, mais on va voir que ce ne sont que des velléités.

2. La nouvelle prison de Lille

Depuis 1823, l’arrondissement de Valenciennes s’étant détaché de celui de Douai, Lille compte sept arrondissements : outre Lille, Valenciennes et Douai, ceux de Dunkerque, Hazebrouck, Cambrai et Avesnes-sur-Helpe, chacun de ces chefs-lieux disposant d’une prison, sauf Lille qui compte deux maisons d’arrêt ; quant à la prison de Douai, siège de la cour d’assises et de la cour d’appel, elle est maison d’arrêt mais aussi de justice.

La décision de construire une prison nouvelle à Lille, en même temps qu’un palais de justice, est prise en 1826. Le comte de Murat, préfet du Nord depuis 1822, décide de construire palais de justice et prison sur le site de l’ancien dépôt de mendicité, le Raspuck, devenu maison de santé pour le traitement des maladies vénériennes11 puis maison d’arrêt12. C’est Murat qui signe le programme d’une prison pour 150 hommes et d’une pour 100 femmes, chacune découpée en 6 sections (prévenus - accusés et condamnés - dettiers - jeunes - infirmerie - passagers) avec 3 ou 4 cellules d’isolement par section13. Le concours est remporté en 1827 par Victor Leplus, diplômé de l’école de Paris, qui est l’architecte départemental des arrondissements de Lille, Dunkerque et Hazebrouck14.

Leplus s’était intéressé auparavant à la reconstruction de la prison d’Hazebrouck. Il avait repris en 1829 des plans corrigés par l’architecte Rohault de Fleury, membre du conseil général des bâtiments civils15 : un plan en T, avec chauffoirs et ateliers au rez-de-chaussée et des dortoirs au-dessus ; pour des raisons d’économie, la surface en avait été diminuée par deux (800 m2), la nouvelle construction s’adossant sur l’ancienne16. Une catastrophe. Dans un rapport du 5 novembre 1855, Biet, architecte du conseil général des bâtiments civils, devait qualifier la prison d’Hazebrouck de particulièrement « insalubre et insuffisante »17. Le plus s’était attelé à Dunkerque en 1830. La prison, achevée en 1831, s’étendait sur une surface de 1 800 m2, sans compter la chapelle. En 1843, le conseil général s’alarmait de l’incroyable mélange qui y régnait, entre jeunes et adultes, prévenus et condamnés, la séparation des sexes y étant même illusoire18.

Le « Projet de la prison de Lille » de Leplus est du 5 août 182919. Un projet cette fois extrêmement ambitieux. Mais Leplus dut revoir plusieurs fois sa copie, tant en raison des contraintes budgétaires que des corrections du conseil général des bâtiments civils. Le ministère finit par donner son approbation le 9 mars 183120. Les travaux furent adjugés le 26 septembre 183121. La prison, dont la construction ne fut achevée qu’en 1839 (l’inauguration eut lieu dans les derniers jours d’avril22), coûta près d’un million de francs. En 1841, bien des dépenses restaient à payer à l’entrepreneur Dehez. Leplus, qui avait pris beaucoup de liberté dans les autorisations de dépenses, vit ses honoraires réduits de moitié23. L’architecte dut se justifier un an plus tard devant le conseil général des bâtiments civils, qui trouva ses explications plus ou moins convaincantes. En réalité, Leplus, un parfait honnête homme, avait dû s’adapter au percement d’une nouvelle avenue24. Il faut dire cependant à sa charge que si la prison de Lille était remarquable par la qualité de ses matériaux, sa grandeur et son élégance, elle l’était beaucoup moins en termes de fonctionnalité, quand même Leplus eût été confronté à d’indépassables difficultés budgétaires et aux revirements perpétuels du conseil général.

3. Les prisons du Nord, de 1830 à la loi de 1875

Après ces divers avatars, et compte tenu d’une entreprise de reconstruction loin d’être négligeable, tout projet devait être ajourné dans le Nord pour longtemps. C’est dire que le Nord, quoique proche de la Belgique, pays phare en matière de prisons cellulaires, rejeta toutes les invitations ministérielles, prétextant invariablement des raisons financières. Le 4 septembre 1840, les conseillers généraux affirmaient par exemple que « les ressources du département ne lui permett[ai]ent pas la conversion des prisons départementales au système de l’emprisonnement individuel »25. Seule exception à cette règle, les chambres particulières de la pistole, sous le prétexte que les riches souffraient plus de la prison commune que les pauvres26. Le 21 septembre 1842, les conseillers généraux débattirent de la prison de Cambrai, maison d’arrêt sordide où les femmes, toutes catégories mélangées, devaient traverser en permanence la détention hommes pour les plus diverses raisons : la décision d’agrandir ou de reconstruire la prison fut ajournée à la session de 184527, puis oubliée pour plusieurs années. En 1847, ce fut le sous-préfet qui s’opposa au projet d’ouvrir une prison dans l’hôtel de ville de Valenciennes (l’Hôtel Beaulieu), car la prison installée dans un bâtiment acheté en 1841 était censée suffire. Le 10 décembre 1853, le préfet se déclarait à son tour hostile à toute amélioration à la prison de Valenciennes28. En 1880, rien n’avait été fait, quand même les reconstructions de Cambrai et de Valenciennes continuaient d’être reconnues comme indispensables depuis 1851. Mais la prise de décision avait été sans cesse ajournée29.

La circulaire Persigny de 1853 fut, il va sans dire, bien accueillie dans le Nord (lire le texte sur criminocorpus). Le 31 août 1853, le conseil général se déclarait satisfait de l’abandon du « système cellulaire »30. Encore que le système des séparations, se plaignaient les conseillers, requérait davantage de personnel, mais c’était l’affaire de l’état31. Les élus départementaux n’étaient pas dupes, ils savaient pertinemment que la circulaire allait leur rendre très difficile d’échapper à l’amélioration des prisons sous le prétexte de leur coût exorbitant, un argument qui ne valait que pour les prisons cellulaires. Dès 1854, ils durent se plier au vœu du préfet d’examiner un « projet de reconstruction et d’appropriation » des maisons d’arrêt32. Etaient concernées les maisons d’arrêt de Cambrai, Valenciennes et Avesnes. Pour les deux premières, les coûts étaient modestes. « La prison de Cambrai peut être agrandie et appropriée d’une manière convenable en y réunissant plusieurs propriétés contiguës », prétendait le préfet. L’architecte De Baralle estima le coût à 80 000 F, dont 33 350 F pour l’achat de terrains. Pour Valenciennes, l’architecte Grimault envisagea de démolir le bâtiment d’administration, la construction des nouvelles localités devant s’effectuer « tant sur cet emplacement que sur les fonds de deux maisons contiguës » ; trois pavillons devaient être édifiés, « l’addition aux locaux existants [permettant] de réaliser la séparation des différentes catégories de détenus ». L’opération aurait coûté 22 000 F de travaux, plus 18 000 F pour l’achat des deux maisons. Rien ne fut fait à Valenciennes, un crédit de seulement 10 260 F fut voté en 1861 pour la maison de Cambrai, malgré l’avis contraire de l’architecte Marteau qui craignait qu’avec une aussi modique somme « l’on n’atteigne pas le but qu’on se propose […] Si l’on doit renoncer à l’espoir d’obtenir une prison nouvelle, il serait au moins nécessaire d’acheter la maison contiguë à la grand porte de l’établissement et de l’approprier pour la geôle, la salle de commissions et le logement du gardien-chef ».

Par contre, la maison d’arrêt d’Avesnes était dans un tel état de vétusté que « rien ne peut en être conservé et il y a nécessité de la reconstruire entièrement ». L’architecte Fiévet estimait le coût à 238 000 F, voire 274 000 F si on construisait à côté un quartier pour loger une brigade de gendarmerie à pied. La prison était prévue pour 85 prisonniers. Le 30 août 1854, les conseillers généraux estimèrent le projet « hors de proportion », « fort exagéré », le personnel devant être doublé ; l’architecte avait prévu trop de places pour les mineurs, les dettiers, les transférables et les femmes, ce qui rendait le 2e étage inutile. Aussi le projet fut-il provisoirement rejeté33.

En mai 1855, avec la prise en charge par l’état des dépenses d’entretien des prisons départementales, le département réalisait 140 000 F d’économies pour la seule année 1856, 300 000 F pour chaque année suivante34. Le conseil général entendait consacrer ces sommes au chemin de fer, il ne put cependant faire autrement que de reprendre le projet de la prison d’Avesnes, dont le coût fut revu à la baisse : 154 000 F. L’architecte Fiévet se remit à la tâche. Son projet fut remanié deux fois en 1856 par Félix Duban, inspecteur du conseil général des bâtiments civils, malgré « tout le talent » de Fiévet35, dont le devis avait grimpé jusqu’à 193 000 F pour une prison de 100 détenus. Dépense que le nouveau préfet Paul Vallon jugea « excessive », l’état de la prison d’Avesnes n’étant pas plus déplorable que celui des prisons de Cambrai et de Valenciennes36. Finalement, la prison d’Avesnes fut construite pour 170 000 F. Ouverte le 22 octobre 1862, elle accueillait 120 prisonniers dès 186437.

Ces discussions sans fin des conseillers du Nord, les économies de bouts de chandelle qu’ils entendaient réaliser, ne doivent pas faire perdre de vue le principe constant qui les anime : accorder le minimum aux détenus. Principe avoué sans détour le 21 août 1854 : la prison doit être « davantage un lieu de punition qu’un lieu de refuge »38.
En 1863, le préfet Vallon, « un des bons et des habiles préfets de l’Empire »39, mais encore un homme habité par les idées généreuses du catholicisme social comme l’avait été son illustre prédécesseur Villeneuve-Bargemont, décide de s’intéresser de près à l’état des prisons. Il demande, le 30 janvier, un rapport au directeur de la maison centrale de Loos, Dodun, lequel rend sa copie le 13 mars, en ayant soin de préciser que les renseignements qu’il lui fournit sont « exacts et précis ». à Dunkerque, les « bâtiments sont fort bien distribués », de même qu’à Hazebrouck, moyennant quelques « appropriations et réparations » ; Douai et Avesnes ne nécessitent que de « petits changements ». Par contre, tout est à faire à Valenciennes et à Cambrai : « Ces édifices sont vieux, insalubres, mal distribués […] Il faut à Cambrai et à Valenciennes une prison neuve. » Enfin et surtout, « la prison de Lille est tout à fait insuffisante pour la population qu’elle renferme d’habitude ». Le directeur a demandé 2 900 F le 6 mars « pour appropriations au pavillon des femmes condamnées, et une autre somme de 4 300 F serait nécessaire pour l’exhaussement du pavillon des femmes prévenues, mais, quoique l’on fasse, la maison de Lille sera toujours humide, malsaine, privée d’air et de soleil ; elle ne convient véritablement que pour les prévenus et les dettiers […] Pour les condamnés, il est nécessaire de construire un nouvel édifice dans un autre quartier de la ville ».

Les choses en étaient là, quasiment au point mort, quand se réunit la commission d’enquête parlementaire de 1870. Dans le Nord, le « cellulaire » ne fut l’objet que de courts débats, consécutifs à la parution de l’ouvrage de Charles Waternau, membre de la commission de surveillance de la prison de Douai, Quelques mots sur le système pénitentiaire français et spécialement sur les prisons départementales, paru à Douai chez Dechriste en 1872.

4. 1879, année décisive

Il faut attendre le mois d’avril 1879 pour que la question des prisons revienne sur le tapis. C’est le fait d’un grand serviteur de l’état, le préfet Paul Cambon. Il a été nommé préfet du Nord en décembre 1877 : un authentique républicain, placé à ce poste par Louis de Marcère, sous-secrétaire d’état puis ministre de l’Intérieur, « l’un des pères de la loi constitutionnelle et des lois organiques de la IIIe République »40. Si Paul Cambon s’intéresse aux prisons, c’est surtout parce qu’une épidémie de fièvre typhoïde a frappé celle de Lille en janvier 1879, que l’administration a dû combattre par des mesures exceptionnelles : évacuation partielle de la prison, assainissement et nettoyage, suppression des citernes, établissement des eaux de la ville. Le préfet a pris sur lui de faire certains travaux sans crédit régulier41.

Dans son rapport, Paul Cambon s’intéresse tout spécialement au cas de la prison de Lille, mais il ne le sépare pas de celui des prisons de Cambrai, Douai et Valenciennes, lesquelles « sont tout à fait insuffisantes ». La prison de Lille, construite pour recevoir 203 détenus, en a reçu jusqu’à 520, son effectif « normal » s’élevant presque toujours à 450. Le préfet propose de construire une maison centrale placée de façon à desservir les arrondissements de Lille, Douai, Valenciennes et même Cambrai : « Les prisons de ces arrondissements seraient améliorées et conservées pour les prévenus et les condamnés à de courtes peines. D’après la législation actuelle, la nouvelle prison devrait être cellulaire. Ce serait une construction coûteuse, mais la loi permet au département de réclamer une subvention de l’état égale au quart de la dépense. » Le préfet Cambon évoque alors une dette de l’état envers le département « d’une somme très importante », dont il a demandé le remboursement au ministre de l’Intérieur.

Le préfet revient à la charge au cours de la session d’août 187942. Car les conseillers de certains arrondissements voient d’un mauvais œil, sinon la fermeture de leur prison locale, du moins le fait que Lille fût privilégié au détriment des autres arrondissements. Cambon est intraitable : « Il me paraît difficile, sinon impossible, que le département puisse entreprendre en même temps la construction de plusieurs prisons. D’un autre côté, l’établissement d’une nouvelle maison d’arrêt à l’intérieur de Lille entraînerait à des dépenses considérables […] Il serait préférable à tous égards de construire une prison cellulaire. »
Il se lance ensuite dans une longue explication sur la dette de l’état envers le département. Le décret du 8 mars 1812 avait institué un dépôt de mendicité à Loos. Entre 1800 et 1815, 1 101 975,52 F avaient été prélevés sur le fonds des communes du Nord. Or, l’ordonnance du 6 août 1817 a remplacé le dépôt de mendicité par une maison centrale, l’état s’engageant à ouvrir un quartier de correction en son sein, engagement qui n’a jamais été tenu.

En réalité, cette question du million de Loos est un serpent de mer, qui a réapparu au fil des ans dans bien des débats du conseil général. Le 31 août 1853 par exemple, il avait été de nouveau question du million de Loos 43, comme il en avait été question huit ans plus tôt. Et il va en être question encore pendant longtemps, jusqu’à ce que l’état se décide à régler sa dette. C’est seulement à cette condition que la prison cellulaire de Loos devait être construite. L’état était-il véritablement débiteur envers le département ? En 1817, le budget départemental était en crise, toutes les toitures de la future maison centrale étaient à refaire, et il semble bien que le département ne fut guère marri quand le dépôt de mendicité devint maison centrale44. Enfin, le 25 août 1859, le conseil général avait même demandé la construction d’une maison de correction centrale près de la maison centrale de Loos (solution qui devait être adoptée après bien des discussions), qui aurait pu être édifiée dès l’année suivante, à la condition bien évidemment que l’état s’acquitte de son fameux million de dette45.

Le préfet Cambon n’est pas un rêveur, il exige des conseillers qu’ils cessent de tergiverser et prennent un engagement : « Il me paraît nécessaire que le Conseil général vote, en principe, l’établissement d’une prison cellulaire. L’étude à faire réclame d’ailleurs beaucoup de soins et de démarches, et tous les éléments en seront ultérieurement soumis au conseil général. » Arrive fort opportunément une lettre du ministre de l’Intérieur (de Marcère) du 14 août 1879, qui annonce la bonne nouvelle : un projet de loi pour une subvention d’un million (en plus de la subvention du quart prévue par la loi de 1875) va être déposé incessamment devant le parlement. La maison de correction cellulaire, préconise le préfet, doit être édifiée entre Lille et Douai, elle accueillera 5 à 600 condamnés à de courtes peines de tout le département du Nord, son coût est estimé à 3 millions. Deux conseillers généraux, fort attentifs à l’état de leur prison d’arrondissement, l’ancien sous-préfet Charles Mention pour Douai, et Louis Legrand pour Valenciennes, dénoncent l’état déplorable de leurs établissements respectifs, qui pourraient être améliorés à un bien moindre coût. Jules Cambon, s’appuyant sur les devis de l’architecte Marteau, évoque le chiffre de 1,7 million de travaux nécessaires pour rendre cellulaires les prisons existantes, quand une prison centrale neuve de 5 à 600 cellules ne coûterait que 1,5 million, compte tenu du million de l’état et de la subvention. Il est urgent de prendre une décision, martèle le préfet, la typhoïde ayant continué de sévir en mai et juin, malgré les précautions prises : « On a renoncé à l’eau des puits, installé les eaux d’Emmerin, converti un magasin à usage de salle de bains, avec appareils d’hydrothérapie. »
Le 6 avril 188046, sont communiqués aux conseillers un certain nombre de documents : des études de l’architecte Marteau, accompagnées d’esquisses, qui forment un véritable avant-projet conforme au programme du 27 juillet 1877. Les plans de Marteau sont envoyés au ministère de l’Intérieur le 2 juillet 1880, ils sont approuvés le 24 juillet 1880, les choses n’ont pas traîné. La construction de la prison est prévue sur un terrain de 4,65 ha, « à peu près comme la prison de Louvain » (la référence belge est cons-tante, tant au plan national que départemental). Elle accueillera 520 hommes et 130 femmes, coûtera 3,3 millions, dont 800 000 F pour le terrain, soit 5 000 F par cellule. « M. Marteau fait observer que toute disposition luxueuse est entièrement proscrite. » La prison sera en briques : « La pierre de taille ne serait employée que pour préserver de l’humidité quelques parties inférieures des soubassements ou pour empêcher les évasions. L’emplacement sur lequel serait érigé la nouvelle prison, sans être définitivement choisi, serait sur les hauteurs qui existent entre Lille et Seclin et entre Lesquin et Loos. »47
Le préfet y insiste, ne resterait à la charge du département qu’une somme de 1,65 million de francs. La prison cellulaire devrait être construite en trois ans, après quoi pourraient être envisagés des travaux dans les autres prisons.

5. 1885, le projet revient sur le tapis

Il faut attendre la séance du 16 avril 188548 pour que le conseil général, préoccupé de l’état déplorable dans lequel se trouvent la plupart des prisons du département, demande « que ces divers établissements fussent classés par rang d’insalubrité et qu’on indiquât les travaux les plus urgents à faire ». On reprend le dossier élaboré en 1879. En y ajoutant des éléments statistiques pour les années 1879-1884 : 

  • Lille, qui offre 203 places, a accueilli une population moyenne de 386 détenus, la population étant montée jusqu’à 455 détenus ; 
  • à Avesnes, les chiffres sont respectivement de 112, 107 et 168 ; 
  • à Cambrai, de 62, 66 et 100 ; 
  • à Douai, de 140, 197 et 241 ; 
  • à Dunkerque, de 75, 90 et 122 ; 
  • à Hazebrouck, de 42, 70 et 117 ; 
  • à Valenciennes, de 151, 207 et 274.

Soit, pour une capacité dans les prisons du Nord de 877 places, une population moyenne de 
1 202 prisonniers et une population maximale de 1 540 : « Le nombre de places manquantes est en temps ordinaire de 339 et à certaines saisons de 733. »

La situation est particulièrement catastrophique à la prison de Lille : « L’encombrement y est plus grand que dans aucune autre prison. Les dortoirs sont insuffisants ; un certain nombre de détenus, 70 en moyenne depuis le 1er janvier 1885, n’ont pas de lit, faute de place ; ils couchent sur des paillasses qu’ils déposent dans les différents locaux de la maison. L’hygiène est fort mauvaise ; au lieu de 12 m3, chaque homme n’en a pas six. De là les épidémies de fièvre typhoïde qui ont déjà régné à la prison. La place manque aussi pour les enfants détenus par voie de correction paternelle. M. le Président du Tribunal est obligé de refuser les ordonnances de détention, et celles qu’il rend restent souvent sans exécution. Les diverses catégories de détenus sont confondues […] La surveillance est impossible dans cette maison ; sur tous les points, même dans les cours, les détenus forment des groupes si nombreux et si serrés que les gardiens ne peuvent y maintenir le bon ordre et la discipline […] Des rapports d’une honteuse immoralité s’établissent entre ces individus de tous âges et de toutes catégories ; nous ne pouvons insister. »

Les autres prisons ne valent guère mieux, qu’un certain nombre de conseillers sont allés visiter. « Tous les inconvénients de la prison de Lille se retrouvent dans celle de Cambrai, plus l’aménagement extrêmement vicieux des services intérieurs. Le bureau et le logement du gardien-chef sont au milieu des bâtiments affectés à la population détenue ; sa famille est constamment en rapport avec les détenus […] Les évasions sont extrêmement faciles […] Les bâtiments sont encaissés dans les constructions voisines ; ils ne reçoivent l’air et le jour que de petites cours intérieures ; les rez-de-chaussée sont extrêmement humides et malsains, et on ne peut pas améliorer cette situation faute de place. » La prison de Douai, place Saint-Waast, est « très encombrée », encore que « les dortoirs lui suffisent la plupart du temps, et les prévenus ne sont pas confondus avec les condamnés ». Hazebrouck : « Ses dortoirs et surtout ses ateliers sont insuffisants ; les catégories de détenus sont confondues en partie ; ses murs d’enceinte n’offrent pas de sérieuses garanties contre les évasions, quoiqu’ils aient été améliorés à diverses reprises. Mais ses préaux sont assez grands ; l’air s’y renouvelle facilement ; l’hygiène n’y est pas trop mauvaise. » Valenciennes : « à l’étroit dans un pâté de maisons particulières ; elle ne reçoit le jour et l’air que de l’intérieur et n’a que des préaux trop exigus ; la plupart des locaux sont à demi obscurs, mal ventilés et humides au rez-de-chaussée. Le quartier des femmes est surtout très mauvais. » Dunkerque : « C’est une des moins mauvaises », malgré les « excès de population », car « les préaux sont assez spacieux, et les différentes catégories de détenus ne sont pas confondues. Elle n’est pas mal placée ni aménagée au point de vue de l’hygiène ». La prison d’Avesnes enfin, la plus récente : « L’encombrement s’y produit moins qu’ailleurs, c’est une des prisons les moins insuffisantes. »

Les conseillers se sont rendus aussi au quartier correctionnel de Loos49, installé au cœur de la maison centrale depuis 1868 sur les plans et la conduite de l’architecte Marteau : « Les ateliers sont insuffisants. Les jeunes gens de 16 à 20 ans y sont assez nombreux et réunis avec les récidivistes dans les mêmes ateliers. Toutefois, le préau qui est affecté à ce quartier est vaste et convenable ; l’hygiène n’est pas mauvaise. Le principal inconvénient de ce quartier est la place qu’il prend, l’obstacle qu’il oppose à de très utiles améliorations à apporter aux services de la maison centrale. »50 Conclusion du préfet du Nord : « D’accord avec M. l’Architecte du département et M. le Directeur des prisons, je dois reconnaître que l’insuffisance des maisons d’arrêt est telle, qu’il n’est pas possible d’y parer par des appropriations ou des agrandissements […] La reconstruction simultanée des 4 prisons de Lille, Cambrai, Valenciennes et Douai entraînerait peut-être à des sacrifices qui paraîtraient excessifs au conseil général. La construction à l’intérieur du quadrilatère formé par ces 4 villes, sur un point d’un accès facile, et situé, autant que possible, à égale distance de chacune d’elles, d’une seule et unique prison cellulaire, qui servirait de déversoir aux 4 prisons d’arrondissement, aurait pour résultat de les désencombrer et d’y rendre possible l’exécution des divers services […] Il suffirait d’envoyer dans cette maison les condamnés à plus d’un mois de peine pour réduire de 40 % en moyenne la population des prisons d’arrondissement. »51 Et le préfet de proposer au conseil général de vouloir bien nommer une commission spéciale, chargée de déterminer et l’emplacement et le plan « de la prison cellulaire projetée »52.

Le montant de la dépense affole plus d’un conseiller, la plupart demandent un ajournement, en attendant que la commission spéciale rende ses conclusions. Le préfet se résout à nommer la commission lors de la session d’avril 1886, à charge pour elle de faire des propositions dès le mois d’août. Car des voix se sont aussi élevées pour considérer que la prison, fût-elle cellulaire, n’est pas la panacée. Le Valenciennois De Carpentier par exemple : « Il y a dans les arrondissements frontières une quantité de vagabonds étrangers qui viennent se faire condamner aux approches de l’hiver ; ils arrivent en même temps que partent les hirondelles ; des Belges notamment viennent en prison, parce qu’ils savent que là ils seront nourris et chauffés. à Valenciennes, on m’en a présenté un qui subissait sa 58e condamnation pour vagabondage. Si l’on prenait des mesures plus sévères pour les faire travailler d’une façon sérieuse quand ils sont en prison, ils viendraient moins souvent en France. Je signalerai encore comme cause d’encombrement, tenant probablement à la crise industrielle, la présence d’enfants en bas âge, faisant la fraude ; il faut les condamner à la prison, mais on ferait une chose humaine en obligeant les parents à les garder. » Carpentier est loin d’être un cas isolé. Le conseiller Des Rotours considère pour sa part que la loi sur les récidivistes (la loi de 1885 sur la relégation) devrait résoudre le problème des prisons : elle « est destinée à débarrasser nos prisons et à y faire de la place […] J’hésite beaucoup à lancer le département dans une nouvelle dépense ».
Le préfet se défend comme il peut, recommande la prudence sur le « droit d’expulsion des Belges », car il y a risque de « mesures de réciprocité ». Mais il n’en démord pas : « Les prisons ne correspondent plus du tout à la grande population du département » et réussit à obtenir la nomination d’une commission spéciale de trois membres : Degroote, Sculfort et Basquin.

En août 1886, le conseiller général Pierre Legrand revient sur l’« insuffisance de la prison de Lille »53. Au 31 juillet, il y avait 466 détenus pour 320 places, « les locaux affectés aux enfants soumis à la correction paternelle sont tellement restreints que les ordonnances d’incarcération attendent régulièrement 6 mois avant d’avoir leur exécution, faute de place. Les contraintes sont paralysées pour le même motif. L’excès de la population est tel que les dortoirs sont transformés en ateliers pendant la journée ». Mention, le grand spécialiste des prisons au sein du conseil général, s’énerve : « Je demande qu’on en finisse avec cette question des prisons. Je demande qu’on nomme une commission sérieuse, qu’elle soit réunie d’ici à la session d’avril […] On ne peut pas toujours atermoyer et remettre, lorsque toutes les prisons du département sont défectueuses […] La commission qui avait été nommée ne s’est jamais réunie. » Le préfet réagit instantanément : la commission spéciale s’est réunie plusieurs fois dans son cabinet, un accord semble avoir été trouvé quant à l’emplacement de la prison de correction centrale, la ville d’Orchies « étant un point central entre les quatre arrondissements », la commission spéciale s’apprête à faire des propositions fermes en avril ou août 1887. Le retard s’explique par « une question qui nous touche beaucoup, qui sera discutée à cette session, c’est la question des chemins de fer économiques à créer ».

En réalité, le préfet, qui vient d’arriver dans le Nord, temporise, suggère au conseil de patienter encore trois ou quatre ans : « Le remède est prêt, mais il est cher. » Ce à quoi Mention rétorque : « Je considère cette question des prisons comme une des plus importantes que nous ayons à résoudre. Ce sera cher, mais enfin ce sera aussi cher dans deux ou trois ans […] Voilà déjà plus de 15 ans que la question se pose. » Membre de la commission spéciale, Henry Sculfort est d’accord pour voter des centimes additionnels et reconnaît que le changement de préfet « a entravé les travaux de la commission ». Réaction du préfet, novice mais que ses services ont parfaitement renseigné : l’avant-projet approuvé en 1880 coûte 3 156 520 F pour 650 cellules, soit près de 5 000 F la cellule. Or, explique le préfet, le directeur de l’administration pénitentiaire, Louis Herbette, « a publié des documents qui établissent que des projets bien conçus, exécutés par des architectes expérimentés, ne coûteraient guère plus de 3 000 F et moins peut-être en certains cas par cellule ». En conséquence de quoi l’architecte Marteau dut revoir sa copie de 1879 et réaliser une économie de 633 275 F, mais « à la condition que la prison serait construite près ou contre la maison centrale de Loos, car alors le directeur de cette maison et ses inspecteurs pourraient administrer les deux établissements ; la boulangerie, la buanderie et la cuisine de la maison centrale pourraient desservir en même temps la nouvelle prison ». Il aboutissait au nouveau chiffre de 2 523 245 F, « un peu moins de 4 000 F par cellule ».

Chiffre encore trop élevé. Marteau est envoyé à Paris pour arriver à 3 000 F terrain compris. Il rend son rapport le 6 août 1887. L’architecte s’est longuement concerté avec les membres du comité des bâtiments, avec Reynaud, chef de bureau au ministère de l’Intérieur, et surtout avec Herbette. Il a abouti à l’esquisse d’un « projet pour 650 prisonniers, dont 150 femmes […] projet se composant de 2 prisons, chacune ne devant contenir qu’une population de 3 à 400 prisonniers, afin de voir s’il n’y aurait pas trop d’excédent de dépense en adoptant ce dernier parti »54.

C’est en 1887, alors que le projet d’une (ou deux) nouvelle(s) prison(s) cellulaire(s) chemine lentement et que la commission spéciale vient d’intégrer en son sein Charles Mention pour accélérer le cours des choses, que se font jour les premières inquiétudes quant à la menace que représente le travail des prisonniers pour les « ouvriers honnêtes ». Le premier à l’exprimer est le conseil d’arrondissement de Lille : « Il est de notoriété publique que le travail accompli dans les prisons et dans les maisons de charité fait une concurrence désastreuse au travail libre, dans plusieurs branches de l’industrie. Ainsi les meubles, les paniers, les cartons, les harnais, les chaussons, et beaucoup d’autres objets sont confectionnés dans les prisons à un prix auquel nos travailleurs ne pourront jamais descendre. Ainsi encore les occupations qui reviennent exclusivement aux femmes, comme la lingerie, la confection, la couture, sont acceptés à prix réduits dans les maisons de détention et de refuge. De là un préjudice sensible aux intérêts de nos braves ouvrières dont les journées ne sont plus suffisamment rémunératrices. C’est pourquoi, sans réclamer la suppression du travail dans ces établissements où il est essentiellement moralisateur, nous avons l’honneur de prier le Conseil d’arrondissement de vouloir bien appuyer le vœu suivant : que la main d’œuvre pénitentiaire ou hospitalière soit réglementée de façon telle qu’elle ne puisse faire, en aucune circonstance, une concurrence ruineuse à l’industrie privée. La question du travail dans les prisons a été soulevée à plusieurs reprises depuis l’année 1848. La suppression du travail appliquée à cette époque n’a pas été maintenue ; la discipline, la moralisation des détenus, leur santé même ayant fait sentir la nécessité de renoncer à cette mesure. »55

Pour répondre, le préfet devait s’inspirer des propos de Louis Herbette : « Cette concurrence d’ailleurs, examinée sur l’ensemble de la production française n’a pas l’importance qu’on serait tenté de lui attribuer. Qu’on n’oublie pas que les maisons centrales d’hommes, les seules en cause, puisque aucune réclamation n’a jusqu’ici été élevée contre les maisons de femmes, sont au nombre de 14, réparties sur tout le territoire de la France. Leur population totale est de 11 744 détenus, sur lesquels 8 481 seulement sont occupés à des travaux industriels. Le nombre des industries exercées est de 47. La somme de production de ces 8 481 détenus est d’un tiers au moins inférieure à celle d’un même nombre d’ouvriers libres. Est-ce là une quantité considérable au regard de la production entière, de toutes nos industries, ou même seulement des industries répondant aux 47 qui s’exercent dans les maisons centrales ? Néanmoins, l’Administration prend les plus grandes précautions pour éviter l’écart qui pourrait exister entre le prix de revient du travail dans les prisons et le prix de revient du travail libre. » Une position de l’administration qui ne devait plus varier jusqu’à la première guerre mondiale, cependant que les plaintes se multipliaient.

L’affaire des prisons cellulaires revient sur le tapis à la session d’août 188856. Dans l’intervalle, la commission spéciale a tenu plusieurs réunions à la suite desquelles de nouvelles réductions ont été opérées sur les évaluations primitives, la dépense par cellule a été réduite de 4 000 à 3 000 F environ, la dépense n’est plus que de 2,5 millions. Le préfet a demandé de son côté au ministre de l’Intérieur à ce que « le département du Nord profite des avantages que doit lui procurer le projet de loi élaboré par la commission du Sénat, et ayant pour effet de permettre la transformation des prisons les plus défectueuses sans imposer de trop lourdes charges aux départements ».

6. En attendant la loi du 4 février 1893

Nous sommes en 1888, le projet de loi auquel fait référence le préfet du Nord n’aboutira que cinq ans plus tard. Cette échéance rend compte de la lenteur avec laquelle se pressent les conseillers généraux du Nord (à l’instar de ceux de la France entière) avant de prendre une décision cette fois définitive en matière de construction de prisons cellulaires.

A l’origine du projet de loi, un homme qui a eu une influence considérable dans l’histoire pénitentiaire et plus généralement pénale depuis la commission parlementaire de 1872, le sénateur René Bérenger. Il a déposé son projet en décembre 1883, ce à quoi le gouvernement a répondu par un contreprojet le 28 janvier 1884. Il ne s’agissait rien moins que de « mettre à la charge de l’état les prisons départementales », ou au moins « de forcer, dans certains cas, les départements dont les prisons sont considérées comme défectueuses, à en construire de nouvelles ».

Bérenger écrit sur ce sujet à Charles Mention le 25 janvier 188857 : « L’administration n’a pas cessé, depuis cette époque, de réclamer partout où elle l’a jugé possible, l’application de la loi du 5 juin 1875. Le Gouvernement et la Chambre croyaient avoir tout fait avec la loi sur la relégation et celle sur la libération conditionnelle ; les pires détenus allaient ainsi disparaître, les autres allaient voir leur peine abrégée. à quoi bon, dès lors, faire tant de dépenses pour construire des cellules ? On sait à quoi s’en tenir aujourd’hui sur les effets de la relégation […] Mon système pourrait se résumer ainsi : Droit pour l’état de désigner au commencement de chaque année, les prisons à refaire d’après le système de 1875. Obligation pour les départements de pourvoir, une fois que leurs prisons seront désignées, aux dépenses dans les termes de la loi de 1875. Faculté pour eux de se dégager de partie de cette obligation en cédant à l’état la propriété de leurs prisons […] Le projet de l’état est fort différent : il contient trois dispositions principales. Par l’article 1er, les départements sont obligés de construire, dans un délai de 5 ans, le quart du nombre de cellules que comporterait leur population pénitentiaire moyenne et la dépense est déclarée obligatoire. L’article 2 décide que 2 ou plusieurs départements peuvent se réunir pour construire à frais communs une prison commune. Article 3. L’état a le droit de déclarer les maisons reconnues, suivant certaines formes, impropres à leur destination, sous le rapport de l’hygiène, du bon ordre et de la sécurité. Dans ce cas, c’est encore une dépense obligatoire pour les départements. Entre ces 2 systèmes, dont l’un a paru trop absolu et que j’ai, au moins quant à présent, abandonné, et dont l’autre a semblé constituer un véritable abandon de la loi de 1875, la Commission s’est arrêtée à un moyen terme qui est celui-ci : Droit de déclasser les prisons reconnues impropres, attribué au Gouvernement ; dans ce cas, dépense obligatoire pour le département suivant les bases de la loi de 1875, mais avec faculté pour le département imposé de se décharger d’une partie de la dépense à débattre en rétrocédant la propriété à l’état ; Faculté pour les départements de se réunir pour construire une prison commune. »

Le projet constitue pour les conseils généraux à la fois une menace et une incitation. Car la situation est devenue catastrophique en matière de prisons : « Dans l’application de la loi de 1875, le gouvernement s’est heurté à une résistance considérable des conseils généraux, déclare Sarrien le ministre de l’Intérieur à la Chambre en janvier 1888, et il n’a pu la surmonter que dans une faible mesure. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle, nous n’avons encore que 7 prisons construites - restent 382 - qui soient aménagées en vue du système cellulaire. »

En attendant que le projet aboutisse, Charles Mention ne perd pas son temps. Il visite les prisons du Nord, celle de Lille au printemps de 1888 : « une des plus défectueuses parmi toutes les autres prisons, elle est absolument insuffisante ; ce n’est que grâce aux soins du gardien-chef et de ses employés, qui font preuve du plus grand dévouement, que les épidémies ne s’y sont pas développées plus souvent. C’est la plus mauvaise, à ce point de vue, de nos arrondissements. Pour vous en donner une idée, il me suffira de dire que dans les dortoirs se trouvent des lits et, pour loger tous les prisonniers, on est obligé de doubler ces lits, de telle façon qu’il n’y a plus de passage. Vous voyez d’ici le spectacle ! »

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Un autre personnage s’active aussi beaucoup, c’est l’architecte Marteau. Il se rend ainsi à Saint-Étienne, où un projet d’aménagement cellulaire d’une prison ouverte en 1862 est en cours de réalisation, pour s’apercevoir que le prix de revient par cellule dépasse les 3 500 F. Il visite surtout la Belgique de long en large, le prix moyen étant d’environ 3 000 F la cellule dans les grandes prisons cellulaires (Louvain : 2 670 F ; Anvers : 2 926 F ; Gand : 3 547 F ; Bruges : 3 040 F), les prix étant beaucoup plus élevés (environ 7 000 F) pour de petites prisons comme Furnes et Ypres. Marteau est un homme prudent : « La différence du prix des matériaux et de la main d’œuvre ne nous permet pas toutes choses égales de faire autant de travaux pour la même somme, que l’on peut faire en Belgique » ; en outre, il prend bien garde de ne pas sombrer dans « la folie pénitentiaire » qui sévit en Belgique, cependant qu’en France sévirait « la folie scolaire » (les lois Ferry, toutes récentes, ne font pas l’unanimité).

Marteau revient à de plus pragmatiques considérations : si la prison se fait à Loos et compte tenu de la diminution de 10 % du prix des matériaux depuis 1879, le prix de la cellule pourrait être ramené à 3 800 F. Le conseil général, qui trouve le prix encore trop élevé, propose de modifier le plan : « Le système rayonnant est coûteux, surtout la tourelle centrale. » Marteau propose alors un plan en éventail, grâce auquel le prix de la cellule serait ramené à 3 200 F.

On continue de chipoter pendant toute l’année 1888, les conseillers prévoient la suppression de 72 cellules, qui seraient remplacées par un quartier de désencombrement ; Bérenger admet ce type de quartier, qui existe d’ailleurs à Louvain, dont, dit Marteau, la prison « a servi de modèle à toute l’Europe ». On s’interroge sur les bienfaits du cellulaire : « Il faut bien reconnaître qu’il y a dans nos prisons des hommes finis, usés par la vie, incapables de supporter un isolement complet. » On discute à nouveau du décret de 1811 (faisant des maisons d’arrêt des prisons départementales), et surtout de la loi de 1875 : elle « a été une loi d’avortement : 17 prisons seulement sur 382 ont été transformées. L’état n’a eu que 2 millions à dépenser pour sa contribution du quart aux dépenses […] à ce compte, il faudrait 4 siècles pour réformer les prisons correctionnelles […] Par contre, l’état des prisons est devenu pire que jamais, le gouvernement n’autorise pas les améliorations de détail, non plus que les sérieuses réparations ».

Les conseillers généraux savent bien que la loi de 1875 manque de sanction légale et qu’il n’existe vis-à-vis d’eux aucun moyen de contrainte. Ils remettent leur décision à 1889, faute de disponibilités financières d’une part, du flou qui entoure la destinée du projet de loi Bérenger d’autre part.

Le projet de Bérenger de rétrocession va effectivement rencontrer l’opposition du ministre des Finances, le ministre de l’Intérieur Waldeck-Rousseau entendant pour sa part obliger les départements à créer un certain nombre de cellules. Ce contre quoi s’élèvent les membres parmi le plus influents de la Société générale des prisons, Léveillé par exemple, « savant professeur de Paris » aux yeux des conseillers généraux nordistes qui l’ont consulté : « Il n’y a qu’une façon honnête de donner la vie à la réforme projetée en 1875 […] C’est le décret de 1811 qu’il faut rapporter. Que les départements rendent à l’état cette triste propriété des prisons de courtes peines qui les accablent depuis 1811 […] Partout, en Angleterre comme en Belgique, j’ai constaté que les améliorations ne s’étaient produites dans le régime des peines que du jour où l’état avait eu la loyale habileté de prendre résolument à son compte l’intégralité des dépenses pénitentiaires […] Le gouvernement avait songé récemment à rendre obligatoire pour le département l’exécution de la loi de 1875. Je ne saurais trop m’élever contre un pareil projet. »

Le débat au sein du conseil général va se cristalliser autour de deux opinions, très représentatives de l’ensemble des conseillers généraux du Nord.

Celle de De Carpentier, qui voudrait sortir de prison les Belges (qui sont 250 000 selon lui dans le Nord, et ne sont « pas l’élite de la population belge ») pour les expulser, voire appliquer en France la loi… belge sur la détention provisoire (« en Belgique, la détention provisoire se confond avec la peine. C’est un progrès que je voudrais voir introduire en France »), sortir aussi des prisons les fraudeurs (en abolissant la loi de 1816 sur la contrainte par corps), sans compter les enfants et les vagabonds. De Carpentier n’est pas abolitionniste, il entend réserver la prison aux criminels et aux récidivistes, à condition de la réformer en y introduisant le travail, et de développer les « travaux d’intérêt général » exécutés en « milieu dit libre »  : « Quant au travail dans les prisons, il est presque nul […] Si tous les détenus ne peuvent pas faire des paillassons ou des chaussons de lisière, qu’on les emploie à l’amélioration des chemins et des grandes routes. L’année dernière un congrès pénal a eu lieu en Italie. Il y a été décidé que tous les prisonniers devaient produire, par leur travail, l’équivalent de leur entretien. J’approuve cette décision. » Pour le reste, il est sage de « ne rien faire avant qu’il n’ait été statué sur les réformes législatives qui sont à l‘étude ». Enfin, de Carpentier demande que s’appliquent plus généreusement les deux lois de 1885, celle sur la libération conditionnelle et celle sur la relégation. Quant au remède à « l’état très défectueux de nos prisons » : « Nous aurons d’ici peu de temps des locaux disponibles. N’est-il pas question de la suppression des sous-préfectures ? Nous pourrions transformer ces bâtiments en prisons. » Et de conclure en demandant un « ajournement presque indéfini ». De bonnes idées mâtinées de contradictions.

Autre opinion, aussi représentative au moins que la précédente, celle de Mention. Il invoque d’abord le fameux million dont l’état est débiteur envers le département. Pour le reste, il ne croit pas que « le Parlement revienne de sitôt sur le décret de 1811 […] On veut une prison cellulaire ou on n’en veut pas […] Quand j’étais sous-préfet, la question était déjà posée. Je demande qu’elle reçoive une solution quelconque ». Et Mention de proposer « d’acquérir pour cette destination les terrains et les bâtiments composant le fort de Scarpe à Douai, dont le déclassement doit être opéré à bref délai ».

Finalement, le 11 avril 1888, le vœu de Henry Sculfort de rapporter le décret de 1811, les prisons correctionnelles faisant retour à l’état, est adopté. Un vœu pieux, qui n’engage à rien et coûte encore moins.

Toutes les démarches nécessaires sont néanmoins poursuivies en vue de la construction d’une prison cellulaire à Lille. De l’autorité du préfet, avec la complicité de l’infatigable architecte Marteau qui poursuit et modifie inlassablement ses chères études. Le préfet annonce la couleur à la commission spéciale en août 1888 : « La conception de M. Marteau repose sur une disposition de 5 ailes en éventail. Les deux premières sont dans le prolongement du même axe, une 3e en équerre sur le centre et sur un côté de la ligne seulement, les 2 dernières dans une position oblique par rapport aux 3 autres et convergeant également vers le centre. » Ce premier mémoire est suivi d’un second dans lequel il est indiqué que l’aile centrale, dite quartier de désencombrement, « serait aménagée en vue de l’emprisonnement commun pour 260 détenus, et serait composée de 4 grandes salles disposées en ateliers et réfectoires, plus 2 pièces pour débarras, enfin une galerie servant de promenoir couvert ; au 1er et au 2e étages, 
4 grands dortoirs avec chambres de gardiens surveillants ».

Le ministre de l’Intérieur « retoque » le projet : « La loi de 1875 a prescrit, sans réserves, l’aménagement cellulaire pour les prisons départementales à construire ; elle n’a pas prévu l’hypothèse d’une maison mixte, dans laquelle une partie des détenus seraient astreints à l’emprisonnement individuel, les autres demeurant sous le régime commun. » Marteau est invité à « aller de nouveau conférer au Ministère ».

En cette même année 1888, une grande figure lilloise s’active de son côté en faveur de la construction d’une prison cellulaire : Auguste Scrive, allié aux illustres lignées d’entrepreneurs textiles (les Crespel, Descamps, Wallaert), conseiller municipal, membre de la Société des sciences et arts de Lille, etc., qui était devenu l’un des principaux animateurs de la Commission de surveillance des prisons de Lille à la fin du Second Empire. à partir de 1881 et jusqu’à sa mort en 1893, président du Comité central de patronage des jeunes libérés, il dénonce inlassablement les conditions de vie lamentables à la maison d’arrêt, en particulier celles des enfants, mélangés aux adultes et dont le nombre va s’envoler à partir de la fermeture de Saint-Bernard (de 20 à plus de 100). Le conseil général a réagi, mais petitement, en votant, en août 1884, un crédit destiné à aménager au sein de la vieille prison lilloise des cellules hygiéniques pour les seuls mineurs.

Au début des années 1890, la population de la maison d’arrêt de Lille, dont la capacité est passée de 300 à 350 places, continue de croître irrésistiblement, jusqu’à atteindre 650 détenus (alors que les gardiens sont au nombre de... 8). Scrive plaide inlassablement en faveur de l’édification d’une prison cellulaire. Il propose, peu de temps avant sa mort, d’approprier les bâtiments de l’ancienne colonie Saint-Bernard en vue d’y accueillir 600 prisonniers condamnés à de petites peines.

1889, l’année du centenaire de la Révolution française. Au Sénat, la proposition de loi Bérenger est votée en deuxième lecture. Reste à la nouvelle chambre à la voter. Dans le Nord, Mention se démène, il a réussi à persuader les conseillers municipaux de la ville dont il est le maire (Douai) de « donner le terrain nécessaire et d’exempter les matériaux de construction de tous droits d’octroi » en vue de l’édification de la prison cellulaire. Il propose une réunion de commission spéciale des prisons pour présenter en avril 1891 un travail d’ensemble en s’inspirant du projet de loi voté par le Sénat le 11 juillet 1889. Il essuie un refus presque unanime du conseil : il faut attendre le vote de la loi. à défaut des 650 cellules, on se contente d’en aménager… quatre supplémentaires à la prison de Lille58.

À l’été de 1892, cependant que la fameuse loi sur les prisons départementales est « dans les premiers numéros de l’ordre du jour de la Chambre », les membres de la commission spéciale des prisons visitent le palais de justice et les prisons de Lille. Ils en reviennent accablés : « Nous avons trouvé les prisonniers entassés dans une cour, avec du linge séchant au-dessus de leur tête ; il y a en outre des urinoirs qui répandent une odeur insupportable, surtout par les chaleurs que nous venons de subir. Quant au Palais de Justice, il est dans un état déplorable et c’est un véritable scandale de voir la justice ainsi logée. » De nouveau, le typhus a frappé : « Une épidémie grave, le typhus, s’est déclarée récemment dans cet établissement pénitentiaire ; 30 prisonniers ont été atteints, 7 sont décédés […] Il faut à tout prix qu’elle [l’épidémie] ne sorte des murs de la prison pour gagner les quartiers populeux dans lesquels la prison est située. » Il est à nouveau à l’ordre du jour de « reprendre d’urgence la question de la création d’une prison cellulaire ». Enfin, au Journal officiel du dimanche 5 février 1893, paraît la fameuse loi (datée du jour précédent) qui fait exulter le conseiller Charles Mention : il exige une solution définitive pour la session d’août 1893 (Lire la loi du 5 février 1893).

7. La loi du 4 février 1893 et ses conséquences

Il était temps que la loi de 1893 fût votée, car le typhus continue en 1893 d’exercer des ravages à la prison de Lille : « Du 31 janvier au 22 février, il y eut 11 détenus de la maison d’arrêt de Lille transférés à l’hôpital, mais ce n’est que le 18 février que le typhus fut reconnu. » Herbette, le directeur de l’administration pénitentiaire, se déplace en personne. Des mesures énergiques sont prises : « Ces mesures comportaient notamment la désinfection minutieuse des locaux, des vêtements des détenus et des objets de literie, ainsi qu’un régime exceptionnel pour tous les détenus. » L’effectif de la prison fut immédiatement réduit de près de 200 détenus, après accord du procureur de la République et du directeur des Douanes. Répit entre le 22 février et le 8 mars, puis la maladie réapparaît ; il y a 17 nouveaux cas jusqu’au 20 mars, mais un certain nombre sans caractère marqué de gravité. La situation ne redevient normale que le 20 mars.

La loi du 4 février 1893 édicte dans ses articles 1, 2 et 3 : « Les départements peuvent être exonérés d’une partie des charges qui leur sont imposées par la loi du 5 juin 1875, s’ils rétrocèdent de gré à gré à l’état la propriété de leurs maisons d’arrêt, de justice et de correction. Les conventions doivent fixer la quotité des dépenses et charges incombant aux départements. L’état pourrait au besoin se charger lui-même des constructions nouvelles moyennant une somme à verser chaque année [par le département]. Toute maison d’arrêt, de justice et de correction qui ne satisfait pas aux conditions indispensables d’hygiène, de moralité, de bon ordre ou de sécurité, peut être déclassée comme établissement pénitentiaire. Le déclassement a pour effet de mettre le département en demeure de faire procéder aux travaux d’appropriation ou de reconstruction prévus par l’article 6 de la loi du 5 juin 1875. »

Pour le département du Nord, compte tenu de l’état de ses prisons, singulièrement de celle de Lille, c’est une véritable épée de Damoclès. Mais, en compensation, la Société générale des prisons et son bras armé le Conseil supérieur des prisons s’activent pour que l’état débourse enfin le fameux million. Le conseiller général Dubois fait ses calculs : pour une prison de 3 millions, il faut soustraire le million, plus la subvention de 500 000 F (subvention du quart de la loi de 1875), resterait à débourser par le département 1 million et demi, soit en cas d’emprunt 36 à 40 000 F à rembourser par an pendant 30 ans. Et encore cette prévision est-elle très pessimiste : « De grands progrès ont été réalisés à cet égard, dans ces derniers temps. Actuellement le prix moyen de la cellule, en France, est de 3 000 F », soit 1,8 million pour 600 places. Auquel cas le département aurait une prison pour… 450 000 F59.

Une nouvelle commission spéciale est nommée, composée de 8 membres (1 par arrondissement, 2 pour celui de Lille), qui se réunit à la préfecture le 31 mai 1893. Réunion capitale : il est décidé que « les maisons de Lille et de Douai étaient surtout insuffisantes », et que ce sont elles qu’il s’agit de remplacer. Le 12 juin 1893, les membres de la commission visitent dans la matinée la maison d’arrêt et de justice de Douai : « La prison de Douai […] est mieux construite, mieux disposée [que celle de Lille], mais lors de notre visite, elle était encombrée dans des conditions absolument déplorables » : dans des salles communes travaillent tous les détenus mélangés, les dortoirs sont « bondés, sans passages », chaque prisonnier ayant « à peine le quart de cube d’air nécessaire ». Pas moins de 1 200 « appelants » y font un séjour au cours d’une année : « C’est surtout pour ceux-là que la prison cellulaire est indispensable. » Dans l’après-midi, les conseillers généraux partent reconnaître un terrain de 7 ha près de la porte de Lille : « La nature du sol en rendrait la construction coûteuse et peu salubre. » Ils se rendent ensuite à l’ancien fort de la Scarpe (offert au département par délibération du conseil municipal de Douai du 1er août 1893, avec dispense des droits d’octroi) : le terrain de 18,2 ha est « couvert en partie d’anciens bâtiments militaires qui ne sont pas sans valeur », il présente une « excellente situation sur un sol propre à bâtir situé en dehors de toute agglomération », il est près de la voie ferrée et de la RN 17 de Douai à Lille, à proximité d’une chute d’eau de 5 à 6 cv pour l’électricité.

Le 19 juillet, la commission se déplace à Béthune « pour y visiter une prison cellulaire nouvellement établie et dont les comptes sont définitivement arrêtés. Cette prison parfaitement construite, sauf quelques modifications de détail qui ne peuvent en modifier le prix, peut être prise pour modèle, c’est la prison rayonnante, dont Mazas a servi de type, mais réduite à 200 cellules. Le sol défectueux a obligé à des fondations coûteuses, l’octroi a été payé intégralement à la ville de Béthune. Elle a coûté, compris tous les services administratifs, mais sans le terrain, 2 900 F par cellule ».

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En août, les conseillers généraux sont confrontés à une alternative : construire un seule prison de 600 places (le maximum de population pénale par établissement fixé par l’administration pénitentiaire) ou deux de 300 places, compte tenu de l’offre de Douai et des besoins de Lille. Ils s’appuient sur un devis estimatif très détaillé rédigé par l’architecte Marteau quelque temps avant sa mort pour deux prisons de 360 cellules chacune bâtie sur un bon terrain, l’une au fort de Scarpe et l’autre à l’endroit qui sera choisi en conséquence, évaluant le coût à 2 800 F la cellule, soit un peu plus de 2 millions de francs : « Ces prisons seraient construites d’abord avec 3 rayons (composés d’un rez-de-chaussée et 2 étages ayant chacun 40 cellules) disposés pour y joindre 2 autres rayons semblables dont les cellules ne reviendraient qu’à 2 500 F. Ce qui permettrait, avec une augmentation de 1 200 000 F, de porter le chiffre total des cellules à 1 200, et le coût des 2 prisons complètes à 3 millions 3 […] soit 2 770 F par cellule. » Les anciennes prisons de Lille et de Douai seraient maintenues pour y loger une partie des prévenus, « plus le quart du nombre effectif des prisonniers », aux termes de l’article 8 de la loi du 4 février 1893. Restait à trouver un terrain pour la prison cellulaire de Lille « qui, par raison d’économie, devra être placée en dehors d’un rayon d’octroi sur un terrain salubre, d’un accès facile pouvant être acquis sans avoir recours à l’expropriation ».

Le mardi 13 mars 1894, le préfet réunit la commission des prisons. Il n’est guère optimiste : « Les formalités d’instruction pour la construction de prisons cellulaires peuvent exiger encore plusieurs années. » Il s’agit en conséquence de prendre des mesures urgentes, en l’occurrence affecter les locaux de l’ancienne colonie de Saint-Bernard pour servir d’annexe au quartier correctionnel de Loos, le ministre de l’Intérieur (Raynal) ayant donné son accord le 6 mars : 
« Je ne fais pas objection à ce que les bâtiments de l’ancienne colonie de St-Bernard soient aménagés aux frais du département de façon à servir d’annexe au quartier correctionnel de Loos où sont actuellement détenus les condamnés à un an et au-dessous, qui ne peuvent trouver place dans la maison d’arrêt de Lille - sous la réserve que l’augmentation du personnel de garde et de surveillance ne dépassera pas quatre gardiens. » Le département décide de prendre à sa charge les 25 000 F nécessaires à l’aménagement des locaux de la colonie, qui devient « Quartier correctionnel de concentration pour l’excédent de population des prisons du département », ceci à titre tout à fait provisoire car il faudrait y aménager 1 200 cellules nouvelles. L’entrepreneur général finit par consentir « à assurer le service de la nouvelle prison, dans les conditions du cahier des charges de son entreprise »60.

Dans sa session d’août 1894, le conseil général arrête le projet de dépenses à 2,175 millions F, dont il faut déduire le million de l’état et la subvention du quart de 293 750 F, soit un solde de 881 250 F. Ces chiffres devaient évoluer mais très peu par le suite. Henri Canissié61, l’architecte départemental qui a remplacé Marteau, « est chargé de préparer les plans et devis des prisons cellulaires ». Dans l’intervalle, Lille a reçu la visite de l’inspecteur général Puirabaud, lequel a conclu qu’il fallait construire non pas une maison de correction supplémentaire mais deux, « l’infecte prison de Lille » devant être supprimée. Le 
26 août 1893 est voté le principe de la construction de deux prisons cellulaires. Concernant les travaux à Saint-Bernard, les conseillers généraux n’acceptent leur financement par le budget départemental qu’à l’expresse condition que le ministère approuve le projet des deux nouvelles prisons, les conseillers craignant que la solution de Saint-Bernard soit un expédient, pire encore un « enterrement de 1re classe du projet de prisons cellulaires ».

Ce en quoi ils se trompaient complètement sur les intentions du gouvernement. Le 11 avril, la veuve Fauchelle-Prévost, 44 rue Basse à Lille, donne au préfet son accord pour vendre un terrain de 4 ha 30 a 22 ca, moyennant la somme de 10 000 F l’hectare. Le terrain jouxte la maison centrale de Loos. Pour Douai, décision est prise de ne retenir ni les terrains du fort de la Scarpe, ni les 7 ha de la porte de Paris, mais un terrain de 5 ha en culture à 800 m de la porte d’Equerchin et à 1 400 m du palais de justice, « desservi par un chemin vicinal qui sera pavé par la ville avant le commencement des travaux. L’écoulement des eaux de la prison sera assuré par un conduit souterrain exécuté aux frais de la ville ». Le département s’engage à verser 34 000 F d’indemnité à la ville, qui accepte en échange d’abandonner ses droits d’octroi.
Le 23 avril 1895, la commission spéciale rend son rapport définitif. Elle a intégré en son sein Mourcou et Vandenbergh, architectes, membres de la Commission des bâtiments civils, qui sont chargés, avec le conseiller général Ronnelle (architecte dans le civil) de préparer les conditions du concours pour « la construction de deux prisons cellulaires l’une à Loos l’autre à Douai ». Longue préparation. Bien des correctifs furent apportés au projet de concours initial : le concours fut ouvert aux architectes de toute la France et non réservé aux seuls architectes nordistes (une exigence de l’inspecteur général Normand), les concurrents purent présenter un seul projet applicable aux deux prisons, ou un projet avec variante, ou encore un projet particulier pour chacune d’elles ; la composition du jury s’avéra très délicate ; le conseil général exigea des devis détaillés au lieu des devis sommaires que préconisait Normand et imposa une clause suivant laquelle « pendant toute la durée des travaux, l’architecte devra visiter en personne, sauf le cas de force majeure, au moins une fois par semaine les travaux des deux prisons »62.

Le programme annonçait en préambule : « La dépense actuellement admise par le Conseil général s’élève au chiffre de 2 175 000 F dont 2 millions pour les deux constructions, non compris les honoraires de l’architecte fixés à 50 000 F. Les frais d’agence seront payés en dehors de cette somme, ils ne pourront s’élever à plus de 20 000 F, ils comprennent la surveillance proprement dite, les frais de bureau et de voyage ; le choix des agents sera fait par M. le Préfet sur une liste présentée par l’architecte, ils seront payés sur états dressés par lui. La somme portée pour frais imprévus sera de 65 000 F pour les deux prisons. » Le plus essentiel : « Chacune des deux prisons comprendra 600 cellules de valides dont 360 seront actuellement exécutées. »

Chaque prison comportait un sous-sol, avec « caves » sous le rond-point central, avec faculté de les étendre sous les ailes, deux magasins « de débarras pour les services économiques », des citernes, des fosses d’aisance « au bout de chaque aile » et des calorifères ; un rez-de-chaussée où se trouvaient, outre le logement du portier, le corps de garde pour le poste militaire et le poste de gardiens, les divers bureaux, salles et cabinets administratifs, la bibliothèque, les dépendances (boulangerie, buanderie, cuisines, etc.), les salles de bains et de douches, les parloirs, des cellules d’observation, d’attente et de punition, plus quelques cellules de valides, avec, au bout des ailes, 12 préaux pour 100 cellules.
Au 1er étage, les logements (gardien-chef, instituteur, gardiens supplémentaires) et des cellules. Au 2e étage, la chapelle-école alvéolaire et encore des cellules. Dans les combles, était prévu l’aménagement de deux dortoirs pour recevoir au besoin le trop plein de la prison, en attendant l’agrandissement de la prison cellulaire et d’un atelier de travail en commun. Les infirmeries devaient former un quartier spécial isolé de la masse des constructions.
Je vais à l’essentiel, le programme du concours étant méticuleux : « En dehors de ces conditions, les concurrents conservent la plus grande liberté pour l’utilisation du terrain, la position des bâtiments, leur distribution, l’orientation, les formes à l’intérieur et à l’extérieur, le choix des matériaux, etc., etc. Ils placeront dans chacune des prisons 600 cellules de valides, hommes et femmes, plus toutes les cellules supplémentaires et toutes les pièces ci-dessus spécifiées. Chaque prison devra être construite de façon à contenir un quartier spécial entièrement réservé aux femmes et complètement séparé du quartier des hommes. Il y aura lieu de prévoir à la prison de Lille 150 cellules de valides pour les femmes et 80 à la prison de Douai. Chaque quartier devra avoir un parloir spécial et des salles de bains distinctes. » Il s’agissait donc de construire 360 cellules « en y comprenant la totalité des cellules réservées aux femmes, et en préparant la réalisation facile du complément [600 cellules]. […] Les services généraux devront être prévus pour 600 cellules de valides et non pour 360 ». Enfin, le mur de clôture devait atteindre 6 mètres de hauteur et le sol du chemin de ronde être recouvert de gravier.

L’architecte ayant emporté le concours recevait 6 000 F, à valoir sur ses honoraires, des prix moindres étant prévus pour les quatre autres meilleurs projets. Une exposition des projets couronnés devait être organisée à la préfecture, « les projets primés deviendront la propriété de l’Administration départementale, qui pourra les utiliser comme il lui conviendra, notamment pour la rédaction du projet définitif ».

Le 17 mars 1896, le ministère de l’Intérieur approuvait officieusement le projet. Les candidats au concours eurent jusqu’au 5 août 1896 pour déposer leur dossier, l’annonce des résultats était prévue le 25 août. Par 11 voix contre 3, Paul Normand, le fils d’Alfred, se vit attribuer la construction de Douai et Carlos Batteur, architecte inscrit à la Société des architectes de Lille depuis 1886, celle de Loos par 10 voix contre 463.

Le 29 août 1897, le conseil autorisait le préfet à contracter l’acquisition des terrains et à ouvrir l’enquête en vue d’obtenir la déclaration d’utilité publique. Le ministre de l’Intérieur Louis Barthou avait signé le projet de loi qui autorisait le remboursement du million en quatre annuités, mais le ministre des finances s’y opposa, le budget de 1897 étant déjà voté. Le versement de la première annuité de 250 000 F fut reporté à 189864.

8. 1898, l’adjudication et le début des travaux

Par dépêche du 15 juillet 1898, le ministère de l’Intérieur approuvait définitivement le projet de Douai. Quant à celui de Loos, il avait été renvoyé, après avoir été complété et modifié, à l’administration supérieure le 25 juillet. Par décret du 3 juin 1898, la subvention de la loi de 1875 avait été accordée ; une somme de 323 500 F, représentant la première des quatre annuités, avait été immédiatement versée au département.

Ronnelle, en ce même été de 1898, s’inquiétait de l’état de la prison de Cambrai, réclamant une modeste somme de 9 648 F pour des « travaux d’amélioration absolument indispensables à la prison de Cambrai qui ne possède aucune salle permettant d’isoler les inculpés. En cas d’incendie des escaliers en bois, les dortoirs n’existant que dans les combles il n’y a aucun moyen de sauvetage des prisonniers ». Le conseil général avait, rappelait le conseiller général, émis le vœu, le 29 août 1895, que cette prison fût aménagée « en vue de l’installation d’un atelier général pour les détenus et la confection de cellules d’isolement ainsi que d’un réfectoire ». Le conseil général décida d’attendre la construction de Loos et de Douai avant de prendre une décision.

Le 31 août 1898, était rappelé le vœu cette fois du conseil général unanime « que les prisons cellulaires de Loos et de Douai soient mises en adjudication en même temps. D’autre part, la construction de la prison cellulaire de Loos s’impose bien plus que celle de Douai, étant donnée la situation défectueuse et insuffisante dans laquelle se trouve la prison du Palais de Justice de Lille au milieu d’une importante agglomération ». à cette date, le ministère n’avait toujours pas donné sa réponse et les conseillers s’inquiétaient : « Nous avons lieu de craindre que les pièces nécessaires pour la prison de Loos n’arrivent qu’après la construction de la prison de Douai. »

La réponse du ministère contenant l’approbation définitive du projet de Loos n’intervint que le 20 octobre 1898. L’adjudication des travaux tant pour Douai que pour Loos fut réalisée le 23 novembre65. Les travaux commencèrent aussitôt à Loos. Ils furent retardés à Douai, promesse n’étant pas tenue par le conseil municipal de la ville de dispenser les entrepreneurs des droits d’octroi ; seulement trois lots sur cinq avaient trouvé preneurs et le préfet avait suspendu son approbation devant la protestation des entrepreneurs de la ville de Douai et des environs, car la franchise des droits d’octroi ne figurait ni dans le devis ni dans le cahier des charges. Préfet, sous-préfet et bien entendu le maire de Douai demandaient une nouvelle adjudication, d’autant plus que le premier lot (terrassements et maçonnerie, 377 000 F) avait été adjugé à un « étranger », le sieur Barthélemy Colson, entrepreneur à Verdun. Le conseil général décida de ne pas revenir sur l’adjudication, un procès était dès lors inéluctable. Le conseil municipal de Douai se réunit le 24 mars 1899. Fut rappelée la décision du 2 mai 1890, prise par Charles Mention alors qu’il était maire : elle portait sur des terrains provenant des fortifications, non sur des propriétés particulières, pour l’acquisition desquelles la ville avait dépensé près de 50 000 F.
La ville de Douai dut céder et l’architecte Normand consentir un rabais de 11 000 F pour que les lots 3 (couverture, plomberie et zinc) et 4 (ferronnerie, serrurerie, gros fers) trouvassent adjudicataires. Le véritable responsable de ces difficultés était l’architecte Normand, plus ou moins imposé au département par le ministère, au grand dam de Charles Mention qui ne décolérait pas. Il dénonça à demi mots des procédés malhonnêtes lors de la séance du 14 avril 1900 : « Il est de mode, maintenant, d’aller tout chercher au dehors, parce que nous n’avons sans doute pas, dans le département du Nord, assez d’écoles pour former des architectes capables de construire une prison cellulaire » et le jeune Normand ignorait que « dans les villes qui peuvent disposer des grands emplacements, on a l’habitude, pour obtenir la construction de grands établissements, d’offrir le terrain et la franchise des droits d’octroi ». Le lecteur aura déjà compris que le jeune Paul Normand avait été plus ou moins 
« imposé » au conseil par son père Alfred, lequel avait pesé pour que certaines clauses tant du concours que du programme fussent favorables à son fils.

En 1901, l’entrepreneur Colson, qui réclamait en vain le remboursement des droits d’octroi, fit un procès au département, qu’il gagna. Ce fut alors la guerre entre l’architecte et l’entrepreneur, ou du moins son représentant, le sieur Fouminet, que Normand entendait exclure du chantier pour « actes nombreux d’insubordination ». Le conseil général désigna une commission spéciale chargée de suivre les comptes et travaux de Douai, avec Ronnelle à sa tête. Le préfet prit un arrêté dans ce sens le 6 mai, l’entrepreneur désigna un autre représentant, mais l’ancien surveillant Fouminet, son homme de confiance, était encore sur le chantier dans les derniers jours de juillet, d’où une nouvelle plainte de l’architecte Normand. à la même époque, étaient signalées « de nombreuses malfaçons et des vices graves de construction » et proposés rien moins que l’arrêt des travaux, la mise en régie de l’entrepreneur et la folle enchère. Le préfet se rendit sur les lieux le 26 juillet en compagnie de l’ingénieur en chef Stoclet : « L’architecte et l’entrepreneur ont promis de prendre ensemble toutes mesures utiles pour mener rapidement à bonne fin les travaux du premier lot. » Le préfet envisageait dans le même temps une augmentation des dépenses « provenant des travaux non prévus au budget primitif »66.

Pendant ce temps, les travaux allaient bon train à Loos, les gros œuvres de la nouvelle maison d’arrêt étaient achevés au cours de l’été. Dans la revue L’architecture et la construction dans le Nord, publication mensuelle de la Société régionale des architectes du Nord de la France (Nord, Pas-de-Calais, Somme) de 1901, était reproduit (et célébré) le pavillon central de la prison cellulaire de Loos : « Le pavillon, au rond-point central d’une prison cellulaire établie sur plan dit “en étoile” a une importance capitale en ce qui concerne la surveillance des détenus […] Le rond-point central, en tant que construction, constitue généralement le seul motif curieux et intéressant - autant que peut l’être un motif de prison - de l’édifice. Celui de la nouvelle prison de Loos est établi sur un décagone de 35 mètres de diamètre inscrit. Il se compose d’une salle de même forme, de 20 mètres de diamètre. En ce qui concerne la mise à l’abri des effets de la température extérieure, on y a pourvu au moyen d’une coupole ménagée dans le vide de la toiture. Il est à remarquer que cette coupole, construite en carreaux de plâtre portés sur une armature en fer, est très légère, et qu’elle est absolument indépendante de la toiture qui la recouvre, à laquelle elle n’est reliée que par un certain nombre de tirants ou aiguilles pendantes. Quant à l’éclairage, il est assuré par le moyen d’une haute zone vitrée, qui a été tenue aussi verticale que possible, afin que les verres ne s’en salissent point. La base de la coupole est à 17 mètres au-dessus du sol du rez-de-chaussée, celle du sommet de la toiture est à 34 mètres. »

En 1902, restait à adjuger avant de les mettre en œuvre un certain nombre de projets complémentaires : installation du chauffage, de l’éclairage, de la force motrice, etc. : « Les architectes se livrent en ce moment aux études préalables à l’établissement des devis et cahiers des charges. » Furent passés des marchés de gré à gré. Auparavant, le préfet avait décidé de se passer des services de l’architecte Paul Normand. Son arrêté est du 15 février 1902 :
« Considérant que depuis le mois de juillet 1901, M. Normand, malgré nos instances et nos rappels réitérés, n’a voulu ou pu nous fournir aucun renseignement satisfaisant sur la comptabilité exacte des travaux faits et des dépenses engagées pour la prison cellulaire de Douai ;
Considérant qu’il n’a produit, malgré nos réclamations et celles de la Commission spéciale, que des projets spéciaux (chauffage, éclairage, vidange, etc.) notoirement incomplets et insuffisants pour être mis en adjudication ;[…]
Arrêtons : Article 1er (et unique) - [Est] relevé de ses fonctions Paul Normand, architecte, 54 rue des Martyrs à Paris. »67

Toujours à demi mots, préfet et conseillers généraux dénonçaient son « incurie », les « fautes et malfaçons » dont il était coutumier, au point que le préfet avait dû confier « bien avant sa révocation et du consentement même de M. Normand, à M. Batteur, architecte, divers travaux urgents […] dont il était impossible que ledit Normand consentît à s’occuper ». Par arrêté du 15 février 1902, le préfet chargeait Batteur, architecte en chef du département et architecte de Loos « de vérifier les travaux faits, de régler les décomptes et de parachever la construction ».

Les travaux continuèrent cette fois dans la sérénité entre 1903 et 1905. Sérénité à peine troublée, le 23 août 1905, par la pétition accompagnée d’un vœu de quatre conseillers généraux socialistes, Ghesquière, Briffaut, Selle et Fiévet :« Les patrons et les ouvriers des industries atteintes par la concurrence mortelle du travail dans les prisons ont toujours réclamé des Pouvoirs publics la suppression de cet état de choses ruineux pour les uns comme pour les autres […] On a songé à faire des prisons cellulaires. Mais le but que l’on se propose ne sera pas atteint si on remet les prisonniers ensemble dans des ateliers de travail. D’autre part, n’est-ce pas une cruelle dérision que de voir l’ouvrier arrêté comme vagabond ou mendiant parce qu’il n’a plus de ressources, plus de travail, par conséquent plus de pain ou d’abri, et retrouvant en prison le travail, le métier qui lui manquaient dans la vie civile ? Et n’y a-t-il jamais eu dans les maisons de détention des patrons condamnés pour faillite précisément parce que ruinés par le travail pénitencier ?
Les entrepreneurs ont, aujourd’hui plus que jamais, non seulement parce que la main d’œuvre pénitencière [sic] est à vil prix, parce qu’ils ne sont pas responsables du risque professionnel et parce qu’ils ne seront probablement jamais soumis aux charges de l’assurance obligatoire en cas de vieillesse ou d’invalidité, si ces lois de protection du travail et d’assurance ouvrière viennent à être votées, ces entrepreneurs, disons-nous, ont plus que jamais intérêt à faire travailler dans les prisons. Telle est encore une des nombreuses conséquences de l’anarchie de la production capitaliste. »
Le vœu était ainsi formulé :
« 1° - Interdiction du travail dans les prisons cellulaires.
2° - Relèvement des tarifs du travail pénitencier de façon à rendre plus difficile sa concurrence à l’industrie libre ;
3° - Extension de la loi sur les accidents du travail à la main d’œuvre des prisons, c’est-à-dire mise à la charge des entrepreneurs du risque professionnel. »

Le 1er septembre 1905, le conseil rejetait les deux premiers points : « Le travail est nécessaire dans les prisons. Sans lui, la peine d’emprisonnement serait le plus souvent d’une dureté excessive […] Les règlements appliqués pour l’établissement du prix de la journée de travail sauvegardent suffisamment les intérêts du travail libre. » Sur le troisième point, la proposition fut renvoyée, avec un avis favorable, en attendant qu’une commission extraparlementaire, présidée par Millerand, ait été instituée à l’effet d’étudier cette question68.

Le 25 juillet 1905, le préfet du Nord écrivait au directeur de l’administration pénitentiaire Grimanelli pour lui faire connaître que « le moyen le plus rationnel de parer à l’insuffisance de la nouvelle prison cellulaire de Loos serait de construire les 240 cellules nécessaires pour [en porter le nombre] à 600 ». Le 30 mai, il avait envoyé un premier courrier pour signaler au ministre qu’il pourrait être possible d’obtenir du conseil général le vote des crédits nécessaires à l’achèvement de cette prison sans subvention de l’état « si le ministre de l’Intérieur, après entente avec l’administration des domaines, mettait à la disposition du département la Maison de Saint-Bernard devenue, dès lors, sans objet ». Grimanelli acquiesça à cette proposition.

Le préfet et le conseil général avaient une idée en tête : dès lors que le conseil général « avait affecté des sommes importantes à la construction des prisons de Loos et de Douai […], avait supporté des excédents de dépenses, soutenu des procès, payé des indemnités et éprouvé toutes espèces de difficultés et d’ennuis », il ne consentirait sans doute qu’à grand peine à supporter encore des frais fort élevés pour agrandir des prisons neuves qu’il venait de construire. D’où l’idée de récupérer Saint-Bernard pour en faire soit une caserne de gendarmerie soit un dépôt de mendicité. La prison de Saint-Bernard, aménagée sur plus de 20 000 m2, pouvait être évaluée à une somme comprise entre 150 et 200 000 F. C’était peu, compte tenu des dépenses qu’envisageait le conseil général : 200 000 F pour faire de l’ancienne colonie une caserne de gendarmerie ; 452 446 F pour construire 240 cellules de plus à Loos ; et 200 autres milliers de francs pour « affecter la prison actuelle de Lille à l’emprisonnement cellulaire des prévenus ». Quoi qu’il en soit, il importait « que l’on se serve de ces prisons tout d’abord telles qu’elles existent », et le plus rapidement possible. La commission des prisons du conseil général s’impatientait de son côté et invitait le préfet à « vouloir bien déclarer à M. le Ministre que si, d’ici fin novembre, le service pénitentiaire n’a pas pris en charge les prisons de Loos et de Douai, M. le Préfet devra remettre les clés de ces maisons au Directeur de la circonscription pénitentiaire, le Département ne voulant pas conserver plus longtemps la charge de gardiennage et pouvoir être rendu responsable des dégâts ».

Le 27 octobre 1905, le ministre n’avait pas encore désigné « le fonctionnaire qui devait, en son nom, prendre possession des bâtiments » de Loos et Douai, Grimanelli prenant pour prétexte de ce retard la nécessité de construire 240 cellules supplémentaires à Loos. Les conseillers généraux s’impatientaient : « Les prisons sont absolument terminées, tous les travaux ont été reçus », ils exigeaient que l’administration pénitentiaire prenne possession des prisons d’ici la fin de novembre 1905.

Côté ministère, rien ne semblait presser. Le ministre de l’Intérieur écrivait au préfet le 21 avril 1906 afin que celui-ci « sollicite du département les votes de crédits nécessaires pour agrandir la prison cellulaire de Loos et aménager la prison de Lille en prison cellulaire » en échange de la cession gratuite de Saint-Bernard.
Le 21 août 1906, est (enfin !) promulgué le décret « portant reconnaissance de la maison de correction de Loos et de la maison d’arrêt, de justice et de correction de Douai comme établissements affectés au régime de l’emprisonnement individuel en exécution de la loi du 5 juin 1875 ». Le Conseil supérieur des prisons, consulté, émit le vœu que la maison d’arrêt de Lille devienne cellulaire et que la prison de Loos « soit augmentée par la construction de nouvelles ailes »69.

Le 1er septembre 1906, la maison d’arrêt cellulaire de Loos accueillait enfin ses premiers détenus.

9. Les premières années

Le 15 mars 1907, Batteur, l’architecte en chef, rendait en urgence son rapport au préfet sur l’aménagement de la maison d’arrêt de Lille en prison cellulaire : « La transformation des locaux actuels en pavillons cellulaires occasionnerait une dépense d’environ 165 000 F ; elle ne permettrait que l’établissement de 81 cellules dont 12 pour jeunes détenus, 45 pour hommes et 24 pour femmes. Le service des gardiens serait fort difficile et leur nombre devrait être fort augmenté. » Il lui préférait une totale reconstruction : « L’avant-projet d’une nouvelle maison d’arrêt cellulaire sur l’emplacement de la prison actuelle comporte 150 cellules dont 90 pour les hommes, 40 pour les femmes et 20 pour les jeunes détenus. » Le coût eût été de 497 000 F70.

La Société générale des prisons organisait cette même année 1907 une grande enquête sur l’état des prisons cellulaires. Dans la foulée, le Conseil supérieur des prisons émettait un vœu, le 12 avril 1907, « tendant à la transformation dans le plus bref délai possible, de la maison d’arrêt de Lille en prison cellulaire, et de la construction de nouvelles ailes dans la prison cellulaire de Loos ». Projet vite abandonné, vu les coûts. Aussi une solution alternative fut-elle trouvée, qui au moins aurait dû permettre d’accélérer la fermeture de la prison de Lille : il fut envisagé que les locaux de l’ancienne colonie Saint-Bernard deviennent, suivant les vœux de feu Auguste Scrive, appropriés pour en faire une maison de correction cellulaire pouvant accueillir jusqu’à 400 détenus.

Ce n’est que dans l’été de cette année 1907 que les détenus, fort peu nombreux jusque là, affluèrent à la nouvelle prison cellulaire de Loos, après que le conseil général se fut inquiété : « Le pouvoir central, toujours pressé de nous faire construire des prisons immenses, n’éprouve plus le besoin de les occuper lorsqu’elles sont construites. C’est ainsi que les bâtiments se détériorent gravement avant tout service et que l’on se tourne encore vers le département pour en obtenir la remise en état. » (12 avril 1907)71.

La commission de surveillance de la prison cellulaire de Loos ne fut instituée que par décret du 12 juillet 1907. à la date du 21 août, Potié, qui représentait le conseil général au sein de cette commission, alertait le préfet : « La prison de Loos est déjà insuffisante, le quartier des femmes est occupé par les hommes, et une grande partie des détenues de l’arrondissement de Lille sont envoyées à Douai ; les autres subissent leur peine au Palais de Justice de Lille. Mais, contrairement à la loi de 1875, tous les prévenus, hommes et femmes, sont en commun dans les préaux et dans les salles du Palais de Justice, alors qu’ils devraient être en cellules. » Le conseil général émit le vœu que la prison cellulaire accueillît les hommes prévenus et que les femmes occupassent le quartier qui leur était destiné.

En 1909, plutôt que de transformer Saint-Bernard en prison cellulaire, on en fit à la hâte et sans grands frais une « prison de réforme ». Les conseillers généraux s’inquiétaient de ces « aménagements rapides » : « Cet immeuble qui a été réparé il y a 15 ans par le département pour être converti en prison départementale n’est pas entouré de murs de ronde. Les fenêtres extérieures du côté de la route ont été simplement murées, sans raccordements avec les anciens murs. Cette prison pourrait conserver des détenus subissant une peine correctionnelle, mais il est matériellement impossible d’y maintenir les jeunes apaches, qui dernièrement encore se sont particulièrement distingués par leurs exploits à la prison de Eysses » (où ils s’étaient mutinés). Le conseil général émettait le vœu : « 1° Qu’avant d’être convertie en prison de réforme les fenêtres de la Colonie Saint-Bernard donnant sur la route de Sequedin, soient complètement consolidées pour éviter les évasions. 2° Qu’un mur de ronde soit construit et que toutes les précautions soient prises pour empêcher ces jeunes détenus de s’évader en vue de sauvegarder ainsi la sécurité du pays. »

Le projet (grandiose) de transformer la maison d’arrêt de Lille en prison cellulaire s’était, à la fin de 1909, réduit à la simple « transformation en pavillons cellulaires du pavillon central, côté des hommes ; ce pavillon comprendrait : au rez-de-chaussée 7 cellules spacieuses et bien aérées ; aux deux étages, 14 cellules ; un service d’eau et un chauffage par la vapeur à basse pression , desservirait ce quartier cellulaire ». Pour un coût d’environ 24 000 F. Le conseil général approuva ce microscopique projet, avant de se raviser, la mesure étant considérée comme « insuffisante »72.
Les membres de la commission de surveillance de la prison cellulaire de Douai émettaient de leur côté plainte sur plainte. Celle-ci, par exemple, qui résume toutes les autres, est des derniers jours de 1909 : « 1° La prison cellulaire de Douai est à 3 kilomètres du centre de la ville ; 2° Le chemin qui va du pont à la prison est dans un état déplorable, le trottoir bordé d’un fossé profond et dangereux, la route n’étant pas éclairée ; 3° L’entrée de la prison est impraticable l’hiver pour des piétons, la réfection du passage qui va du chemin à la porte, bien des fois demandée, n’ayant jamais été faite. 4° Enfin parmi les membres de la Commission toujours présents aux réunions, se trouvent des vieillards pour qui le trajet l’hiver est très pénible, surtout au retour dans l’obscurité. » Et la commission de réclamer un crédit pour le transport de ses membres.
C’est le 4 mars 1910 que les tout derniers travaux prirent fin à la maison d’arrêt cellulaire de Loos, la colonie Saint-Bernard rouvrant le même jour ses portes, sous la forme d’une colonie industrielle.
Le site de Loos connaît alors ses plus grandes heures pénitentiaires : la monumentale et prestigieuse maison centrale y voisine avec une maison d’arrêt cellulaire dernier cri et une colonie industrielle aux méthodes pédagogiques révolutionnaires.

Notes

1.

L’aventure démographique en France au XIXe siècle, La Documentation française, 1976, p. 12.

2.

Archives départementales du Nord (ADN ensuite), 1 N 89 et 1 N 104.

3.

1,6 million pour la préfecture en 1864 (ADN, 4 N 299).

4.

ADN, 1 N 87.

5.

ADN, 4 N 1.

6.

Ibid.

7.

John Howard, L’état des prisons, des hôpitaux et des maisons de force en Europe au XVIIIe siècle, éd. critique de C. Carlier et de J.-G. Petit, éditions de l’Atelier, 1994, 599 p., p. 133-134.

8.

B. Appert, Rapport sur l’état actuel des prisons, des hospices et des écoles : départements de l’Aisne, du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, suivi de considérations générales sur ces sortes d’établissements, Imprimerie de J.-L. Chanson, 1824, p. 70.

9.

Ibid., p. 74-75.

10.

10. D. J.T. Vandenburgh, Cultures of Public Architecture in Nineteenth-Century France : Reforming the Provincial Prison, University of California at Berkeley, 1993, 371 p. Une publication en langue française s’imposerait.

11.

ADN, 4 N 549.

12.

ADN, 4 N 282-283.

13.

H. De Murat, Programme pour la construction d’un palais de justice et d’une maison d’arrêt à Lille, 12 juin 1826, ADN, 4N/28.

14.

ADN, 1 Y 56.

15.

Archives nationales (AN ensuite), F 21 1893.

16.

ADN, 4 N 340.

17.

AN, F 21 1855.

18.

ADN, 1 N 89.

19.

ADN, plan 2109.

20.

ADN, 4 N 283.

21.

ADN, 4 N 286.

22.

AND, 4 N 287.

23.

ADN, 1 N 88.

24.

AN, F 21 1858, rapport de Biet du 6 janvier 1842.

25.

ADN, 1N 88.

26.

ADN, 1 N 88, 5 septembre 1841.

27.

ADN, 1 N 89.

28.

ADN, 4 N 299.

29.

ADN, 1 N 93.

30.

ADN, 1N 95.

31.

Ibid.

32.

ADN, N 074.

33.

ADN, 1 N 96.

34.

ADN, 1 N 97.

35.

Ibid.

36.

ADN, 1 N 100.

37.

ADN, 4 N 310.

38.

ADN, 1 N 96

39.

B. Ménager, « Préfets et administration préfectorale dans le département du Nord sous le Second Empire », dans A. Lottin, A. Crépin et J.-M. Guislin, Intendants et préfets dans le Nord - Pas-de-Calais (XVIIe-XXe siècle), Artois Presses Université, 2002, 338 p., p. 238.

40.

B. Yvert (dir.), Dictionnaire des ministres (1789-1989), Perrin, 1990, p. 533.

41.

ADN, 1 N 123.

42.

Ibid.

43.

ADN, 1 N 95.

44.

ADN, 1N 87, Table des délibérations du Conseil général, première partie, p. 101-102.

45.

ADN, 1 N 101.

46.

ADN, 1 N 124.

47.

ADN, 1 N 124.

48.

AND, 1 N 129

49.

Le quartier correctionnel, à ne pas confondre avec le quartier d’isolement, comptait alors 206 jeunes détenus, sur une population totale de la maison centrale de 1 245 détenus. ADN, 1 Y 97.

50.

ADN, 4 N 391.

51.

Ces condamnés représentaient, pour 1884, 46 % des détenus de Lille, 39 % à Avesnes, 29 à Cambrai, 63 à Douai, 37 à Dunkerque, 33 à Hazebrouck et 48 % à Valenciennes.

52.

ADN, 1 N 129.

53.

ADN, 1 N 130.

54.

Louis Herbette s’est exprimé publiquement sur ce point au congrès pénitentiaire de Rome de 1885 : selon lui, les prix de revient de 5 voire 6 000 F la cellule devaient être « singulièrement diminués ».

55.

ADN, 1 N 131.

56.

ADN, 1 N 132.

57.

Archives privées de l’auteur.

58.

ADN, 1 N 133.

59.

ADN, 1 N 137.

60.

ADN, 1 N 138.

61.

Avec son père Philippe, Henri Canissié avait supervisé les travaux d’agrandissement de l’église Saint-Maurice de Lille entre 1868 et 1875. Merci à Christiane Lesage pour cette précision.

62.

ADN, 1 N 139.

63.

ADN, 1 N 140.

64.

ADN, 1 N 141.

65.

ADN, 1 N 142.

66.

ADN, 1 N 145.

67.

ADN, 1 N 146.

68.

ADN, 1 N 149.

69.

ADN, 1 N 150.

70.

ADN, 1 N 151.

71.

Ibid.

72.

ADN, 1 N 15.