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Poulpe fiction. Les 20 ans de la collection "Le Poulpe"

Bibliothèque des littératures policières (BiLiPo)

Poulpe Fiction. Les 20 ans du Poulpe. Miles Hyman
Créé en 1995 par Jean-Bernard Pouy avec La Petite écuyère a cafté, adapté au  cinéma par Guillaume Nicloux, Le Poulpe, alias Gabriel Lecouvreur, fête cette année ses vingt ans.

La légende veut que ce nouveau héros de romans policiers populaires soit né lors d’une soirée enfiévrée qui réunissait Jean-Bernard Pouy, Patrick Raynal et Serge Quadruppani, au cours de laquelle tous trois s’engagent à donner un nouveau souffle à la littérature de gare. Leur intention est ainsi rapportée par Michel Abescat dans Le Monde des livres le 3 février 1996 :

« En fait, c’est le constat du déclin de la littérature populaire qui a tout déclenché. Regardez dans les gares, par exemple. Aujourd’hui, qu’est-ce que vous trouvez en fait de polars ? Le bas de gamme le plus exécrable : « SAS » ou « L’exécuteur ». Paradoxalement, ce sont les efforts de certains intellectuels pour soutenir le genre et en rehausser le niveau qui ont fini par lui nuire. A force de répéter que la littérature noire est une littérature à part entière – ce qui, entre parenthèses, est une évidence – elle a fini par perdre la place qui était la sienne. A l’époque des gros tirages, ce qui faisait des titres de la « Série noire » une véritable collection populaire, c’est qu’ils étaient lus dans le train, en l’espace de trois heures, entre Paris et Limoges par des militaires aussi bien que par des PDG ! C’est cet esprit-là que nous voulions retrouver. Parce que nous sentions bien, en lisant par exemple des revues spécialisées, que tout le monde regrettait Vidocq et Arsène Lupin. Parce que le succès de Navarro et de Julie Lescaut à la télévision crevait les yeux.

Le déclic, ce fut le déferlement suscité par Pulp Fiction, le film de Tarantino. En pleine célébration de la « Série noire » ! Nous aussi, nous allions remettre les pulps au goût du jour. A la française. En créant une série de romans noirs populaires dont le héros s’appellerait… le Poulpe, évidemment !  Dès l’origine, nous avons voulu un héros de gauche. Pour faire le pendant à SAS ou à L’exécuteur, représentants musclés d’une certaine droite crypto-fasciste… Mais le Poulpe, c’est d’abord un libertaire, parfaitement capable de titiller les anciens gauchistes, par exemple ».

Gabriel Lecouvreur, surnommé Le Poulpe pour la longueur de ses bras et parce qu’il faut taper dessus pour l’attendrir, est ainsi devenu le héros de près de 200 romans édités par les éditions Baleine et écrits (presque) à chaque fois par un auteur différent. Le Poulpe se définit comme “un personnage libre, contemporain, curieux, qui va fouiller dans les désordres et les failles du quotidien”. Anar sans être justicier, il enquête sur des faits divers a priori anecdotiques mais qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde.

Si Jean-Bernard Pouy avec La Petite écuyère a cafté a créé une grande révolution dans le microcosme « polardeux » et une nouvelle veine littéraire avec le personnage du «  Poulpe » qu’il allait s’empresser de remettre entre les mains de nombreux autres auteurs, il ne faudrait pas oublier qu’un dessinateur, un artiste, a fait le lien entre chaque épisode et chaque auteur : Miles Hyman.

Né dans le Vermont, Myles Hyman débarque à Paris en 1985 pour étudier le dessin aux Beaux-Arts. Ses premières illustrations paraissent dans Lire ou dans des publications éditées par Autrement et Eden. Il illustre, chez Futuropolis, Manhattan Transfert de John Dos Passos, puis L’Agent secret de Joseph Conrad. Illustrateur de presse remarqué (Le Monde, Libération, Le New Yorker Magazine New, The Boston Globe, The New York Times, la revue XXI, Muze, The International Herald Tribune, Télérama…), il est devenu, dès 1995, le dessinateur attitré de la collection Le Poulpe pour laquelle il a illustré plus de 200 titres. A noter que ces derniers, aux couvertures attractives et colorées, sont toujours des jeux de mots ou des palindromes. Pour le plaisir, en voici quelques-uns : L’amour tarde à Dijon, Ouarzazate et mourir, Nazis dans le métro ou encore Une valse de slave nu.

La BILIPO revient sur cette aventure éditoriale en exposant quelque 80 originaux de ce remarquable artiste. Aux côtés de ces œuvres récemment acquises par la bibliothèque, archives, objets, livres et bandes dessinées permettent de suivre les soubresauts d’un céphalopode qui n’en finit pas de jeter son encre dans les eaux boueuses de la littérature policière.

Catherine Chauchard, directrice de la BiLiPo.

Edition en ligne : Jean-Lucien Sanchez

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Le Poulpe n°1. La petite écuyère a cafté. Jean-Bernard Pouy

Source : Bilipo

LE POULPE                                             

Quand vous ne savez pas ce qu’est la torture, tentez d’imaginer ce que représentent plusieurs années pendant lesquelles on vous force à manger des salades de poulpe et des pieds de porc… C’était gentil de la part de nos hôtes de penser ainsi coller aux prérogatives de notre héros, ils pensaient vraiment nous faire plaisir, donc on n’osait rien dire, et, ainsi, nous nous sommes ruinés la santé stomacale. La santé hépatique, elle, a été attaquée sérieusement par la bière, dont Patrick Raynal, Serge Quadruppani et moi avions, innocemment et imprudemment, décrété qu’elle serait la seule bibine supportée et avalée par Gabriel Lecouvreur. Les auteurs se sont divisés en gros en trois groupes : les spécialistes, qui nous ont fait découvrir quelques mousses imparables, les ignorants (en général pinardeux invétérés) qui en ont inventé de catastrophiques, et tous ceux qui, par honnêteté, ont fait, avant de mentionner des marques précises, de solides études… Sans oublier certains lecteurs qui en ont fabriqué, par pur amour pour une fois légitime (« La Poulpeuse »).

En résumé et en argot, précisons qu’une bière se dit aussi un cercueil…

Il n’y a pas que la littérature dans la vie.

 « Le Poulpe » s’appelle Gabriel Lecouvreur ? On ne sait pas, on ne sait plus, sa naissance s’étant déroulée sans forceps, certes, mais dans un rade où les libations ont coulé à flots. Le prénom a dû, inconsciemment, être un rappel de l’Ange Annonciateur. Mais ce n’est pas sûr. En 95, nous adorions le film des frères Coen, « Miller’s Crossing », une œuvre essentiellement hammettienne, surmontée par un Gabriel Byrne tirant les ficelles… Mais ça serait quand même étonnant. Peut-être, tout simplement,
que le percepteur de Patrick Raynal se prénommait ainsi… Allez savoir ?

Et Lecouvreur, ça, mystère… La seule piste un peu sérieuse concerne un film, de Carné, un film qui fait partie de l’ADN des amateurs de récits « populaires », où les tenanciers de « L’Hôtel du Nord » s’appellent les Lecouvreur. Ah oui, il y a aussi Adrienne Lecouvreur, tragédienne éplorée et adorée, maîtresse, entre autres, de Voltaire. Mais ça n’a pas, sans doute, de rapport. Quoique… L’alcool aidant…

Pourquoi « Le Poulpe » ? Appellation désormais contrôlée… C’est notre connaissance infinie de l’anglais qui en est responsable et non une quelconque appétence pour ce fruit de mer à huit pattes et doté de neuf cerveaux, c’est-à-dire nettement plus que tous les auteurs de polar. Dans la langue du chat qui expire, un roman (très) populaire se nomme un « pulp » (car imprimé sur du mauvais papier fait à partir de pulpe de bois). Très inspirés, nous avons simplement traduit pulp par poulpe. Élémentson, mon cher ouatère.

Pourquoi « Le Poulpe » est libertaire ? Parce qu’en 95, nous destinions ce personnage à tous nos amis et collègues polardeux. Essentiellement des êtres de la gauche de la gauche, avec, parmi eux toutes  les galaxies possibles, du Parti Communiste à l’ultragauche, en passant par des myriades de trotskistes, de maoïstes, de radicaux de tout poil, sans même mentionner les situs, bordighistes et autres pablistes…
On allait direct à la cata (d’ailleurs, plus tard, ça n’a pas loupé). Donc nous avons décidé de faire de Gabriel un libertaire, pas un anarchiste, non, un libertaire, terme un peu plus généraliste qui, surprise, n’a choqué presque personne. Comme quoi…

Ce dispositif permettait d’agrémenter le projet du Poulpe : chaque auteur se devait de prendre en compte le personnage et d’en faire ce qu’il en voulait, de proposer sa propre vision de Gabriel. Une aventure (unique) à chaque fois. Il ne s’agissait absolument pas de faire dans le cumulatif. Raté. Quand les Éditions Baleine ont fêté, en 2000, les 40 ans du Poulpe, erreur grave, il s’est pris un coup de vieux, alors qu’il était comme Tintin, intemporel. Maintenant, en théorie, il a 55 ans et le lumbago est là. Mais dans notre cœur, il est toujours très jeune et très infréquentable (sa passion pour le jeu de mots à la con).

L’Octopus de Saint-Ouen.

Le Front National (qui, à, l’époque, montait montait), existe encore. Alain Juppé, premier ministre, qui s’était cogné les grandes grèves, est toujours là. Etc, etc… Mais Le Poulpe, lui aussi, est là, et bien là.
Ça fait une moyenne.

Jean-Bernard Pouy

 

Le Poulpe n°2. Saigne sur mer. Serge Quadruppani

Source : Bilipo

LA BIBLE POULPIQUE

Il fallait une bible pour dessiner ce personnage récurrent et lui attacher les lecteurs. Celle-ci fait quatre pages et est envoyée à tous les auteurs potentiels et à ceux qui en font la demande poliment au directeur de collection (!!). […] La “bible” est le mode d'emploi du Poulpe. […]

Il va se trouver mêlé à des histoires actuelles, prégnantes, celles sur qui nous avons un éclairage à donner, à préciser, celles où un autre témoignage, le nôtre, est utile. « Les aventures du Poulpe se veulent donc une émanation de la société française de la fin du siècle, marquée par le caractère libertaire du héros. » « Le personnage est grosso-modo libertaire, du moins progressiste, antifasciste. Mais il ne s'agira pas de faire du prêchi-prêcha, ni de coller à une quelconque chapelle politique. C'est dans son comportement et dans le choix de ses opposants que l'on verra la teneur de son engagement général. »

La règle veut aussi que le titre jeu de mots crée une certaine distanciation. […]

À chaque aventure, donc, le Poulpe réagit à un fait divers dégoté dans une gazette, qu'il lit au bistrot “Au pied de porc à la Sainte-Scolasse", dans le XIe (parce-que c'est l'arrondissement où il n'y a aucun monument historique), avec le sentiment que la vérité reste à découvrir. Il se lance donc à l'aventure, “l'aventure de cet homme lancé à la recherche de la vérité dissimulée”, selon la définition que Chandler donnait du roman noir. Son parcours le confronte à ses ennemis habituels (la police, l'Etat, le racisme, les affairistes, les fascistes, les intégristes, le nucléaire…), mais aussi à quelques bouts de France profonde. Il quitte alors son univers : son bistrot, son hôtel et son amie Cheryl, coiffeuse dans le même quartier. D'autres éléments récurrents renforcent la cohérence de la série : Gabriel possède une épave de Polikarpov, l'avion des Républicains pendant la guerre d'Espagne. Il ne boit que de la bière, jamais de vin. Voici donc les contraintes imposées par la “bible” du personnage, à laquelle ont participé Pouy, Raynal, Quadruppani, aux auteurs présumés. […] Chaque auteur suit cette trame mais livre sa propre version du Poulpe.

Véronique More et Céline Ridet

Le Poulpe n°2. Saigne sur mer. Serge Quadruppani

Source : Bilipo

Le Poulpe n°3. Nazis dans le métro. Didier Daeninckx

Source : Bilipo

Le Poulpe n°8. Un travelo nommé désir. Noël Simsolo

Source : Bilipo

QUI EST LE POULPE ?

Le Poulpe est un personnage libre, curieux, contemporain, qui a eu quarante ans en l'an 2000. C'est quelqu'un qui va fouiller, à son compte, dans les désordres et les failles apparents du quotidien. Quelqu'un qui «démarre» toujours de ces petits faits divers qui expriment, à tout instant, la maladie de notre monde. Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin. […]

FICHE D’IDENTITÉ

  • Nom : Lecouvreur
  • Prénom : Gabriel
  • Âge : 35 ans
  • Date de naissance : 22/03/1960
  • Lieu de naissance : Paris 11e
  • Cheveux : bruns, un peu bouclés
  • Taille : grand, 1m85
  • Apparence physique : normalement musclé
  • Ethnie : peau blanche (taches de rousseur sur les épaules)
  • Signe particulier : un petit tatouage (un A entouré d’un cercle, datant de l’armée) sur le biceps gauche
  • Profession du père : imprimeur
  • Profession de la mère : sans profession (ses parents sont morts dans un accident de voiture quand il avait cinq ans).
  • Frères et sœurs : fils unique
  • Cursus scolaire : études assez bordéliques (plusieurs lycées dans les années post-70), mais le Bac en 78, deux années de fac, petits boulots en tous genres activisme un peu débridé mais jamais démenti et, gaulé sur un coup foireux (attaque d'une librairie d'extrême droite en 79), envoyé aux armées disciplinaires où il apprend le maniement des armes.
  • Caractéristiques :

- Un peu lourdaud, grands bras envahissants dont il ne sait, apparemment, que faire, longues jambes un peu gauches (c'est pour cela qu'on le surnomme le Poulpe)

- Ne fait pas très attention à sa tenue vestimentaire.

- Aime quand même les casquettes

- A son franc-parler (mais il est cultivé, souvenirs de fac)

- Adore se déguiser, se grimer, jouer des rôles pour les besoins de son enquête

Extrait de la Bible poulpique

Le Poulpe n°9. Un trou dans la zone. Franck Pavloff

Source : Bilipo

Le Poulpe ? Mais qu'est-ce que c'est ?

C'est une collection de romans noirs populaires. Avec un héros récurrent, Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe. Chaque épisode sera écrit par un auteur différent. Il y aura alternance entre des écrivains chevronnés, des presque débutants et des novices. Chaque auteur ne se coulera pas dans un moule rigide, mais apportera sa version du personnage, en lui faisant vivre des aventures qui respecteront ses préoccupations stylistiques et fictionnelles. Seuls certains points de rendez-vous seront obligatoires pour donner une cohésion à l'ensemble des romans.

De la sorte, on pourra éviter trop de redites, tout en étoffant le caractère du personnage. Chaque auteur a néanmoins la directive de coller le plus possible à ce qui a toujours fait le roman populaire qu'on a aimé, et qui sera annoncé par une couverture illustrée et des titres en forme de jeu. Ce qui va changer, c'est que ces textes seront bien écrits. Ce qui va changer, c'est que s'il y a de la violence, il n'y aura pas fascination de la violence, s'il y a de l'érotisme, ce ne sera pas au détriment de l'image de qui que ce soit.

Le Poulpe n°190. Jeux de roumains, jeux de vilains. Stéphane Koechlin

Source : Bilipo

Et comment on fait ?

Environ 130/140 feuillets, en gros 200 000 signes. Prévoir un titre rigolo, genre jeu de mots, mais on sera là pour en trouver un au besoin ! Le personnage du Poulpe : Le Poulpe est grosso modo libertaire (au contraire des SAS, Exécuteur, Exécutrice ou autre), du moins progressiste, antifasciste. Mais il ne s'agira jamais de faire du prêchi-prêcha, il ne s'agira pas de coller à une quelconque chapelle politique. C'est dans son comportement et dans le choix de ses opposants que l'on verra la teneur de son engagement général. Le personnage ne dénonce pas tout de go. Mais la lutte opiniâtre qu'il mène contre des opposants bien reconnaissables (pour un libertaire) constituera une dénonciation en soi. Tous les thèmes sont admis (de l'intimisme au planétaire).

Le respect de la bible : Le respect de la « bible » sera un gage d'uniformité. Les auteurs feront en sorte de ne pas complexifier le passé des personnages récurrents pour permettre l'écriture conjointe des textes (le directeur de collection veillera au grain). Il est évident que chaque auteur doit, dans ce cadre relativement précis (voir après), apporter SA version du Poulpe. D'ailleurs, nul besoin d'aller à l'encontre des règles établies par Pouy ; il suffit, et c'est le cas par exemple dans Ouarzazate et mourir, d'Hervé Prudon, d'éclairer certains pans de la personnalité du héros, ou d'en passer d'autres sous silence. Ainsi, le personnage et l'histoire du Poulpe sont en perpétuelle évolution, et s'étoffent au fur et à mesure des contributions dont ils sont l'objet. Les « contraintes » imposées par Pouy sont donc un point de départ, un passage nécessaire à la prise en charge du personnage. C'est le point commun, l'élément fédérateur de tous ces épisodes. En effet, les thèmes choisis, le style de chaque romancier, la mise en valeur de tel ou tel personnage, tous ces points tendent à rendre chaque épisode autonome. Toute la difficulté, et donc tout l'intérêt de cette bible va être, pour l'auteur, de créer une fiction originale et de trouver un ton personnel, tout en se conformant aux volontés de Pouy. Il est normal, dans ces conditions, que l'univers du Poulpe ne soit pas figé.

Aussi, si dans les premiers épisodes de la série, à l'instar de La Petite écuyère a cafté, l'action se déroule en France, il paraît évident que la série va s'internationaliser. À cela, deux raisons : d'abord, éviter un risque de répétition ou de reprise de ce qu'un autre a déjà écrit dans un épisode précédent. La deuxième raison est d'ordre politique : les axes de lutte et les thèmes abordés par les écrivains, s'ils trouvent leurs origines en France, peuvent avoir des liens ou des conséquences à l'étranger, comme c'est le cas dans Bunker menteur, d'Olivier Douyère, où le Poulpe se trouve confronté à une terrible affaire de pollution, qui, si elle trouve ses racines en France, a des ramifications jusqu'en Albanie. Situer l'action dans des pays étrangers a donc le double intérêt de dépayser le lecteur et d'éclairer les enjeux politiques d'un point de vue beaucoup plus large. Il ne faut pas non plus croire que toutes les aventures du Poulpe vont se dérouler à l'étranger, ce qui donnerait l'image fausse d'un baroudeur international. Il est bien sûr hors de question de passer sous silence ce qui fait du Poulpe un personnage de polar si particulier : ses méthodes. N'étant absolument pas mandaté par la loi pour faire régner l'ordre, à l'instar des enquêteurs traditionnels, le Poulpe n'entretient avec la loi que des rapports très distants, et éminemment conflictuels, ce qui n'a, au demeurant, rien de choquant pour un anarchiste. Dans cette série, la police est représentée par un inspecteur des Renseignements généraux, Jacques Vergeat, dont la bêtise et la vacuité se conjuguent à une haine viscérale pour Gabriel. Il faut dire que leur façon d'agir diffère grandement. En un mot, le Poulpe n'agit que par instinct. C'est au Pied de porc à la Sainte-Scolasse que démarrent toutes ses enquêtes. Au début, il « plonge distraitement le regard » dans le journal, générale3 ment Le Parisien, puis il ressent vite « ce picotement si caractéristique à l'arrière du bulbe », signe avant-coureur de l'appel de l'aventure. Cette scène se répète, avec quelques variantes, dans chaque épisode du Poulpe, et constitue le point de départ de l'enquête (et le point d'accroche avec l'exposition du premier chapitre). Le Poulpe est sujet à des changements, il évolue, et surtout son passé ne nous est délivré que par bribes et allusions. Ce n'est donc pas un personnage figé, ni même un héros en construction, mais plutôt un personnage en reconstruction permanente. Cet état de fait résulte directement du changement constant d'auteur, qui permet le renouvellement.

Le Poulpe n°196. Drôle de drums. Alain Wagner

Source : Bilipo

Oui, mais concrètement ?

Les obligations de construction : Les deux premières « séquences » seront, en gros, toujours identiques :

1. La première scène sera l'annonce du « sujet » traité. C'est le drame (ou l'affaire) sur laquelle le Poulpe va travailler. C'est une scène (forte bien sûr) qui se déroule en dehors de lui.

2. La deuxième scène découle de la première : Gabriel, comme tous les matins, boit son café (ou déjeune) dans son bar préféré, Au pied de porc à la Sainte-Scolasse, lit des faits divers et en discute. Il s'engueule souvent avec Gérard, le patron du bar, à propos justement de ces faits divers sur lesquels ils ont toujours des versions et explications différentes. C'est pour cette raison que, toujours mouché par la grande gueule de Gérard, il décide d'y aller voir de plus près.

3. La scène finale peut être réservée à une discussion avec Gérard (ou clients) au café-bar, ou, même révélant certains dessous de l'affaire traitée : on ne le croira jamais.

4. En sus : Gabriel (ou, c'est possible, un autre personnage de rencontre, mais à condition qu'il le fasse plusieurs fois) devra citer (sinon abondamment du moins suffisamment) un livre culte (réel ou inventé).

4 bis. Gabriel est grand amateur de bière (il est anti-vin), on pourra en profiter pour vanter certaines bières locales ou inconnues. Tous ces « rendez-vous » et ces « obligations » sont uniquement là pour établir un lien entre les auteurs, pour permettre une unité. Ils suffiront, à chaque fois, pour reconnaître le personnage.

Le Poulpe n°205. A Freud ! Sales et méchants. Pierre Magne

Source : Bilipo

Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe.

Né un 22 mars 1960 à Paris 11e : oui, c'est vrai, mais étant donné que la série continue, il sera préférable de ne plus faire mention précisément de son âge ; le Poulpe est plutôt à considérer comme un éternel quadra. Brun, cheveux un peu bouclés. Grand, 1,85 mètre, normalement musclé. Peau blanche (taches de rousseur sur les épaules). Un petit tatouage (un A entouré d'un cercle, datant de l'armée) sur le biceps gauche. Un peu lourdaud, grands bras envahissants dont il ne sait, apparemment, que faire, longues jambes un peu gauches (c'est pour cela qu'on le surnomme le Poulpe). Ne fait pas très attention à sa tenue vestimentaire. Aime quand même les casquettes. A son franc-parler (mais il est cultivé, souvenirs de fac). Adore se déguiser, se grimer, jouer des rôles pour les besoins de son enquête. Père imprimeur, mère sans profession. Fils unique (ses parents sont morts dans un accident de voiture quand il avait cinq ans). Élevé par son oncle paternel et sa tante (Tonton Émile et Tata Marie-Claude, commerçants - ils tenaient une quincaillerie, d'où la bonne connaissance de Gabriel en bricolage divers). Décédés eux aussi (Émile de maladie, les poumons, et Marie-Claude de chagrin), il lui ont laissé un pécule suffisant, par héritage, qui a juste permis à Gabriel de survivre et d'échapper au salariat en ne prenant que des petits boulots. Gabriel vit à l'hôtel et en change souvent (établissements modestes). C'est en effet plus pratique, et il se refuse à laisser des traces trop prégnantes (impôts, EDF, téléphone). La discrétion est de mise dans toutes ses enquêtes. Recherché par la police, ou plutôt surveillé pour ses agissements trop mystérieux pour être honnêtes, le Poulpe est un personnage étrange qui pique la curiosité des forces de l'ordre. Gabriel sait se battre, (genre baston de rue) mais, comme disaient les gauchistes de tout poil, l'ennemi court toujours moins vite qu'une balle de revolver. Est plutôt du genre bricolo. À chaque fois, il se démerde. Études assez bordéliques (plusieurs lycées dans les années post 1970), mais le Bac en 78, deux années de fac, petits boulots en tous genres, activisme un peu débridé mais jamais démenti et, gaulé sur un coup foireux (attaque d'une librairie d'extrême droite en 79), envoyé aux armées disciplinaires où il apprend le maniement des armes. Depuis qu'il a été recueilli par son oncle et sa tante, a vécu longtemps dans le 11e, rue Basfroi. C'est pour cela qu'il fréquente toujours le café-bar Au pied de porc à la Sainte-Scolasse, avenue Ledru-Rollin dans le 11e, tenu par Gérard, un des plus proches amis du Poulpe. Gabriel est ce qu'on pourrait appeler, sexuellement, un pervers polymorphe. Rien, a priori, ne lui fait peur.

Le Poulpe n°13. Le cantique des cantines. Claude Mesplède

Source : Bilipo

Cheryl : Il a une amie, Cheryl, un peu plus jeune que lui, née à Vitry-sur-Seine, conçue pour contrer «les potiches de la haute ». Coiffeuse et propriétaire d'un petit salon rue Popincourt (voir annexe), avec laquelle il noue et maintient des relations sexuelles et amicales, chacun restant sur la défensive. Il la connaît depuis l'école de la rue Saint-Bernard, et peut compter sur elle en cas de coups durs (blessures ou repos du guerrier : voir annexe, son appartement). Cheryl est la « régulière » de Gabriel. Mais, comme lui, en toute compréhension, a de nombreuses aventures sans lendemain. Leur mutuelle « fidélité » est celle du cœur. En aucun cas ils ne pourront se séparer vraiment, à part le temps d'une aventure, pour mieux se retrouver. Cheryl est blonde, tirée à quatre épingles, un corps formidable et peut avoir, en certaines occasions, un langage de charretier. Mais se pique de distinction et d'élégance. Connaît tous les potins du quartier. Intelligente, et suffisamment cultivée pour épater Gabriel de temps en temps. Nantie d'un certain franc-parler qui la rend invariablement de bon conseil, elle n'a rien d'une potiche qui attend son aventurier en tremblant. Cheryl, contrairement à tous les autres personnages de la série, est la seule à demeurer en relation avec Gabriel pendant le déroulement de l'aventure. Les parents de Cheryl se sont vite installés rue de Charonne, dans le 11e (au 77), juste en face du Palais de la Femme (siège d'un refuge pour femmes en difficulté, géré par l'Armée du Salut). Son père, Raoul, était tapissier à son compte (dans la cour du 77). Sa mère (au curieux prénom d'Enorie) était femme au foyer. Ses parents, à la retraite, habitent une petite maison à côté de Nîmes, à St-Bonnet-du- Gard, au bord de la Nationale 86. Cheryl a fait ses classes de primaire à l'école de la rue Saint-Bernard, où elle a rencontré Gabriel, puis s'est arrêtée à la fin de le troisième pour faire coiffure à l'Institut Carita. Son salon de coiffure, rue Popincourt, a été payé par ses parents qui, partant dans le sud, ont revendu leur boutique de tapissier.

Le Poulpe n°13. Le cantique des cantines. Claude Mesplède

Source : Bilipo

Le Poulpe n°13. Le cantique des cantines. Claude Mesplède

Source : Bilipo

Gérard... et Maria, Vlad et Léon : Celui-ci est d'autant plus important qu'il constitue souvent le point de départ des aventures du Poulpe. En effet, c'est le cafetier qui lui donne le journal, ou qui commence à évoquer telle ou telle affaire. Il est le détonateur de l'action. Il y a quelque chose d'irrésistible dans leurs conversations, qui provient peut-être du contraste entre la finesse d'analyse de Gabriel et la lourdeur pataude de Gérard. Gérard est un personnage éminemment attachant. On en a la preuve dans Lundi, c'est sodomie, de Romain Goupil, où Maria, sa femme, est atteinte d'un cancer. Lors d'une visite à l'hôpital, on découvre, en demi-teinte, un Gérard beaucoup plus tendre qu'à l'accoutumée, qui, « après un rapide baiser, s'affairait dans la chambre comme un gamin ». Il a environ 60 ans, échalas ventru, moustachu et fort en gueule, originaire de Sainte-Scolasse près d'Alençon. Il est aidé par sa femme Maria, d'origine espagnole, petite bonne femme nerveuse et secrète, mais gentille et maternelle. Elle sert également en salle. Ayant bien connu les parents de Gabriel, elle est devenue très proche du Poulpe. Le caractère épais de son mari contraste avec le sien. Elle est la pièce motrice du Pied de porc à la Sainte-Scolasse. Il y a un aide cuisinier, Vlad, un grand roumain ombrageux, travailleur, vaguement clandestin, bien qu'on ne sache pas trop. Vlad, d'après Gérard, était un grand médecin en Roumanie, avant de choisir, en 75, de quitter définitivement son pays. C'est un personnage réservé, dont les apparitions sont brèves, mais régulières. C'est dans J'irai faire Kafka sur vos tombes, de Michel Chevron, qu'il revêt une importance supplémentaire, puisque c'est par son intermédiaire que va débuter l'aventure. Nul doute qu'il forme, avec Gérard et Maria, le trio indissociable du café-bar. Il y a aussi Léon, un vieux berger allemand paranoïaque, mort dans les derniers épisodes, mais récemment remplacé par un autre, Léon II.

Le Poulpe n°174. Quand les poulpes auront des dents. Pierre Barachant

Source : Bilipo

Pedro (accessoire, mais pourquoi s'en priver ?) : Gabriel maintient des relations amicales avec un vieil imprimeur catalan rangé des voitures, Pedro (ambiance début de siècle, mi-apache mi-brigadiste), 65 ans, ancien copain de travail de son père, avec qui il s'engueule gravement (généralement pour des questions extra-idéologiques, du genre sportif, érotique ou autre). Ce « vieil anarchiste catalan » possède une imprimerie clandestine sur sa péniche. Habitué à se méfier de la police et de l'État (il a « connu les privations et les atrocités des geôles fascistes »), il possède toute une panoplie de faux-papiers qui servent régulièrement à Gabriel. De même, il est « depuis toujours fournisseur d'armes pour les bonnes causes et les vrais amis ». Ce personnage, possède lui aussi des caractéristiques très particulières, qui en font un élément important de la fiction : sa vie sur la péniche, son « goût pour le parler codé », son passé de résistant à l'oppression fasciste (il était membre de la colonne Durutti), jusqu'à ses cigarettes Seita, tout concourt, d'une part à entourer ce personnage d'un halo de mystère, et d'autre part à susciter l'intérêt et l'attachement.

Le Poulpe n°174. Quand les poulpes auront des dents. Pierre Barachant

Source : Bilipo

Jacques Vergeat (accessoire) : Gabriel a un ennemi récurrent (mais accessoire),

Jacques Vergeat (59 ans), fonctionnaire aux RG au bord de la retraite, qui le piste à la trace et ne le rattrape jamais. Chauve, solitaire, maniaque vestimentaire, amateur de bon vin, pervers et opiniâtre. Ce personnage peut ne pas être important, mais si la loi apparaît, ça se fera à travers lui, qui est le seul à instruire la vraie « croisade » de Gabriel.

Le Poulpe n°31. Lundi, c'est sodomie. Romain Goupil

Source : Bilipo

Le Polikarpov, son avion : Gabriel a une seule passion, son avion, qu'il a racheté à la casse et qu'il a remonté dans un hangar de l'aérodrome de Moiselles (Val d'Oise). Il n'a pas son permis de pilote, mais pense toujours le passer. Néanmoins, il pilote quand même. Ce zinc est un Polikarpov (avion russe servant aux Républicains de la guerre d'Espagne, surnommé la Mosca par les républicains et la Rata par les fascistes), que le Poulpe tente, tant bien que mal, de réparer entre chaque aventure. N'étant logiquement pas rémunéré, le peu d'argent (ou quelques biens) qu'il réussira, dans chaque nouvel épisode, à taxer, lui servira bien sûr à continuer à vivre tranquille, mais essentiellement à faire refaire des pièces compliquées ou introuvables pour son avion (on peut prévoir une scène, quasi finale, avec discussions avec le mécano en chef local, Raymond, 55 ans, bourru, jamais d'accord, n'aimant que le matériel moderne, et ayant une fâcheuse tendance à se moquer de Gabriel le « rampant »).

Le Poulpe n°31. Lundi, c'est sodomie. Romain Goupil

Source : Bilipo

Le Poulpe n°249. Castro, c'est trop ! Jean-Jacques Reboux

Source : Bilipo

Café-restaurant Au pied de porc à la Sainte-Scolasse : Avenue Ledru-Rollin, entre la rue de Charonne et la place Léon-Blum. C'est un café-restaurant assez typique, mais pas vraiment ancien, à la décoration plutôt années soixante : lampes orange, tables vernies, chaises paillées plastique, zinc traditionnel, papier peint marron clair à motifs, plantes et fleurs en pots (la patronne a la main verte). D'un côté, le bar, assez petit (où règnent Gérard et les habitués), avec quelques tables devant la vitrine, dont celle où s'installe Le Poulpe. De l'autre côté, une salle à manger où le Tout-Paris vient simplement déguster le plat local, unique dans la capitale. Aux murs, un agrandissement d'une ancienne carte postale représentant la place de la Mairie de Sainte-Scolasse. Et un panneau, décoré à l'ancienne, rappelant « l'histoire du pied de cochon ». Gérard tient le bar et, à midi, fait la cuisine (à part le fameux pied de porc, il concocte d'excellents plats du jour).

Le Poulpe n°249. Castro, c'est trop ! Jean-Jacques Reboux

Source : Bilipo

Salon de coiffure et appartement de Cheryl (accessoire) : Rue Popincourt, Cheryl Coiffures est un petit salon de quartier à la clientèle en tous genres, nombreuse et fidèle : mémères et jeunes filles à la mode. Le décor est moderne : glaces, matériel, photos, plantes vertes, tendance gris-jaune chic. Cheryl a toujours deux aides avec elle, de jeunes stagiaires issues de l'école de coiffure, à qui elle apprend le boulot et qu'elle forme magnifiquement. Son appartement, au-dessus du salon, est un trois-pièces élégant avec, surtout, une chambre « à l'américaine » (Cheryl adore Marilyn Monroe, Elsa Martinelli et Michelle Pfeiffer), rose, couvre-lit en fourrure synthétique rose, table de nuit et table de coiffure un peu « poupée Barbie ». D'anciennes peluches (tout une famille kangourou) trônent sur le lit. Gabriel éprouve, pour ce décor, un étrange sentiment d'amour-haine ; il s'y sent bien mais le lurex le fait invariablement éternuer. Dans sa petite cuisine, Cheryl tente de faire la cuisine. Elle se plante, elle n'est pas vraiment cordon bleu (source de conflit temporaire avec Gabriel). Ces deux lieux sont, bien sûr, des lieux « populaires ». Mais en aucun cas les auteurs ne devront faire de discours distancié, moqueur ou « péjoratif » sur eux. Ce sont des lieux où le plaisir du discours peut se tenir, où Gabriel se sent bien, ce sont ses bases en quelque sorte.

Le Poulpe n°254. Togo or not Togo. Pierre Cherruau

Source : Bilipo

Gabriel est grand amateur de bière (il est anti-vin),  on pourra en profiter pour venter certaines bières locales ou inconnues. La bière chez Gabriel, c’est tout un poème. Pas besoin d’essayer de lui faire boire du jaja, de la vinasse,  ou du gros rouge qui tache. Pour lui, la bière est l’amie de tous les instants.

Alors chez les auteurs du Poulpe c’est un peu la guerre de la roteuse, à qui affublera Gabriel des connaissances les plus érudites : pas moins de 150 marques et sous-marques de bières ont été citées jusqu’à maintenant.

Extrait de la Biblepoulpique

Les caractéristiques incontournables

Le Poulpe n°163. Pour cigogne le glas. Cyprien Luraghi

Source : Bilipo

Gabriel (ou, c’est possible, un autre personnage de rencontre, mais à condition qu’il le fasse plusieurs fois) devra citer (sinon abondamment du moins suffisamment un livre culte (réel ou inventé).

« C’est simple j’ai lu ça dans un polar. À l’époque, j’avais  le temps de lire [au lycée]. J’achetais des livres quand je prenais le train. Maintenant je me déplace en bagnole, alors je ne lis plus. En général, aussitôt lu, aussitôt oublié ». Voilà ce que Gabriel déclare quand il est prêt à s’embarquer pour le Chili (Chili incarné par Gérard Delteil).

Et pourtant, il lit tout le temps… Jusqu’à présent, plus  de soixante bouquins ont été cités dans les épisodes du Poulpe.

Petit, il lisait déjà : Pif Gadjet, Le Grêlé Sept-treize, Tedy Ted, Rahan, Docteur Justice, Corto Maltese

 Extrait de la Bible poulpique                 

Les caractéristiques incontournables

Le Poulpe n°163. Pour cigogne le glas. Cyprien Luraghi

Source : Bilipo

Le Poulpe n°163. Pour cigogne le glas. Cyprien Luraghi

Source : Bilipo

Gabriel vit à l'hôtel et en change souvent (établissements modestes). C'est en effet plus pratique, et il se refuse à laisser des traces trop prégnantes (impôts, EDF, téléphone). La discrétion est de mise dans toutes ses enquêtes. Recherché par la police, ou plutôt surveillé pour ses agissements trop mystérieux pour être honnêtes, le Poulpe est un personnage étrange qui pique la curiosité des forces de l'ordre.

Gabriel sait se battre, (genre baston de rue) mais, comme disaient les gauchistes de tout poil, l'ennemi court toujours moins vite qu'une balle de revolver. Est plutôt du genre bricolo. À chaque fois, il se démerde.

Extrait de la Bible poulpique

Les caractéristiques incontournables

Le Poulpe n°83. Les bêtes du Gévaudan. Hervé Korian

Source : Bilipo

Elevé par son oncle paternel et sa tante (Tonton Émile et Tata Marie-Claude, commerçants - ils tenaient une quincaillerie, d'où la bonne connaissance de Gabriel en bricolage divers). Décédés eux aussi (Émile de maladie, les poumons, et Marie-Claude de chagrin), il lui ont laissé un pécule suffisant, par héritage, qui a juste permis à Gabriel de survivre et d'échapper au salariat en ne prenant que des petits boulots.

Depuis qu'il a été recueilli par son oncle et sa tante, a vécu longtemps dans le 11e, rue Basfroi. C'est pour cela qu'il fréquente toujours le café-bar « Au pied de porc à la Sainte-Scolasse », avenue Ledru-Rollin dans le 11e, tenu par Gérard, un des plus proches amis du Poulpe.

Celui-ci est d’autant plus important qu’il constitue souvent le point de départ des aventures du Poulpe. En effet, c’est le cafetier qui lui donne le journal, ou qui commence à évoquer telle ou telle affaire. Il est le détonateur de l’action. Il y a quelque chose d’irrésistible dans leurs conversations, qui provient peut-être du contraste entre la finesse d’analyse de Gabriel et la lourdeur pataude de Gérard.

Gérard est un personnage éminemment attachant. On en a la preuve dans Lundi, c’est sodomie, de Romain Goupil, où Maria, sa femme, est atteinte d’un cancer. Lors d’une visite à l’hôpital, on découvre, en demi-teintes, un Gérard beaucoup plus tendre qu’à l’accoutumée, qui, après un « rapide baiser, s’affairait dans la chambre comme un gamin ».

Extrait de la Bible poulpique

Le Poulpe n°99. Touchez pas au grizzly. Jean-Pierre Huster

Source : Bilipo

Par leur cadrage, leur éclairage, les contrastes entre la couleur et le noir et blanc, le choix des personnages et des décors, les dessins de Miles Hyman renvoient inéluctablement à l’univers du roman et du film noir. Ne dirait-on pas le Chicago du Petit César, La Floride d’Elmore Leonard, la Californie des frères Coen, le désert de Red Rock West ?
On y retrouve aussi des ambiances européennes, tel cet escalier à ciel ouvert montant vers un immeuble à l’angle de deux rues qui évoque Strasbourg-Saint-Denis, ou cette rue encaissée sous des passerelles qu’on croirait sortie de Doulos de Meleville.
En fait, les lieux se confondent, se mélangent – cette piscine d’hôtel, Californie ou Côte d’Azur ? Ce pont de métro aérien, Chicago ou Grenelle ? –, les personnages se croisent et se répondent dans un monde où rôdent danger, érotisme et mort, qui nous semble familier tout en étant très différent, et qui est tout simplement le monde noir de Miles Hyman : un regard singulier sur le polar, qui se nourrit des mythologies de genre pour mieux créer la sienne propre. Un univers graphique qui frappe par son pouvoir de suggestion et sa beauté picturale.

François Guérif

Le Poulpe n°96. Une balle dans l'esthète. Patrick Eris

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Le Poulpe n°98. Fugue en Nîmes majeur. Monique Demerson

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Le Poulpe n°236. Le Poulpe en prison. Collectif

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Le Poulpe n°119. Le manuscrit de la mémère morte. Louis Bellanti et Frédérique Vacher

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Le Poulpe n°125. Le carnaval de Denise. Didier Vendemelk

Source : b

Le Poulpe n°128. Kop d'immondes. Michel Pelé et Frédéric Prilleux

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Le Poulpe n°226. Pigalle et la fourmi. Thierry Crifo

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Le Poulpe n°144. Vainqueurs et cons vaincus. Andreu Martin

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Le Poulpe n°100-101-102. Coffret 100 pour sang BD

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Le Poulpe n°93. La Nantes religieuse. Christian Congiu

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Le Poulpe n°92. La bête au bois dormant. Robert Deleuse

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Le Poulpe n°14. Le pis rennais. Pascal Dessaint

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Le Poulpe n°48. Vomi soit qui malle y pense. Gérard Lefort

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Le Poulpe n°110. Un poisson nommé Rwanda. Catherine Fradier

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Le Poulpe n°136. L'aztèque du charro laid. Philippe Delepierre

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Le Poulpe n°154. Un nain seul n'a pas de proches. Thierry Reboud

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Le Poulpe n°17. Les sectes mercenaires. Bertrand Delcour

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Le Poulpe n°60. Crève de plaisanterie. Stéphanie Benson

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Le Poulpe n°169. Sur la ligne marginaux. Pierre Kolaire

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Le Poulpe n°164. Le brie de fait pas le moine. Christian Rauth

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Le Poulpe n°173. Lisier dans les yeux. Franck Resplandy

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Le Poulpe n°178. La petite fille aux oubliettes. Sophie Loubière

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Le Poulpe n°187. Saône interdite. Francis Pornon

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Le Poulpe n°199, Le cas G.B. Gérard Streiff

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Le Poulpe n°210. Lady Commandement. Didier Quester

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Le Poulpe n°49. Les potes de la perception. Yannick Bourg

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Le Poulpe n°15. Les pieds de la dame aux clebs. Olivier Thiebaud

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Le Poulpe n°32. Bunker menteur. Olivier Douyère

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Le Poulpe n°34. Chicagone. François Joly

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Le Poulpe n°39. Cause toujours ! Mouloud Akkouche

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Autoportrait de Miles Hyman

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MILES HYMAN

 Quand nous avons, de bric et de broc, créé la collection « Le Poulpe »  (en 1995), dans un rade et un état second, nous avons quand même  eu une idée pleine de dignité, un désir blindé d’honnêteté qui nous permettait de relever le niveau : proposer de belles couvertures,  des illustrations qui ne soient des gourdonnades ou des aslaneries, ces femmes à poil sur des frigos qui avaient fait les beaux jours de cette littérature « populaire » que nous envisagions de rénover radicalement. Comme nous avions alors l’intention de sortir à peine une dizainede romans (et c’était déjà beaucoup), nous avons osé demander à Miles Hyman, un artiste amateur  de polars, qui, à l’époque, était un Napoléon qui perçait sous Bonaparte.

À nos immenses surprise et satisfaction, il a tout de suite accepté.
Goodgrief ! Halleluyah !                                                                                  

Avec le recul, je pense qu’il n’est pas étranger au succès immédiat  de la collection. L’image inconsciente du Poulpe lui doit sans doute beaucoup. Même s’il avait dû se dire : « allons-y (let’s go), voilà un job qui va me payer mes andouillettes/pommes sautées pendant six mois ». Raté. Bien fait ! Maintenant qu’il y a plus de deux cents romans parus, tous avec une couverture de Miles, on peut dire que son esclavage est aussi de sa faute (en plus, il a dû les lire tous !). Bien fait ! Surtout qu’il n’est pas une espèce d’Uderzo ou de Jeff Koons, avec des contrats en béton armé, et qu’il est tout à fait capable de bosser presque gratos.

Un jour, nous avons fait une expo d’une centaine de ses fameuses couvertures et nous nous sommes rendus brutalement compte de la cohérence de son travail. Comme ses originaux étaient dignement encadrés, ils accédaient tout à coup au niveau supérieur d’illustrations livresques, ça virait Vermeer.

Et puisqu’on en est au name dropping, je me suis rendu compte  que Miles Hyman était, pour moi, disons le Cormack McCarthy de l’illustration. Ses travaux récents l’ont prouvé. Le sens du cadrage, la prépondérance du hors champ, la justesse cinéphilique de la couleur, le faux hyperréalisme, la volonté de figer le monde en saynètes souvent mystérieuses (comme Hopper), et surtout, son goût pour la littérature noire, apparaissaient soudain et rendaient évidentes la puissance et la justesse  de son travail.

Je rigole à l’avance de la gêne qui va s’emparer de lui quand il va s’apercevoir qu’il est devenu un « maître », car, en plus, le monde est vraiment mal fait, ce type est normal, c’est-à-dire discret, aimable et rétif à l’admiration que l’on peut lui porter. À se demander s’il est vraiment, au départ, américain.

Sans doute que le camembert et le St Joseph y sont pour beaucoup dans sa transfiguration.

Comme quoi, dans ce monde, il y a de l’espoir.

Jean-Bernard Pouy

Affiche du film Le Poulpe, réalisation Guillaume Nicloux

Source : Bilipo

En 1998, Le Poulpe a été adapté au cinéma par Guillaume Nicloux, avec Jean-Pierre Daroussin dans le rôle principal.

SYNOPSIS

Gabriel Lecouvreur, Alias le Poulpe, accompagne son amie Cheryl à Morsang, petite ville balnéaire de l’ouest de la France où ses grands parents reposent : plus exactement reposaient, car leur tombe vient d’être profanée.

La police n’a pas l’ombre d’une piste quant aux pilleurs du cimetière, mais le Poulpe se rend compte très vite que deux des profanateurs ont été déjà assassinés. Pourquoi ces adolescents sans ambition sont-ils devenus des témoins gênants ?

Affiche du film Le Poulpe, réalisation Guillaume Nicloux

Source : Bilipo

Clap de cinéma du film Le Poulpe, réalisation Guillaume Nicloux

Source : Bilipo

Affiche de l'exposition Quatre illustrateurs pour un Roman Noir

Source : Bilipo

Affiche du 4ème festival du polar méditteranéen de Villeneuve lez Avignon

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Affiche de l'exposition Le Pouple porte-t-il des kangourous ?

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Affiche du festival du court métrage de Clermont Ferrand

Source : Bilipo

Affiche du spectacle Le Poulpe

Source : Bilipo

Affiche du spectacle Le Poulpe

Source : Bilipo

Affiche du salon du polar de Montigny-lès-Cormeilles

Source : Bilipo

Miles Hyman, Drawings, Glénat

Source : Bilipo

Miles Hyman, Matz/David Fincher, James Ellroy, Le dalhia noir, Rivages/Casterman/Noir

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Miles Hyman/Matz/Jim Thompson, Nuit de fureur, Rivages/Casterman/Noir

Source : Bilipo

Marc Villard, Miles Hyman, Pigalle, Editions Eden

Source : Bilipo

Francis Mizio, Florence Cestac, Le Poulpe, pieuvre à la pouy, 6 Pieds Sous Terre

Source : Bilipo

Francis Mizio, Florence Cestac, Le Poulpe, pieuvre à la pouy, 6 Pieds Sous Terre

Source : Bilipo

Francis Mizio, Florence Cestac, Le Poulpe, pieuvre à la pouy, 6 Pieds Sous Terre

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Libération

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Marianne

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Télérama

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Le Monde des livres

Source : Bilipo

Le Monde des livres

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Télérama

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Satyajit Ray, Deux aventures de Felouda, Seuil/Métailié

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Hyman/Fromental, Le carnet noir, Nathan

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