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Document n°4 : Joseph Schivo, un directeur milicien

Corinne Jaladieu

Dans un contexte de renforcement de la Résistance, dans laquelle la milice devient un instrument du pouvoir, le personnel pénitentiaire est mis sous tutelle. Joseph Schivo est nommé suite à l’évasion de 54 détenus en janvier 1944. Ami personnel de Darnand, c’est un ancien militaire de carrière jusqu’en 1926, officier dans la légion étrangère, huissier de 1926 à 1937 ; il devient chef départemental de la milice des Bouches du Rhône. 
N’appartenant pas à l’administration pénitentiaire, il est nommé sur contrat à titre temporaire à compter du 1er mars 1944, et exerce sa fonction de directeur du 24 janvier au 29 juin 1944. Un décret du 31 janvier 1944 sonne l’arrivée massive des miliciens dans les prisons en permettant de nommer sur simple proposition du Secrétariat général au Maintien de l’Ordre, « tous candidats remplissant les conditions générales d’accès à la fonction publique »1. Loin de tout critère professionnel et au mépris des règles traditionnelles de fonctionnement pénitentiaire, c’est l’allégeance à la milice et les relations personnelles avec son chef qui prévalent. 
Il tente de placer « ses hommes » de confiance (des miliciens), en remplacement d’un personnel jugé peu sûr. Mais c’est sans compter sur quelque survivance de légalité : il ne pourra faire nommer surveillant auxiliaire son garde du corps A. dont le casier judiciaire mentionne une condamnation pour désertion en temps de paix. Sa stratégie se double d’une intimidation (il multiplie les menaces et les injures) envers le personnel en place, lui promettant la mort à la moindre défaillance. Schivo est préoccupé par sa propre sécurité : « on sait déjà que le nouveau directeur est milicien tout va être mis en œuvre pour le descendre » ; et obtient à ce titre trois miliciens assignés à sa garde personnelle. 

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Rapport de J. Schivo 26 janvier 1944
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Rapport de J. Schivo 26 janvier 1944

Le nouveau directeur sous contrat est avant tout un milicien et c’est la mission d’ordre politique qui prévaut. L’examen du courrier officiel échangé avec les différentes instances dès sa prise de fonction témoigne d’un fanatisme haineux. Le lendemain de son arrivée, le 25 janvier 1944, il envoie un rapport au chef du gouvernement (voir document ci-contre), où il annonce son plan de sécurisation intérieure et extérieure, comprenant la reprise en main de l’infirmerie perçue comme le cœur de l’organisation terroriste « foyer extrêmement dangereux d’organisation terroriste et communiste »2 et le renforcement de la sécurité intérieure. Il n’a de comptes à rendre qu’à son « chef », et sa correspondance adressée à J. Darnand est rédigée en termes plus militants qu’administratifs. 


Notes

1.

Archives nationales, cote F60/1443, chemise : administration pénitentiaire.

2.

Archives départementales de Lot et Garonne, dossier de condamnation de Schivo n°655 bis.