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Document n°5 : Les réticences de Franc-Tireur face au Front national

Corinne Jaladieu

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Le mouvement Franc-Tireur est le plus réticent à adhérer au Front national par crainte de noyautage par le parti communiste. L’article du n°4 de l’Unité (voir ci-contre) de novembre 1943, intitulé : « Sur une réunion », apporte des précisions sur ce point : « …ces jours derniers, nos camarades gaullistes réunis en assemblée d’information en présence de représentants de nos camarades communistes ont entendu, par Raffini puis par Renoult, un vibrant appel à l’Unité. De cette réunion, tous sont sortis avec l’impression que se trouvaient enfin dissipés certaines mésententes fâcheuses. Les représentants des différents mouvements ont pris la parole pour affirmer au nom de leurs organismes respectifs, leur adhésion au Front national. L’un d’eux toutefois, notre camarade Gerschel, représentant de Franc-Tireur, a posé très sincèrement, très courageusement la question de la politique agraire et de la politique coloniale du Front national. Le temps n’a malheureusement pas permis de nous éclairer sur ces points... ».

La suite de l’article souligne la nécessité de consacrer en prison du temps à ces débats essentiels pour l’avenir de la France. Le principal responsable de Franc-Tireur - Marc Gerschel - décide de rester au quartier cellulaire, tout en étant en contact avec la direction du Collectif, notamment sur le projet d’évasion collective. Il explique ainsi sa position : « Alors que les autres mouvements avaient donné leur adhésion pleine et entière au FN, nous, nous disons nous sommes unis avec vous mais nous ne pouvons vous donner un blanc-seing… »1. Le groupe Franc-Tireur n’a donc pas donné une adhésion claire au Front nationalet s’est divisé sur la question de la participation au Collectif, certains restant au quartier cellulaire d’autres rejoignant les préaux. Les membres du réseauBuckmaster (environ vingt-cinq), restés au quartier cellulaire où ils étaient organisés depuis leur arrivée au printemps 1943, ont refusé eux formellement cette adhésion2.

Notes

1.

Entretien avec M. Gerschel, mai 1984.

2.

Témoignage d’un de ses membres : M. Fontaine (entretien personnel avec l’intéressé Agen, septembre 2000 et février 2002), confirmé par Victor Michaut (entretien avec M. Delarue, en 1964 ou 1965, notes confiées par ce dernier).