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La maison centrale de Loos

Christian Carlier

1. Naissance de la maison centrale

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1.1. L’état des prisons en 1790

Quand, en 1790, une enquête nationale est organisée sur l’état des prisons, seul le district (arrondissement) de Lille répond correctement au questionnaire. On trouve des prisons partout, à Annappes, Annoeullin, Armentières (quatre, plus « une chambre pour les arrêtés pour dettes »), Avelin, Bondues, Deûlémont, Camphin en Carembault, Comines (quatre, y compris « deux chambres pour les personnes arrêtées pour dettes et filles libertines »), Cysoing (six), Halluin, Haubourdin, Houplin-les-Seclin, Houplines-sur-le-Lys, La Bassée, Lannoy (deux), Leers, Linselles, Louvil, Marcq-en-Pévèle, Mouvaux, Noyelles, Phalempin, Quesnoy-sur-Deûle (trois), Roncq (deux), Roubaix (trois), Santes, Seclin (deux, l’une appartenant à la municipalité et l’autre au chapitre), Templeuve-en-Pevèle, Tourcoing (quatre), Verlinghem, Wambrechies, Wattrelos et Wavrin. Ces prisons consistent souvent en une seule pièce (ou chambre) qui se trouve, dans la plupart des cas, « dans l’enceinte de l’hôtel de ville ». Dans les bourgs de quelque importance, les prisons sont « de toute sûreté, solidité et salubrité » (Armentières). Dans les petites communes, c’est n’importe quoi. Ainsi à Noyelles : « Il y a une prison dite cachot et une chambre en forme d’étable pour les bestiaux, construites sur le terrain d’un particulier […] Le cachot est pour mettre les arrêtés et l’étable ou chambre pour mettre les bestiaux pris en dégâts dans les campagnes […] Le cachot de douze pieds de long six pieds et demi de large six pieds et demi d’étage meublé de gêne de bois pour attacher trois personnes avec leurs chaînes et cavna [cadenas] [est] à reconstruire. » Si, à Noyelles, les prisonniers ne sont pas nourris, ils bénéficient, dans presque toutes les autres prisons, de pain et d’eau, plus rarement de soupe et de bière.

En 1790-1791, Lille ne dispose plus que de deux grandes prisons civiles.
La prison royale, ou Tour Saint-Pierre - à ne pas confondre avec la prison militaire (de) Saint-Pierre -, une vieille bâtisse isolée sise à l’ancienne Porte de Saint-Pierre, renferme « les déserteurs, les mendiants, les fraudeurs, les arrêtés pour dettes et les criminels ». La prison de ville, ou « Petit Hôtel », contiguë à l’hôtel de ville, contient « les détenus pour faits de police » et « les criminels poursuivis par-devant les échevins ». Ces deux prisons, formant chacune un seul corps de logis divisé par des cloisons de bois, sont solides mais peu sûres en cas d’incendie. Les étages sont assez aérés, les cachots souterrains n’ont d’autre ouverture que le guichet des portes. Elles accueillaient chacune entre dix et vingt prisonniers sous l’Ancien Régime, mais leur population s’envole en ce début des années 1790 : quatre à cinq lits s’entassent dans chaque chambre, deux prisonniers dorment le plus souvent dans le même lit. à la prison royale, les prisonniers ont du pain et de l’eau, les mendiants ont une soupe. à la prison de la ville, les prisonniers ont de surcroît du beurre et de la bière.

A côté des prisons ordinaires, existent des maisons (ou couvents) de force, des maisons de correction et des dépôts de mendicité. Ces établissements sont destinés à accueillir les prisonniers ayant fait l’objet d’une lettre de cachet (décernée par le roi), d’une mesure administrative (ordonnée par exemple par l’intendant) ou privée (une famille qui fait enfermer un fou, ou un mineur par voie de correction paternelle), ou encore jugés par une juridiction extraordinaire (tribunal de police ou de la maréchaussée).
Le département du Nord dispose d’une dizaine d’établissements de cette nature, dont quatre au sein de la métropole lilloise.

Le couvent de la Madeleine est réservé aux folles, 84 au maximum, les « furieuses » enfermées dans des loges et les autres dans des chambres très propres. Entourées par trente religieuses et quatre domestiques, les détenues, qui paient une pension de 250 à 300 livres, sont copieusement nourries et abreuvées. Ce couvent de force, à l’instar des autres, reçoit aussi des pensionnaires libres. Petit détail : aucune folle ne bénéficie de la visite d’un médecin.

La maison de Salut ou Raspück, maison de correction réservée aux femmes, se trouve près de l’Hospice Comtesse. C’est un local étroit et malsain, resserré entre les boucheries dites de Saint-Pierre dont les égouts passent sous la maison et le cimetière du même nom et à proximité du canal de la Basse Deûle. Dans une atmosphère « méphitique » s’entassent des centaines de femmes, petites et grandes délinquantes, prostituées envoyées là pour « s’y faire soigner », mendiantes et vagabondes de tous poils, quand la maison ne devrait contenir au plus, suivant les officiers de santé, qu’une soixantaine de prisonnières.

Le dépôt de mendicité ou « maison de Bicêtre » est situé rue des Malades, dans un des quartiers les plus peuplés de la ville. « Sa proximité des remparts et des fortifications, la hauteur des bâtiments comparée à l’extrême petitesse des cours » le rendent incroyablement insalubre : l’humidité envahit tout, les murs et les humains, ceux-là recouverts de salpêtre et ceux-ci affligés de scorbut. Pourtant, le quartier des femmes est d’une extravagante propreté et on trouve dans celui des hommes, « sinon la propreté qu’on pourrait y désirer, au moins celle qu’il est possible d’obtenir avec un emplacement aussi défavorable ». Propreté de façade. Pas moins de 180 prisonniers s’y entassent, hommes et femmes des départements du Nord et du Pas-de-Calais, démunis de tout, sans paillasse et couverts de haillons, mais qui, heureusement pour eux, communiquent et se réunissent sans grande gêne, et s’évadent de la maison sans trop de difficultés. Le dépôt de mendicité a été ouvert à Lille comme dans toute la France en application des grands textes de 1764 et 1767 visant à enfermer les mendiants récidivistes et les vagabonds adultes pour les apprivoiser au travail : dans celui de la capitale du Nord, même si quelques hommes filent « de la laine propre à la fabrication des molletons », même si les femmes travaillent presque toutes « aux ouvrages de leur sexe » (filer, tricoter, coudre, faire de la dentelle), « ce n’est qu’avec les plus grandes peines que l’on est parvenu à soutenir dans cette maison une lueur d’activité ». Outre le scorbut, beaucoup de prisonniers sont affectés de maladies vénériennes. Le dépôt est davantage lieu de soin que de travail. Dès les premières années de son existence (le dépôt a été ouvert en 1769), les autorités s’alarmaient de son étroitesse, de son insalubrité et de son absence de sûreté. En 1791, les administrateurs du directoire de district songent à établir la « maison de mendicité » dans un autre local, le couvent des Grands Carmes, au bout de la rue Royale, vaste maison renfermant un jardin spacieux et qui est implantée « dans un quartier solitaire et parfaitement aéré ». Mais la dépense pour adapter le couvent à l’usage de prison serait considérable : « Il est peut-être utile de rechercher si le district de Douay ou tout autre de ce département n’offrirait pas pour son exécution des moyens d’économie que l’on trouvera difficilement dans le district de Lille où la nombreuse population augmente si considérablement le prix des terrains et celui de la main d’œuvre. »

Il y a enfin la maison des Bons Fils. Ceux-ci gèrent trois établissements : Armentières et Lille, mais aussi Saint-Venant, dans le Pas-de-Calais. Ce sont des maisons de force, mais qui se sont progressivement spécialisées même si, sous l’Ancien Régime, le mélange des catégories de prisonniers est une constante. Armentières accueille surtout des prisonniers par lettre de cachet criminels, mais au comportement stable ; Saint-Venant est plutôt une maison de correction pour jeunes délinquants ; Lille est principalement maison de santé réservée aux fous (54 en 1788, 82 en 1792 sur 109 prisonniers). La maison de Lille est très sûre, entourée de hauts murs. Les vingt frères partagent la nourriture des fous, « le bouilli et deux entrées pour le matin, et pour le soir deux plats et une salade avec de la forte bière ». Bien qu’accueillant une proportion de plus en plus grande de fous par rapport à un nombre de « libertins » devenu infime, l’institution reste caparaçonnée de strictes règles de discipline, les frères sont « très surveillants », bardés de certitudes. Le sort des prisonniers, à les en croire, « n’est pas susceptible d’être amélioré ».

1.2. La première réforme pénale et le dépôt de mendicité de Loos.

Le code pénal (25 septembre - 6 octobre 1791) et la « loi en forme d’instruction pour la procédure criminelle » (29 septembre - 21 octobre 1791) prévoient six catégories d’établissements. Deux pour qui n’est pas définitivement condamné :

  • les maisons d’arrêt ; 
  • les maisons de justice. Trois autres réservées aux condamnés : 
  • les maisons de force ; 
  • les maisons de gêne ; 
  • les maisons de détention.

Enfin, les maisons de correction accueillent des condamnés à de courtes peines, des mendiants et vagabonds et tous les mineurs, acquittés ou condamnés.

Le 6 décembre 1792, les administrateurs du département du Nord dressent un constat d’absolue carence : « Il n’a pas été pourvu à l’établissement des différentes maisons de détention nécessaires au service des nouveaux tribunaux. » Les prévenus, accusés et condamnés, y compris ceux à des peines criminelles (détention, fers, gêne), s’entassent dans la prison « ci-devant royale » de la Tour Saint-Pierre. Le directoire du département entend imposer à des administrateurs du district de Lille allergiques à toute innovation de considérer :

  • la prison de la Tour Saint-Pierre comme maison d’arrêt et de justice ; 
  • et le dépôt de mendicité comme maison de correction et de réclusion, ce qui était d’ailleurs, invoquent les membres du directoire, déjà sa destination avant la Révolution.

Reste au district, s’il le veut, à proposer un autre local, susceptible de servir en outre de maison de force. Le nouveau Code des délits et des peines du 3 brumaire an IV (28 octobre 1795), concocté par Merlin de Douai, a le mérite de réveiller ses compatriotes nordistes, administrateurs et magistrats. Le substitut Delafeuille, commissaire près le tribunal criminel de Douai, évoque la possibilité de récupérer pour en faire des prisons, non pas les séminaires, abbayes et couvents, qui sont considérablement dégradés et peu adaptés (cloisons faibles, murailles peu épaisses, fenêtres sans grillage), mais les Monts-de-piété : trois maisons au moins devraient être formées, l’une pour les condamnés à la détention, l’autre pour les femmes condamnées à la réclusion en maison de force, la troisième pour les condamnés à la gêne. Le Mont-de-piété de Douai et celui de Lille appelé le Lombard pourraient faire
l’affaire. Cette idée n’eut pas de suite.

La réforme pénale va trouver difficilement à s’appliquer partout en France, mais à Lille et dans tout le Nord plus qu’ailleurs à cause de la guerre, du champ de bataille tout proche. Un grand nombre d’établissements religieux, devenus biens nationaux et qui auraient pu servir de prisons, sont confisqués par l’armée. Aussi fait-on flèche de tout bois. D’anciennes prisons sont rebaptisées maisons d’arrêt (les Bons Fils, la maison du Salut). D’autres continuent de fonctionner comme auparavant, à quelques nuances près. Dès 1792, les vieilles prisons de l’Ancien Régime sont envahies de détenus. Dans un premier temps, on casse ce qui peut l’être pour donner un peu d’air : ainsi, on abat la chapelle de la prison dite Petit Hôtel, chapelle « dont on n’a plus besoin grâce aux progrès de la raison et de la philosophie ». Il n’empêche, à partir de 1793, c’est l’abomination. Ainsi, à la grande prison dite Tour Saint-Pierre : « On ne peut y entrer qu’avec horreur […] à cause de la mauvaise odeur occasionnée par les latrines […] qui actuellement sont tellement engorgées qu’elles débordent. » Les excrémentations humaines tombent jusque dans la cuisine. Les paillasses deviennent tas de fumier en deux jours, les « insectes malfaisants » font des ravages, certains prisonniers sont carrément nus. Les concierges et geôliers, de vieux bonshommes rapaces mais laxistes, trafiquent et ferment les yeux autant qu’ils peuvent, pour se retrouver bientôt… prisonniers à leur tour. Dans un second temps, avec la loi des suspects, on ouvre quelques prisons de plus : dans la maison de la Charité, rue Notre-Dame ; dans la maison des Hibernois, où l’on enferme d’abord des Anglais, en frimaire an II ; etc. La maison des Bons Fils de Lille devient « maison de suspects » en 1793 (suspects de « fanatisme », fabricants de faux assignats, aristocrates, voire suspects de rien, détenus pour « point de cause »), maison d’arrêt ensuite, puis maison de correction, quand on y incarcère des condamnés « pour cause de délits », vagabonds et déserteurs par exemple. La prison militaire de la Citadelle devient elle aussi maison d’arrêt, on y met d’abord des pères de famille dont les fils se sont soustraits aux réquisitions militaires. Le dépôt de mendicité reste dépôt de mendicité, il n’est pas une prison assez sûre pour y accueillir des criminels.

À l’enquête sur les prisons de 1790, le maire de « Los » (Loos) avait répondu : « Il n’y a point et jamais eu de prison en notre communauté. »
Il n’y a point de prison à Loos, mais il y a l’abbaye. Le 26 octobre 1791, la motion du citoyen Fiévet, visant à faire de l’abbaye un hôpital, est approuvée par le conseil général du district de Lille. L’abbaye de Loos sert en attendant de cantonnement à des soldats et à des moutons. En mai 1794, elle est utilisée comme « hôpital ambulant de l’Armée du Nord ». L’équipement est plus que sommaire, il n’existe ni matériel de literie, ni écuelles. La nourriture est très défectueuse, les paysans des environs refusant de déférer aux réquisitions. Pendant l’été 1794, l’effectif des malades hospitalisés à Loos est de 800. Il atteint le pic de 1 066 malades en septembre. Loos n’accueille ni galeux, ni vénériens, mais surtout des « fiévreux » et un certain nombre de blessés (entre 5 et 25 %). Puis, au tournant des années 1794-1795, Loos cesse d’héberger des malades et l’abbaye redevient un « parc à bétail ».

Le 6 prairial an IV (25 mai 1796), l’ancienne abbaye cistercienne de Loos est vendue comme bien national à Pierre-Urbain Virnot, négociant à Lille. C’est un spéculateur qui entend surtout tirer profit de la location des terres de l’abbaye. L’acte de vente définitif est établi le 24 juin 1796, pour la somme de 674 296 livres. Le premier étage et les greniers sont alors emplis de grains, les locaux utilisés pour les militaires malades ou blessés sont toujours encombrés de lits, ce qui empêche Virnot d’occuper des bâtiments qui ne lui seront accessibles qu’à partir de août 1800.

En thermidor an XIII (été 1805), tant le maire de Lille que le préfet du Nord se plaignent des progrès effrayants de la mendicité. « Il est temps, écrit le préfet au maire le 6 thermidor, qu’ils [les mendiants] n’étalent plus dans les rues les haillons qui les couvrent, il est temps de faire rendre aux ateliers les bras qu’ils réclament. » Le 29, le maire prend un arrêté visant à faire enfermer les mendiants, condamnés entre trois mois et un an d’emprisonnement, dans les « maisons de répression » départementales prévues par la loi du 24 vendémiaire an II (15 octobre 1793). Maisons de répression qui, précisait la loi, ne doivent pas être confondues avec les dépôts de mendicité de l’Ancien Régime, mais installées dans les locaux des anciens monastères. Reste à créer, dans le Nord, ce type d’établissement.

Le décret du 5 juillet 1808, complété par le règlement du 5 octobre de la même année, prévoit que chaque département doit entretenir un « dépôt de mendicité » distinct des maisons de détention, qui sont « centrales » vis-à-vis de plusieurs départements. Mais le décret de 1808 est loin de réaliser le tri attendu : chaque dépôt doit accueillir bien sûr les bons pauvres valides qui trouveront « la subsistance et l’ouvrage » au sein d’un « établissement paternel où la bienfaisance tempérera la contrainte par la douceur », mais bientôt, en vertu du Code pénal de 1810, il va devoir enfermer aussi les vagabonds invalides (les valides étant punis de six mois d’emprisonnement) et les condamnés pour vagabondage avec circonstances aggravantes après qu’ils auront fini de purger une peine de deux à cinq ans d’emprisonnement.

L’organisation (ou plutôt, la réorganisation) des dépôts de mendicité suit de peu celle des maisons centrales décrétée le 16 juin 1808. Napoléon s’est intéressé en personne à la mise en place de ces dépôts. Il écrivait à son ministre de l’Intérieur Crétet, le 1er septembre 1807 : « Les choses devraient être établies de manière qu’on pût dire : tout mendiant sera arrêté. Mais l’arrêter pour le mettre en prison serait barbare ou absurde. Il ne faut l’arrêter que pour lui apprendre à gagner sa vie par son travail. Il faut donc une ou plusieurs maisons ou ateliers de charité. »

Napoléon doit avoir en tête l’initiative prise en ce domaine par le préfet du département de la Dyle en 1801. Trois « institutions complémentaires » avaient été instituées :

  • un « refuge », créé par arrêté du 4 août 1801 au sein de la maison de détention de Vilvorde, pour héberger les « bons pauvres » invalides ; 
  • un dépôt de mendicité installé au sein du couvent des Minimes de Bruxelles pour retenir les « bons pauvres » valides ; 
  • la « prison banale » pour les « mauvais pauvres ». Initiative discutable - et discutée. Les responsables du ministère de l’Intérieur, derrière leur ministre Chaptal, avaient certes applaudi à l’ouverture de la maison de détention de Vilvorde, le 13 floréal an IX (3 mai 1801) 
  • en même temps que celle de Gand -, mais il leur paraît pour le moins inopportun d’installer en son sein un « refuge », espèce de quartier de semi-liberté. Pour Chaptal et ses collaborateurs, il importe de ne pas mélanger le bon grain (les « bons pauvres ») et l’ivraie (les « mauvais »). La logique pénale du ministre se heurte à la logique pénitentiaire des praticiens du terrain (le préfet y compris).

Le département du Nord est très satisfait pour sa part de l’existence des maisons centrales de Gand et surtout de Vilvorde. Par contre, le dépôt de mendicité dont il dispose est dénoncé depuis toujours comme complètement insalubre. Le préfet Pommereul, qui a succédé à Dieudonné le 7 décembre 1805, se met en quête d’un site susceptible d’accueillir un « nouveau dépôt » dès l’automne de 1808. Pommereul croit avoir trouvé à Loos le site idéal, qu’il préfère à six autres (deux couvents, trois hôpitaux généraux et une citadelle).

Pendant ce temps, le nombre des mendiants continue de s’élever irrésistiblement dans le département du Nord : plus de 11 000 en février 1809, dont 3 000 pourraient être enfermés dans le nouveau dépôt de mendicité. Le général préfet, optimiste, pense qu’une capacité de 1 000 à 1 500 places devrait être suffisante. Il est prévu (pour des motifs que j’ignore) d’ouvrir un nouvel établissement non plus à Loos mais dans la Citadelle de Cambrai. En novembre 1810, le ministre de la Guerre refusant de céder la citadelle de Cambrai, il faut envisager d’autres points de chute pour le futur dépôt de mendicité. Deux sont retenus : la maison dite du Saint-Esprit, entre les remparts et l’église Sainte-Marie-Madeleine de Lille, et l’ancienne abbaye de Loos. Un architecte est envoyé par le ministère de l’Intérieur à Loos « pour lever les plans et dresser les devis ».

Le 2 mars 1811, le préfet du Nord presse le ministre de l’Intérieur de prendre sa décision, la population réclamant « avec insistance l’établissement d’un dépôt de mendicité ». Par ailleurs, « la régie des droits réunis est à la recherche de vastes locaux pour loger les cinq à six millions kilogrammes de tabac que les cultivateurs et les communes vont lui remettre ». Le préfet a déjà fait son choix, qui va devenir celui du ministre : le bâtiment du Saint-Esprit lui apparaît « un des plus convenables » pour y installer la manufacture de tabac ;
le dépôt de mendicité doit être placé « à l’abbaye de Loos, local en grès et brique, dont les bâtiments sont presque neufs, à portée de la ville de Lille ».

Le 8 mars 1812, un décret impérial ordonne la création d’un dépôt de mendicité à Loos. Le 21 avril 1812, une partie du domaine de l’ancienne abbaye (les bâtiments, le petit clos et la prairie attenante) est rachetée par l’état au fils Virnot ou plutôt aux syndics et directeurs de la faillite du père, décédé dans l’intervalle, pour la somme de 240 000 francs. Un directeur, Denand, est nommé pour surveiller le domaine et les futurs travaux.

Pendant tout le printemps et l’été de 1812, le directeur Denand doit s’employer à évincer les occupants, à titre onéreux ou gratuit, des locaux et terres de l’ancienne abbaye. Une compagnie de militaires, venue de Lezennes, s’est installée sur le domaine, deux soldats gardent le portique servant d’entrée principale. Le cheval du fils du préfet prospère dans les pâtures de l’abbaye.

Le 29 janvier 1813, il est procédé aux premières soumissions de travaux, afin que le dépôt puisse recevoir très vite 100 ou 150 mendiants. Car le problème des mendiants se pose à nouveau avec acuité à Lille. Le maire écrit par exemple au préfet, le 26 juillet 1814, pour se plaindre de l’afflux dans la ville de bandes d’enfants âgés de 10 à 15 ans qui « parcourent les marchés et ne manquent pas d’y faire les filous quand ils en trouvent l’occasion ». Cette graine de bandits n’a jamais été assujettie au travail, un court séjour au dépôt de sûreté ne les impressionne pas. « Je considérerais, Monsieur le Préfet, comme une mesure très salutaire pour ces enfants et pour le public qu’on en plaçât quelques-uns dans une maison de correction. Les autres se décideraient sans doute à se fixer au travail. » Réponse du préfet le lendemain : pourrait être formée « une espèce de succursale du dépôt de mendicité en attendant qu’il soit établi ». Le maire lui propose d’établir cette succursale « sur les fonds mis en réserve pour l’établissement du dépôt de mendicité » de Loos, dans un des pavillons de la caserne de la Madeleine. Le préfet reprend la proposition du maire, tout en préférant un démarrage rapide des travaux d’aménagement du dépôt de Loos. Les plans, devis et détails estimatifs sont entre les mains du ministre de l’Intérieur, dont on attend l’approbation.

1.3. De la deuxième réforme pénale à l’ouverture de la maison centrale

Le Code d’instruction criminelle de 1808 vint rappeler la distinction entre maisons d’arrêt et de justice d’une part et prisons établies pour peines d’autre part (Lire le chap. 2. du titre VII relatif aux prisons, maison d’arrêt et de justice : /sources/12819/). Le décret du 16 juin 1808 s’attachait justement aux maisons centrales de détention. Centrales par rapport à un « arrondissement » (à l’origine, une circonscription militaire), elles devaient regrouper les condamnés des tribunaux criminels des départements composant l’arrondissement. L’article 2 du décret précisait : « Les condamnés par voie de police correctionnelle, lorsque la peine à subir ne sera pas moindre d’une année, seront également transférés dans ces maisons, pour y être reclus dans des emplacements distincts et séparés des autres. » L’article 3 disposait : « Les édifices nationaux dont l’aliénation n’a point encore eu lieu, et qui pourront convenir […] seront mis à la disposition de notre ministre de l’intérieur par notre ministre des finances. »
Le Code pénal de 1810 reprécisait les lieux d’enfermement possibles :

  • les forteresses pour les condamnés à la détention ; 
  • les maisons de force, pour certains condamnés aux travaux forcés et les condamnés à la réclusion ; 
  • les maisons de correction pour tous les autres.

Le 20 octobre 1810, un arrêté ministériel signé de Montalivet répertoriait cinq espèces de prisons :

  • les maisons de police municipale (déjà prévues par l’instruction ministérielle du 18 nivôse an X - 8 janvier 1802) ; 
  • les maisons d’arrêt ; 
  • les maisons de justice ; 
  • les maisons de correction (départementales) ; 
  • les maisons de détention (centrales). L’article 12 évoquait les « maisons [centrales] de détention […] spécialement destinées à la réclusion des condamnés par les cours d’assises, et des condamnés, par voie de police correctionnelle, à plus d’un an de détention ».

Le 29 janvier 1817, le ministre de l’Intérieur envoie l’architecte parisien Thierry à Lille « à l’effet de pourvoir à l’exécution des ouvrages susceptibles d’être faits pendant l’hiver pour établir le dépôt de mendicité du département du Nord dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Loos ». Thierry adresse son premier rapport le 28 avril 1817. Il recommande de :

  • donner plus d’épaisseur et de hauteur aux murs ; 
  • construire un chemin de ronde ; 
  • sceller des barreaux dans les fenêtres ; 
  • multiplier les grilles ; 
  • construire des ponts mobiles entre les locaux d’administration et ceux du dépôt ; 
  • aménager des ateliers.

Le dépôt est prévu pour « 400 individus des deux sexes répartis en quatre sections différentes et séparées ».

Cependant, passés Waterloo et le traité de Paris du 30 mai 1814, le département du Nord se trouvait fort démuni en matière de prisons pour peines, Gand et Vilvorde n’étant plus en territoire français. Aussi, le 6 mai 1817, le conseil général du département du Nord, qui avait déjà récolté auprès des communes plus d’un million de francs pour l’aménagement du dépôt, fait machine arrière et supplie le ministre de l’Intérieur de former une maison centrale de détention à Loos (à la charge de l’état) à la place du dépôt de mendicité « en vue notamment de remédier à l’insuffisance et à l’insalubrité de prisons ordinaires » (Annuaire statistique du Nord, 1817). L’état central, très préoccupé alors de l’organisation des maisons centrales, réagit presque instantanément. Le 6 août 1817, une ordonnance du Roi est promulguée, qui stipule :
« Article 1er. Le dépôt de mendicité fondé le 8 mars 1812 est supprimé.
Art. 2. Nous créons une maison centrale de détention dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Loos, près la ville de Lille […]
Art. 3. Une partie des bâtiments sera néanmoins réservée et disposée pour servir de maison de correction, de manière que les individus condamnés à moins d’une année d’emprisonnement ne soient point confondus avec les individus condamnés à plus d’une année d’emprisonnement et à la réclusion.
Art. 4. Il sera formé dans la maison de détention et dans la maison de correction des ateliers pour différents genres de travaux avec les séparations convenables. »

Pendant l’été 1817, les travaux sont suspendus, la distribution et la capacité de l’établissement n’étant pas arrêtées. De l’automne 1817 jusqu’à l’été 1818, les querelles sont incessantes entre le préfet et l’architecte, dont le projet est « pharaonique » : le coût serait de plus d’un million de francs, le préfet voudrait diminuer les dépenses de moitié et y faire contribuer le département. Le 5 août 1818, le conseil général du Nord demande l’arrêt des travaux, ainsi que la vente de l’enclos et des bâtiments de l’ancienne abbaye. Il se contenterait d’une maison de correction, l’idée d’une maison centrale de détention l’effraie.
Le ministère de l’Intérieur envoie Gisors, inspecteur général des bâtiments civils, sur les lieux. Il rend son rapport le 11 septembre 1818 : une maison de correction pourrait être aménagée dans les locaux « dits de l’ancienne abbaye » et une maison centrale dans ceux « dits de la nouvelle abbaye ». Le coût serait de près de neuf cent mille francs. Le 20 janvier 1819, le ministre de l’Intérieur tranche : il approuve les plans de l’architecte Thierry pour la maison centrale, le projet de la maison de correction étant remis sine die.

Pendant les années 1819 et 1820, les relations entre le préfet et l’architecte n’ont cessé d’empirer. Le directeur Denand, envoyé « en stage » à la maison centrale de Melun, en est revenu sérieusement malade. à l’été de 1821, les travaux sont loin d’être achevés, les locaux prévus pour la maison de correction (« ancienne abbaye »), récupérés pour servir de logements aux employés, sont nus, de même que ceux de la caserne qui doit accueillir une compagnie de cinquante à soixante hommes pour garder la maison. L’entreprise générale de la maison centrale de détention de Loos vient seulement d’être adjugée aux sieurs Délier, Canissié et Dobignée. L’ouverture, prévue pour le 1er août, doit être retardée.

En décembre 1821, « les localités » de la maison centrale sont prêtes pour recevoir 400 à 500 hommes condamnés, la caserne a été aménagée pour 120 soldats. Les premiers prisonniers de Loos seront d’abord « recrutés » parmi les condamnés à plus d’une année « en bonne santé » du département du Nord, la maison de Loos devant rayonner par la suite sur les départements du Pas-de-Calais et de la Somme.

Le 6 janvier 1822, arrive à la maison centrale la 41e compagnie de fusiliers sédentaires, chargée de la garde extérieure. Elle comprend : 2 capitaines, 2 lieutenants, 1 sergent major, 3 sergents, 1 caporal fourrier, 6 caporaux,
2 tambours, 45 fusiliers (dont 3 aux hôpitaux) et 2 enfants de troupe.
Le 12 janvier 1822, 18 condamnés inaugurent la nouvelle maison.

2. Les premières années de la maison centrale (1822-1839)

2.1 Règlement et organisation


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La journée des détenus est scandée par les coups de cloche. La plus stricte discipline est exigée des détenus lors de leurs déplacements et dans les dortoirs et les ateliers. Une échelle de sanctions est portée à leur connaissance : cela va de l’interdiction de communiquer avec la famille jusqu’au cachot avec les fers, en passant par le port du bonnet rouge et le boulet au pied, le vêtement de haillons, le crâne rasé et la privation de cantine. Pour les cas de complot, d’évasion, d’insubordination ou de révolte, le détenu est passible d’une peine de cachot de six mois au moins et d’un an au plus, sans compter les cheveux rasés. En cas de dégradation dans un dortoir ou un atelier, les détenus sont collectivement responsables.Le règlement pour la maison centrale de Loos est appliqué dès l’ouverture en 1822. Il reprend, à quelques adaptations près, celui appliqué à Melun, qui est et sera pendant tout le XIXe siècle, la maison centrale de référence (voir, à titre d’exemple sur criminocorpus, le règlement de la maison centrale d’Eysses).

Deux personnages disposent d’un pouvoir quasi absolu à l’intérieur des murs, tant auprès des employés, contremaîtres et gardiens, que des détenus : le directeur et l’entrepreneur général. « Le directeur aura seul le commandement de tout le service intérieur. » Les employés et gardiens « ne pourront maltraiter ni frapper les détenus », il leur est interdit de « rien acheter ou vendre aux détenus ». Des sanctions lourdes (« réclusion à la salle de discipline » puis renvoi) sont prévues pour les gardiens, tous d’anciens militaires, « surpris en état d’ivresse ». La sécurité périphérique de la maison centrale est confiée aux militaires, dont le commandant est tenu de déférer aux réquisitions du directeur. La maison centrale est placée sous le contrôle du préfet. Le directeur est tenu de lui rendre compte « tous les jours » de la situation de la maison. Un grand soin est accordé, en tout cas dans le texte, à l’organisation des infirmeries (une pour les hommes, une autre pour les femmes), chacune étant divisée en trois salles : « fiévreux », « blessés » et « galeux ». Médecins et chirurgiens sont astreints à une visite quotidienne ; le pharmacien, « chef de service », a sous sa responsabilité un infirmier, une infirmière, un sous-infirmier et une sous-infirmière, tous des prisonniers. Les malades et convalescents bénéficient d’un régime alimentaire très amélioré et de trois promenades par jour. Chaque arrivant est soumis à une visite médicale.


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Au 31 décembre 1822, la maison compte 413 détenus. Le bâtiment central de l’abbaye du xviiie siècle (« la nouvelle abbaye »), de forme rectangulaire, est découpé en deux sur toute sa longueur. Une moitié est réservée aux condamnés correctionnels et l’autre aux criminels, chaque moitié étant divisée en trois sections pour les hommes, les femmes et les enfants, chacune des sections étant séparée des autres par un chemin de ronde, la chapelle étant divisée elle-même en trois nefs.Suivant la saison, les détenus se lèvent entre 4 et 7 heures du matin ; ils se couchent invariablement à 20 heures. En dehors des deux heures pour les repas, ils travaillent entre onze et quatorze heures par jour, sous l’autorité de contremaîtres qui sont souvent des détenus, pour le compte d’un entrepreneur général (privé) mais sous le contrôle de l’inspecteur, l’adjoint immédiat du directeur, qui a pour mission de veiller aux intérêts des détenus dans leurs relations avec l’entrepreneur. Car la maison est essentiellement « un lieu de travail », les seules « douceurs » consistant dans les produits vendus - par l’entrepreneur - à la cantine (en particulier du vin, de la bière et de l’eau-de-vie et du genièvre) que les détenus acquièrent uniquement par leur travail.

Le 19 mars 1824, le philanthrope Benjamin Appert, qui a entrepris de visiter les prisons des départements de l’Aisne, du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme arrive à Lille1. Après avoir visité les prisons de la ville dans la matinée, il est à Loos : « M. l’abbé Destrez, aumônier de cette prison, a bien voulu me donner un billet pour le chef des gardiens, qui m’a fait conduire dans toutes les parties de la maison. J’ai été charmé de retrouver, dans cet établissement, un grand nombre des améliorations dictées par la Société royale des prisons, et indiquées dans tous les bons ouvrages sur le régime des maisons de ce genre. C’est encore à l’administration du comte de Rémusat que l’on doit cette belle fondation. 450 détenus peuplent cette prison ; ils couchent seuls ; les lits sont très bons ; le pain est excellent ; la nourriture suffisante ; les ateliers sont en pleine activité ; les cachots très sains ; les dortoirs grands et aérés ; les hommes ne se plaignent d’aucune vexation, ils s’occupent avec assiduité. Le seul vice qui se fait remarquer est encore le mélange des enfants avec les condamnés, et le défaut d’instruction […]. On doit mille éloges au directeur de ce vaste établissement. »2

En août 1824, le directeur Poirel prévoit « pour dans peu de temps » une population de 700 détenus. Il réclame un détachement supplémentaire de 50 hommes d’infanterie. Les prévisions de Poirel étaient pessimistes. Au 31 décembre 1825, Loos accueille 1 068 prisonniers.

« Il n’y a pas d’infirmeries ni pour les hommes ni pour les femmes et il a fallu les établir provisoirement dans les dortoirs […] De plus, le réfectoire n’existe pas encore, on fait manger les détenus dans les corridors et les soubassements, quant aux ateliers il n’y en a pas précisément dans l’établissement, le travail s’effectue dans les corridors des premier et deuxième étages et dans dix-neuf dortoirs qui pourraient contenir quatre cent soixante-cinq lits pour les détenus valides. »3 Aussi empiète-t-on sur le quartier des femmes, où sont établis « provisoirement une infirmerie et des ateliers pour les hommes ».

La maison centrale connaît ses premières mutineries en mai 1826. Les détenus se soulèvent en raison principalement de la mauvaise qualité de la nourriture, en particulier du pain. Les mutineries se règlent suivant une méthode qui va devenir immuable : le directeur intervient, le plus souvent sans résultat ; arrivent le préfet et le procureur, suivis comme leur ombre d’un détachement de gendarmerie et d’un piquet de dragons. La mutinerie, commencée à la promenade de 10 heures, s’interrompt avec le repas de 15 heures. Quelques détenus, les « meneurs », comparaissent devant les tribunaux qui rajoutent invariablement quelques années de prison à la peine initiale.

2.2. 1828. Premier état des lieux

Le 25 avril 1828, De Laville de Miremont, maître des requêtes, inspecteur général des maisons centrales de détention (depuis 1817), est invité à visiter les maisons centrales de Clermont, Loos, Beaulieu et Gaillon. La visite de l’inspecteur est presque contemporaine d’une mutinerie provoquée une fois encore par la mauvaise qualité du pain. à l’occasion de l’événement, le commissaire central (par intérim) de Lille, Parisot, s’il reconnaît le bien-fondé des plaintes des prisonniers, nuance aussitôt son propos : « S’ils avaient des droits à faire valoir, ils devaient, au lieu du soulèvement général organisé par les plus mauvais sujets d’entre eux, se borner à des représentations faites à l’administration qui, vraisemblablement, auraient été suffisantes pour obtenir justice. » Les meneurs furent envoyés au cachot. Quant au pain, nous apprend le commissaire Parisot, il resta « aussi mauvais qu’auparavant ».

L’inspecteur général rend son rapport sur Loos le 27 mai 1828. « Que d’eau, que d’eau ! » : De Laville est impressionné, comme tous les visiteurs de la maison centrale, par son environnement aqueux, qui en fait une « Venise pénitentiaire ». Un rapport médical, beaucoup plus tardif il est vrai (1856), en donnait une description moins bucolique : « La centrale s’élève sur un terrain progressivement incliné, traversé par de nombreux canaux, dont les eaux s’écoulent d’une manière à peine perceptible et se terminent, derrière la maison centrale, par des plaines dont le niveau n’est pas assez élevé pour empêcher la stagnation des eaux pluviales. Il en résulte que la prison baigne dans une atmosphère constamment surchargée de vapeurs et que ses murailles, d’une épaisseur peu ordinaire, ne cessent d’être imbibées d’humidité que l’aération et l’insolation sont insuffisantes à dissiper même dans la saison de chaleurs. »4 L’inspecteur s’attendait à trouver « une prison commode, bien distribuée, et où tous les services se fissent avec facilité ». Au lieu de cela, il voit « de vastes bâtiments où la plupart des divisions ont été faites à contresens ». Par exemple les cuisines, qui sont desservies par des hommes, ont été établies dans le quartier des femmes ; les bains, qui sont communs aux deux sexes, sont pareillement chez les femmes. Les soubassements, « qui ne sont à proprement parler que des caves, et dont quelques-uns sont totalement privés de jour », servent de passage aux détenus pour aller dans les ateliers et dans les préaux. Surtout, « au lieu de laisser l’entrée de la maison telle qu’elle était autrefois, de manière que l’on avait en arrivant le quartier des femmes à droite, et celui des hommes à gauche, le Conseil des bâtiments civils a imaginé de faire placer cette entrée dans le quartier des hommes, de sorte qu’il faut le traverser en entier pour parvenir à celui des femmes ». D’où une « dépense très considérable », puisqu’il a fallu construire une chaussée et une route nouvelles pour arriver à la maison, tandis que « l’ancienne route de l’Abbaye existait et existe encore, et conduisait à l’entrée la plus naturelle et qui eût certainement été la plus commode ».

Depuis l’ouverture de la maison centrale il y a plus de six ans, les travaux d’aménagement sont incessants, comme le souligne l’inspecteur général dans son rapport. Les derniers en date :

  • « l’établissement du réfectoire des hommes et des ateliers dans l’ancienne chapelle, ainsi que la construction de la boulangerie […] La boulangerie et les ateliers sont fort beaux, le réfectoire peut contenir 800 individus » ; 
  • dans le quartier des femmes, « un très bel atelier où sont occupées 90 couturières » ; 
  • la construction, ordonnée par le préfet de Murat de « sept cachots qui ont coûté 11 690 F. La dépense est énorme ; mais je dois convenir que ces cachots sont ce que j’ai vu de mieux jusqu’à ce jour, pour la solidité, la salubrité, et l’isolement. Ces sept cachots, en y ajoutant une salle de discipline fort mal placée, sont les seuls lieux de punition. Ils ne sont pas suffisants ; et puisque le local permet de construire trois nouveaux cachots auprès de ceux qui existent, je propose de les y établir, mais en diminuant de beaucoup la dépense ».

Les prochains :

  • l’établissement de deux ateliers dans les combles près de l’église ; 
  • le logement du directeur, qui a été jusque là « horriblement logé » ; 
  • l’appropriation du bâtiment de l’administration, qui « doit être divisé en deux parties : la partie gauche à l’Administration pour y placer, au 1er étage, le greffe et le cabinet du directeur […] et la partie droite à l’Entreprise, pour logements, bureaux, magasins, et une superbe lingerie, qui serait attenante au quartier des femmes et que l’on avait destinée à des ateliers » ; 
  • le déplacement des cuisines ; elles migreraient dans « un endroit obscur que les détenus appellent eux-mêmes la forêt noire, et qui, au moyen de nouvelles dispositions, aura tout le jour nécessaire. J’ajouterai que l’on aura de l’eau à portée de la cuisine, ce qui est un avantage inappréciable ». Autre avantage, le projet « sortira les cuisines du quartier des femmes, et l’on rendra un emplacement où l’on peut établir au moins 25 métiers à tisser » ; 
  • le logement de la gendarmerie ; 
  • la construction de 5 bâtiments pour loger les employés.

Moyennant ces divers travaux, les dortoirs pourront recevoir 965 hommes et 532 femmes valides. On pourra même « au besoin augmenter ce nombre sans inconvénients », à une condition : « Le Conseil des bâtiments civils, ou du moins M. Gisors, a jugé à propos de faire murer à moitié, et quelquefois aux deux tiers, toutes les fenêtres des dortoirs et de quelques ateliers, de sorte qu’ils n’ont ni jour, ni air. Je demande avec instance, non seulement que l’on débouche toutes ces fenêtres, mais encore que l’on ouvre des jours sur les corridors. »

Quant aux ateliers, « il existe, pour les hommes, en comprenant quelques corridors où ils travaillent, les nouveaux et beaux ateliers que l’on a faits dans la chapelle, ceux que l’on projette dans les combles, et quelques soubassements où l’on peut, sans inconvénient laisser des métiers, il existe, dis-je, assez de place pour occuper 832 individus ». Plus d’excuse en conséquence pour que les prisonniers continuent d’être « occupés à filer au rouet, à éplucher du coton, à faire des cardes, etc. tous ouvrages qui prennent peu de place sans doute, mais aussi qui ne rapportent presque rien à l’entrepreneur ni aux détenus. Le manque d’emplacement convenable pour établir des métiers, est cause que l’industrie de la Maison de Loos ne fait aucun progrès. […] Je regarde donc comme indispensable d’établir des ateliers de tissage, de manière à procurer aux hommes 150 métiers de plus, et 100 aux femmes. L’endroit le plus convenable pour y placer ces ateliers, ce sont les préaux ».

Certes, les chemins et murs de ronde sont « superbes », et la caserne est « en très bon état (elle suffit et au-delà à la garnison ordinaire de Loos) ». Mais le gardien-chef attend que son logement soit construit « au centre du bâtiment dit de l’Administration » et surtout les logements des gardiens « sont très mal placés, entourés et bloqués par les dortoirs des hommes, et n’ayant aucune issue, s’il y avait une révolte. Ce logement est si peu sûr, qu’ils y sont sans armes pendant la nuit. Je propose de mettre des dortoirs, dans les lieux qu’occupent maintenant les gardiens, et de les établir dans le bâtiment transversal qui sépare les hommes des femmes ; de cette façon, ils se trouveront au centre de la maison, et auront cependant des issues de tous côtés ».

Autre réalisation urgente, le pont du cimetière : « Le cimetière est une pièce de terre close de tous côtés par des canaux ; on y arrive par un pont composé de quelques poutres et de planches posées dessus. Il est dans un état extrême de dégradation, et l’aumônier, ainsi que ceux qui l’accompagnent, courent des dangers chaque fois qu’il y a un enterrement à faire. Sur la demande de l’autorité, M. de Chatillon a rédigé le plan et le devis d’un nouveau pont, qui coûterait 6 000 F. Comme ce passage ne sert que pour les enterrements, je ne vois pas la nécessité de construire un pont de pierre aussi élégant que dispendieux, un pont de bois, solide, et ayant pour garde-fous une barrière de chaque côté, est tout ce qu’il faut, et ne reviendra qu’à 4 ou 500 F. »

Reste un problème, les latrines, commun à toutes les maisons centrales, mais « il existe à Loos une circonstance locale qui aggrave le mal à un point insupportable. Toutes les latrines sont construites de manière qu’il est besoin de les vider tous les huit ou dix jours, et par l’intérieur de la maison ; de sorte qu’il n’y a presque pas de jour que cette opération n’ait lieu. Cet état de choses est intolérable. Je propose […] de faire supprimer toutes les latrines de l’intérieur qui ne seront pas absolument indispensables, d’en établir de nouvelles dans les préaux, et d’ordonner que toutes sans exception, se vident par les murs de ronde, et même tout à fait à l’extérieur, si ce ne doit pas être un trop grand accroissement de dépense ».

L’inspecteur général termine par la réalisation qui s’avère la plus urgente : « Il n’y a dans la maison centrale de Loos ni infirmeries, ni aucun des services qui en dépendent. Les malades sont placés, aussi bien qu’il est possible, dans des dortoirs, au milieu des valides. Je n’entrerai pas dans le détail des inconvénients d’un tel état de choses, V.E. [Votre Excellence] n’a pas besoin que je les lui déduise. Je remarquerai toutefois qu’il arrive souvent que des maladies contagieuses, qui auraient pu être renfermées dans un cadre très étroit, ont fait des ravages considérables, par suite des communications inévitables entre les malades et les valides. Dernièrement la petite vérole a été apportée dans la maison par un enfant, et, malgré les plus grands soins […], elle a atteint plusieurs prisonniers hommes et femmes. Depuis longtemps on a senti la nécessité d’avoir des infirmeries isolées. On avait proposé d’abord de les placer derrière l’église ; mais, outre l’inconvénient de multiplier les services, puisqu’il y aurait eu deux infirmeries séparées, on les adossait à l’église qui est très élevée, comme si on eût voulu que ce vaste bâtiment les garantît de l’air et du jour. Ce projet était mauvais de tous points, et on ne lui a pas donné de suite. Le véritable emplacement des infirmeries est dans le bâtiment isolé, indiqué maison de correction sur le petit plan du Ministère. Une partie de ce bâtiment a un rez-de-chaussée, un premier étage et des mansardes, et les gros murs, ainsi que les toitures, sont en fort bon état. »

Essentiellement tourné vers l’avenir, le rapport de l’inspecteur général est aussi de l’ordre du constat. Il s’attarde sur deux domaines :

L’entreprise générale

« L’Entrepreneur, qui a d’ailleurs un prix de journée fort élevé, est assez coulant dans l’exécution de son marché ; on a même obtenu de lui des modifications avantageuses pour la nourriture ; il est toujours disposé à faire ce que le Directeur lui demande pour le bien des détenus et la prospérité de l’établissement. La nourriture m’a paru bonne ; le pain m’a semblé quelquefois peu cuit ou mal manipulé. Il m’a paru aussi contenir beaucoup de seigle ; mais comme l’Entrepreneur n’a pas de magasins à Loos, et que les farines arrivent toutes mélangées, on ne peut s’assurer des quantités. Si le pain eût été mauvais, on aurait fait faire des expériences chez un boulanger ; mais on n’a jamais été dans ce cas » ; il n’a rien à redire à la cantine, pas plus qu’à la nourriture accordée aux malades ; le vestiaire est bien, par contre les gaillottes (en bois) sont à remplacer par des lits de fer, et reste le problème du travail : « Je regarde comme très nuisible à la santé et au moral d’hommes dans la force de l’âge, de les employer à filer ou à faire des cardes ; ce travail les dégoûte par le peu qu’il leur rapporte, il les dégrade à leurs propres yeux, et beaucoup aiment mieux aller au cachot, que de s’occuper à ces sortes d’ouvrages » ; le tissage doit être développé sans délai. L’inspecteur général appelle de ses vœux la mise en forme d’un cahier des charges uniforme pour l’ensemble des maisons centrales, vœux qui devaient être comblés à partir d’août 18305.

Le personnel

L’inspecteur général De Laville de Miremont est sévère pour le personnel de la maison centrale : « La grande plaie de cet établissement, c’est le personnel. » Si le directeur, Poirel, 68 ans, est « d’une activité surprenante », l’inspecteur Dupuis, 70 ans, est « hors d’état de tenir sa place », le greffier Dervieux est un incapable. Quant au gardien-chef Kindt : « Il ne sait ni se faire respecter par les autres gardiens, ni maintenir l’ordre et la propreté dans la maison. Kindt a déjà été suspendu de ses fonctions pendant deux ou trois mois pour s’être grisé ; de son côté sa femme a été accusée de commerce avec les détenus. » Les gardiens (deux premiers gardiens et quatorze gardiens) réunissent, c’est heureux, « compétence, zèle et sérieux ».

3. Le règne de Marquet-Vasselot

Pendant « les derniers événements » de l’été de 1830 (les Trois Glorieuses), le bon ordre, annonce fièrement le nouveau directeur, a régné dans la maison centrale.

Le directeur en question a pour nom Marquet-Vasselot. Louis Augustin Aimé Marquet qui se fait appeler Marquet de Vasselot. En 1830, il va sur ses 50 ans. C’est un vieux routier, directeur de la maison centrale d’Eysses dès 1815 (après avoir dirigé le dépôt de mendicité de la ville), puis directeur de Fontevrault, il est arrivé à Loos en 1829. Mutation disciplinaire : à Fontevrault, le directeur vivait très largement au-dessus de ses moyens, sa femme l’avait quitté et son fils multipliait les incartades. En 1828, Marquet-Vasselot avait emprunté une grosse somme à l’entrepreneur général, que ce dernier se gardait bien de lui réclamer. Dès lors, le directeur n’est plus en mesure de faire respecter le cahier des charges et les détenus se plaignent. Le sous-préfet de Saumur, dans son rapport au préfet du 19 mai 1828, atteste du bien fondé de ces plaintes. à la suite de l’inspection de De Laville de Miremont en 1829, Marquet-Vasselot est muté à Loos.

Quoi qu’il en dise, sous son « règne », l’agitation a, en réalité, été constante : incendie de l’atelier des cardes aussitôt son arrivée en 1829, tentatives d’incendie en janvier 1830, mutineries en mars et septembre 1832. Le 13 décembre 1833, Marquet-Vasselot écrit au préfet : « Si je n’ai pas été assassiné dans ma maison, ce n’est pas la faute de ceux qui ont tout fait pour la désorganiser [il vise ici son ennemi mortel l’inspecteur], mais j’y suis extrêmement aimé de la presque totalité des prisonniers et d’une fermeté de caractère qu’ils n’ignorent pas. »

Loos compte, au 31 décembre 1832, 1 395 détenus. 1 215 sont au travail. Le service de l’entreprise générale « marche avec exactitude », rapporte le directeur, les vivres sont « de bonne qualité », le choléra s’est « arrêté à la porte de l’établissement ». Marquet-Vasselot n’hésite pas à adresser des louanges à l’entrepreneur, malgré les soupçons de connivence entre les deux hommes dont le préfet est parfaitement informé : même si, avec la crise commerciale, l’entrepreneur accumule les stocks, presque tous les détenus travaillent, à un prix de main d’œuvre un peu diminué il est vrai, mais qui leur permet cependant d’être « continuellement bien vêtus, bien logés et bien nourris ».

L’ordre règne à Loos, insiste le directeur : « Une propreté parfaite, un silence presque absolu règnent au milieu de nous, tant dans les ateliers que dans les dortoirs, où les détenus n’arri-vent jamais que sur deux lignes de front, et sans le moindre bruit. Les détenus sont résignés, l’ivrognerie est excessivement rare, et la pédérastie une exception. »

De difficultés, le directeur n’en rencontre qu’avec les membres du personnel : « Dans l’administration d’une maison centrale, ce n’est pas la masse des prisonniers, quels qu’ils soient, qu’il est le plus difficile et le plus pénible d’arriver à diriger », mais « les diverses personnes qui se rattachent plus ou moins directement au reste de son administration » (les employés) et qu’animent « la jalousie, l’esprit de parti, l’intrigue et l’incapacité. »

Le directeur n’est pas plus tendre pour les gardiens :
« Choisis parmi d’anciens militaires, ils sont pour la plupart sans aucune espèce d’instruction et beaucoup moins souples à la discipline qu’on ne le suppose ordinairement […] Pour eux, ouvrir et fermer des portes [souligné par le directeur], voilà tout ce qu’ils comprennent de leur métier […] Peut-on espérer d’en trouver de meilleurs, non. La nature de leurs fonctions et le peu d’émoluments qui s’y rattachent en éloignent toujours les hommes qu’il conviendrait d’y appeler. »

Marquet-Vasselot a un autre souci : la tenue de la comptabilité. Pèsent sur lui de lourds soupçons, de l’argent s’étant volatilisé de la caisse des masses de réserve des détenus.

Dans son rapport au préfet pour l’année 1833, il est question notamment du travail des détenus. Le directeur regrette le manque de diversité des « industries » qui se pratiquent à Loos. Tout tourne autour du filage du lin et de l’épluchage du coton d’une part, du tissage des toiles de lin et du calicot d’autre part, autant d’activités propres à engendrer des « gagne-petit » qui se livrent à des métiers peu productifs pour le présent et encore moins utiles pour l’avenir. Il propose l’introduction de la ganterie, de la bonneterie, de la chapellerie, etc.

La faiblesse de la production et du prix de la journée de travail s’explique par deux autres facteurs :

  • la nécessité d’un long apprentissage, les arrivants n’étant formés dans aucune profession ; 
  • la diminution des heures de travail résultant de la situation de la maison centrale « au milieu d’un marais, et circonscrite de toutes parts par un grand nombre de canaux de dessèchement, certains ateliers ne recevant la lumière du jour qu’entre 9 h et 15 h ».

Si la masse des prisonniers est « calme, résignée », les délations dont le directeur est la victime (touchant sa connivence avec l’entrepreneur) ont entraîné « une grande quantité de refus de travail » de la part des « plus mauvais sujets » qui rendent le directeur responsable de la modicité des salaires. Ces mauvais sujets, souvent des hommes ayant reçu « une première éducation » ou « ayant tenu un certain rang dans le monde », ont réussi à se faire des alliés de certains gardiens, les uns et les autres manipulés par l’ancien inspecteur, Roubaud, dénoncé comme un esprit subversif et athée. Heureusement, ce pelé, ce galeux, a été écarté et remplacé par un homme sûr, c’est-à-dire à la botte du directeur. Heureusement aussi, le nouvel aumônier, Taffin, jeune homme « plein de tolérance, d’amour et de charité », a réussi à se faire aimer des prisonniers : « Si la religion, cette ancre suprême de la régénération morale du prisonnier ne trouve plus au milieu de nous d’imprudents blasphémateurs, comme j’ai eu la douleur d’y en compter [l’inspecteur Roubaud et ses affidés], notre maison pourra devenir désormais un modèle d’ordre et de résignation. »
Ce qui n’empêchera pas les récidives, dont les causes sont hors les murs : « La majeure partie des libérés se réfugient à Lille […] La classe ouvrière y est plongée dans une profonde et presque incurable immoralité. »

Si l’ennemi intérieur (Roubaud) est parti, d’autres ennemis sont venus, en cercles concentriques, assaillir le directeur :

  • le capitaine de la compagnie de vétérans en station à Loos, Paradis (sic), qui affirme n’avoir d’ordre à recevoir que de l’autorité militaire et, plus grave encore, que le directeur, hors les murs de ronde, perd toute légitimité de donner un ordre à quiconque, en particulier à la portière principale de l’entrée de l’établissement ; 
  • l’autorité judiciaire, qui « cherche par tous les moyens à s’immiscer dans la surveillance, et voire même dans l’administration intérieure des prisons ».

Il faut accorder à Marquet-Vasselot, personnage heureusement peu représentatif du personnel de direction de l’époque, au moins deux choses, qui ne sont pas négligeables. D’abord, la maison centrale de Loos a été complètement épargnée par l’épidémie de choléra de 1832. L’épidémie, qui a gagné Paris le 28 mars, atteint Lille le 14 avril. Une intendance sanitaire a été mise en place et, dès le 31 mars, le docteur Lestiboudois remet son rapport « sur les mesures proposées pour la maison de détention de Loos ». L’épidémie va faire 955 victimes dans la métropole lilloise. Alors que « le choléra a sévi d’une manière toute spéciale sur la classe pauvre » selon Lestiboudois6, et que l’hôpital général a été « ravagé par l’épidémie » (206 morts), la maison centrale est complètement épargnée7.

Ensuite, Loos peut apparaître comme une prison modèle, en comparaison de la situation matérielle des prisonniers des maisons d’arrêt, mais aussi des autres maisons centrales (Clairvaux, Embrun, Ensisheim par exemple). Elle est très visitée, le directeur Marquet-Vasselot sait recevoir. Le 1er août 1833, il accompagne le docteur Dupont, médecin de l’hôpital de Seclin, dans tous les coins et recoins de l’établissement8. La maison centrale compte 1 355 détenus (à peu près autant d’habitants que la petite ville de Loos, moins que sa capacité fixée alors à 1 550 prisonniers, 950 hommes et 600 femmes). Dupont est frappé par l’incroyable activité qui règne dans les ateliers : 205 hommes travaillent au tissage des calicots, 114 à l’épluchage du coton, 113 à la filature du coton, 107 sont bouteurs, 45 tailleurs, 44 sont occupés au bobinage et à l’ourdissage du coton toujours ; 125 femmes font de la couture, 76 filent le lin, 45 tissent des calicots, 40 confectionnent des sarraux, 15 raccommodent et 14 épluchent. La journée de travail est de 9 à 10 heures. Le dîner de 9 heures du matin et le souper de 16 heures sont copieux, les menus se composent de pain et de soupe de légumes, accompagnés de viande les jeudis, mais la cantine est bien achalandée. « M. Marquet fait aux détenus, tous les dimanches, un cours sur la morale des lois pénales en France, et sur les avantages d’une bonne conduite, que ceux-ci écoutent dans le silence et le recueillement. Personne n’est tenu d’y assister, et personne n’y manque. »9 Le docteur Dupont remarque en partant : « Il est à la connaissance de tout le monde que l’ordre le plus parfait, la propreté la plus minutieuse, et une discipline sévère, règnent dans la maison de détention de Loos. »10

Le 24 février 1834, le préfet reçoit une longue lettre de Roubaud, l’ancien inspecteur « subversif » de la maison centrale. Il y dénonce toutes les petites « magouilles » auxquelles se livrent le directeur et l’entrepreneur :

  • fraude sur les vivres des valides ; 
  • fraude sur les vivres des malades ; 
  • fraude sur les vêtements de rechange ; 
  • retenues illégales sur les pécules des détenus ; 
  • fraude sur le chauffage et l’éclairage ; 
  • utilisation par le directeur, pour son service personnel, d’une main d’œuvre de détenus payés sans tarif ni retenue pour la masse de réserve ; 
  • non-paiement aux détenus des indemnités de chômage ; 
  • prolongation intempestive de la durée des apprentissages ; 
  • utilisation par le directeur de gardiens pour son usage personnel ; 
  • vente pour le compte du directeur des produits du jardin et de la basse-cour attachés à son logement de fonction ; 
  • vente par l’entrepreneur à des prix exorbitants de vêtements aux détenus en instance d’être libérés ; 
  • tolérance du directeur pour les relations coupables qu’entretiennent ses domestiques détenus hommes et femmes et pour celles auxquelles se livrent un domestique détenu et la portière ; 
  • etc., etc.

Roubaud appuie ses dires d’un incroyable appareil de preuves. Le préfet prend bonne note… et d’infimes mesures : la portière est remplacée par un portier ; les détenus pourront, pour leur sortie, se fournir en vêtements achetés en dehors de l’entreprise. C’est à peu près tout.
Marquet-Vasselot va dès lors être l’objet d’attaques répétées de la part de détenus de Loos se déclarant « républicains », dont les critiques sont reprises par la presse d’opposition, en particulier L’écho du Nord : on lui reproche ses multiples malversations. Mais le directeur est encore en poste pour plus de six longues années.


4. Loos, les années de fer (1839-1848)

Le 10 mai 1839, un règlement draconien commence d’être appliqué à toutes les maisons centrales (Lire sur criminocorpus le texte de la circulaire) . Conséquence du grand débat pénitentiaire initié vers 1830 autour de la séparation des détenus entre eux, la promiscuité qui est leur lot dans toutes les prisons étant censée engendrer l’épidémie, l’homosexualité et la récidive. Dans les maisons d’arrêt, la séparation doit être acquise par la cellule. Dans les maisons centrales, on a recours au silence. Mais le règlement de 1839 est aussi une litanie de proscriptions (de l’alcool, du tabac, de la circulation de l’argent, etc.) ou de restrictions (de la liberté de correspondre, de recevoir des visites, de cantiner, etc.).

Le préfet du Nord alerte les autorités militaires sur les risques d’une mutinerie : « Ces dispositions imposant des privations qui seront dures pour la plupart des détenus, il est nécessaire de prendre les mesures de sûreté propres à déjouer les complots que pourraient former entre eux les condamnés mécontents. » Le préfet se fait rassurant auprès du ministre de l’Intérieur : « Monsieur le directeur s’efforce par ses instructions journalières et Monsieur l’inspecteur par sa présence au milieu des condamnés de disposer leur esprit à la résignation au Règlement affiché. »

Effectivement, Marquet-Vasselot, poursuivi par les plaintes, tant celles de ses créanciers que celles des prisonniers, se multiplie en actes d’allégeance au très répressif pouvoir en place. Il moralise et réprime à outrance. En vain, il est muté en 1841 à la maison centrale de Nîmes, puis à Clairvaux en 1847, où il est compromis dans un scandale ayant provoqué la mort de centaines de prisonniers. Il terminera sa tumultueuse carrière à Beaulieu en 1850.

Son successeur à Loos, Dumont, est un honnête homme, mais très malade. Il se rend vite compte que Marquet-Vasselot, outre ses prédations, était l’homme du double discours. Sa justice disciplinaire s’abattait impitoyablement sur les faibles, les « caïds » étant devenus ses « conseillers occultes ». Il n’empêche que Marquet-Vasselot avait mis en place à Loos ce qui devait bientôt s’appeler le prétoire. Ce dont rend compte au préfet le directeur Dumont dans un rapport du 27 janvier 1842 consacré au « fonctionnement de la justice disciplinaire » à la maison centrale de Loos. Le directeur tient une « audience […] chaque jour sans exception » à 10 h 30 dans une salle située « au centre de la maison » et précédée d’un corridor où « les détenus attendent leur tour, gardés à vue ». La « salle d’audience », « plus longue que large », est « percée d’une porte et d’une croisée » et dispose d’un bureau derrière lequel le directeur est assis ; sur le côté, un banc « sur lequel vont s’asseoir les détenus auxquels est infligé le cachot ». Le gardien-chef rend compte des motifs de la comparution, le directeur distribue les sanctions : « le cachot toujours isolément », « la salle de police en commun et toujours assis ». Le directeur n’admet de débat que pour les cas les plus graves : vols, voies de fait, atteintes aux mœurs, etc., « les débats entre les gardiens et les détenus sont trop souvent au désavantage des gardiens, ceux-ci étant pour la plupart très peu habiles à discuter et les détenus trop adroits et trop exercés en pareille matière ».

L’arrêté ministériel du 8 juin 1842 sur l’organisation de la justice disciplinaire dans les maisons centrales (Lire le texte sur criminocorpus) s’inspire très largement de la pratique du directeur de Loos, à quelques « détails » près : l’inspecteur, l’aumônier et l’entrepreneur général doivent assister au « prétoire ». L’application de cet arrêté va poser maintes difficultés. Les sanctions du cachot vont pleuvoir, qui ont la prédilection de la plupart des directeurs. Celui de Loos en particulier, qui se plaint de l’insuffisance de leur nombre (10 cachots pour les hommes et 2 pour les femmes). Le ministre de l’Intérieur, dans sa réponse au préfet du 8 juillet 1842, énumère les punitions de substitution possibles : « Tels sont, outre le piton, le piquet pendant les repas ou sur les préaux ; la séquestration le dimanche, pendant les heures de récréation ; la privation de la soupe pendant un ou plusieurs jours, outre la privation de cantine ; la corvée des baquets ; et pour les femmes la mise à genoux et la coiffe de punition. »

Le piton : il y a piton et piton. Dans les maisons centrales de Fontevrault et de Nîmes par exemple, le piton consiste « uniquement à attacher, debout, le condamné, au moyen de sangles passées dans des pitons scellés au mur, et qui le retiennent par les pieds et les bras, mais sans lui imposer aucune torture ». À Loos, « la punition du piton consiste à mettre en croix les bras du patient, au moyen de cordes attachées à deux anneaux de fer scellés dans un mur ; les jambes sont fixées de la même manière, mais moins écartées ». Tant l’inspecteur général Martin-Deslandes que le ministre de l’Intérieur critiquent ce qu’ils appellent « le crucifiement ». Le directeur Dumont n’en finit pas, dans sa correspondance avec le préfet, de faire l’éloge du piton : « Dans la lutte que je soutiens avec persévérance contre l’esprit de désordre, depuis mon arrivée à Loos, j’ai eu des jours bien pénibles, mon cœur a éprouvé bien des angoisses […] Il faut que la voix du devoir parle bien haut, pour que la main ne se lasse pas de frapper […] J’ai besoin de latitude dans le choix des moyens de répression, et je vous prie de m’autoriser à infliger la punition du piton. »

Une bien triste mais peu ténébreuse affaire éclate à la fin de l’été de 1842. Au cours de divers procès de détenus de Loos devant la cour d’assises de Douai, les débats ont révélé, c’est le procureur général qui écrit, « un genre de punition nouvellement introduit dans la maison centrale de Loos qui a produit sur le public et le jury la plus fâcheuse impression. Je veux parler du crucifiement [souligné par le magistrat], qui consiste à attacher avec des cordes les bras en croix et les jambes du patient à des anneaux de fer et à le laisser ainsi plus ou moins longtemps. Un témoin a dit qu’il avait subi soixante heures cette torture, que lorsqu’on le détacha il avait les mains toutes bleues et que ce supplice exalte au dernier point l’esprit de ceux qui le souffrent. C’est une punition de ce genre, a-t-on dit, qui a fait concevoir à Druon [l’un des accusés] des projets de vengeance et c’est au moment de la subir encore qu’il a commis son crime. »

À la même époque (août 1842), l’inspecteur général Duguet remet à son ministre un « rapport spécial » sur la maison de Loos, à la suite d’une visite médicale de quatre jours pratiquée auprès de 1 014 détenus. Parmi les 858 adultes, 156 sont « sodomisés », dont 51 sont « véné-riens ». Parmi les 156 jeunes garçons, 16 sont « sodomisés ». « Cent soixante-douze sodomisés supposent cent soixante-douze sodomisateurs », déduit Duguet, avant de conclure : « Si l’on songe que le nombre des incubes est toujours supérieur à celui des succubes et que la fidélité conjugale ne doit pas être fort bien gardée dans ces odieux mariages, on peut sans craindre de se tromper assurer que les deux cinquièmes de la population se livrent à la pédérastie. »

Manœuvre de diversion. En octobre et novembre 1842, avec la complicité de certains journaux, le préfet et le directeur s’organisent pour nier l’existence du crucifiement, qu’ils reconnaissent pourtant, voire qu’ils revendiquent dans leur correspondance. « Je puis vous assurer que jamais les détenus n’ont été traités avec plus d’humanité et de justice que sous l’administration du directeur actuel », ose écrire le préfet au procureur général le 24 novembre. Le 18 octobre 1842, le ministre de l’Intérieur avait pourtant recommandé fermement au préfet du Nord l’organisation d’un nouveau mode de punition, la salle de police : « Ce mode de punition consiste à renfermer les détenus dans une salle de grandeur suffisante. Ils y sont surveillés par un gardien choisi parmi ceux dont le caractère est le plus ferme et le plus énergique. La salle doit être disposée d’une manière particulière. Des tabourets fixés au sol la garnissent tout entière, sauf l’espace réservé pour une estrade d’une ou deux marches, et sur laquelle se tient constamment le gardien surveillant. Les tabourets, d’une hauteur convenable, sont simplement formés d’un pied adhérant au sol et d’une planche carrée ou arrondie placée dessus isolément. Ils doivent être placés à un mètre environ l’un de l’autre, sur des lignes parallèles traversant la salle en diagonale, et se coupant soit à angle droit, soit de manière à former des losanges peu allongés. Les détenus restent constamment à leur place, immobiles et dans le silence le plus absolu. »
Un an plus tard, le 6 novembre 1843, le préfet rend compte à son ministre des punitions infligées pendant le dernier trimestre, la population moyenne étant de 1 240 détenus :

  • 1 136 punitions du piquet ;
  • 1 066 punitions du piton ;
  • 46 privations de correspondance ;
  • 23 privations de cantine ;
  • 12 punitions de cachot.

Le 25 novembre 1843, un incendie survient au « quartier fort » (le quartier disciplinaire). Les gardiens de service, curieusement, étaient occupés ailleurs, « pendant longtemps éloignés de leur poste ». L’incendie, vite maîtrisé, provoque peu de dégâts matériels mais entraîne la mort par asphyxie du détenu Delvigne que les incendiaires ne réussirent pas, malgré leurs efforts, à délivrer de son cachot. Trois détenus, Friedlander, Colin et Druon, vont être poursuivis pour tentative d’incendie. Fort revendicatifs et au lourd passé de rebelles, ils avaient été jugés par la cour d’assises de Douai pendant l’été 1842 pour tentative d’assassinat sur des codétenus utilisés comme « balances » par l’administration. Ce sont eux et leurs avocats qui avaient dénoncé le « crucifiement » pratiqué à titre de punition à la maison centrale. Druon avait été condamné à dix ans de travaux forcés et Friedlander aux travaux forcés à perpétuité. L’arrêt de la cour d’assises était intervenu peu de temps après que fut mise en application l’instruction du 8 août du ministre de l’Intérieur (Duchâtel) « sur l’organisation des prétoires de justice disciplinaire dans les maisons centrales ». Le ministre y recommandait que les condamnés « ayant commis de nouveaux crimes dans les maisons centrales » fussent « réintégrés dans les maisons mêmes où les crimes avaient été commis, pour y subir la peine des travaux forcés, avec ordre de les appliquer aux travaux les plus pénibles et de les tenir enchaînés ». D’où la présence des trois lascars au « quartier fort ».

Le 6 février 1844, la cour d’assises de Douai condamne les trois accusés à la peine de mort. Les débats ont été houleux. Les avocats ont de nouveau fait le procès du régime disciplinaire tel que pratiqué à Loos, en particulier du crucifiement, plus que jamais en usage. Ils ont aussi dénoncé les cachots obscurs et glaciaux. Le préfet avait pourtant cru bon de prendre les devants, dans un courrier adressé au procureur général : « Précédemment, les détenus condamnés à l’isolement par mesure disciplinaire étaient renfermés dans des cachots où le jour pénétrait difficilement. Aujourd’hui, les cachots sont plus rarement employés. Des cellules placées à l’étage, très bien éclairées et chauffées par des bouches de chaleur les remplacent. » L’argumentaire est spécieux, le préfet fait allusion ici aux « salles de police », telles que le ministre avait recommandé de les mettre en place.

Le directeur de Loos se réjouit pour sa part de la triple condamnation : « Ce résultat produira sur la population de la maison centrale une impression salutaire. »

Le 19 février 1844, les trois condamnés à mort sont transférés à la maison centrale de Loos « par mesure de sûreté et aussi par humanité [sic] ». Ils y arrivent à midi, escortés par sept gendarmes. Après avoir insulté le gardien-chef, ils sont placés dans les cellules du premier étage du quartier fort. Un gardien et un employé sont de planton nuit et jour dans le corridor qui longe les trois cellules. Les bouches de chaleur du calorifère ont été tamponnées, afin de rendre toute communication entre eux impossible. Colin est calme, résigné ; Druon s’agite ; Friedlander présente « l’image du tigre altéré de sang, et ne pouvant assouvir sa soif ».

Le 22 février 1844, le directeur consent à ôter aux trois condamnés leur camisole de force pour la remplacer par des menottes. Car est annoncée la visite, deux jours plus tard, de deux magistrats de la cour d’appel de Douai qui viennent rencontrer les trois condamnés. Il leur apparaît que la complicité de Druon est douteuse et que Friedlander, quoique informé de la tentative d’incendie, n’y a pris aucune part. Le directeur est furieux : « C’est pour un pareil monstre que le cœur de ces messieurs s’ouvre à la pitié ! » Il craint une grâce royale : « Le jour où le Roi accordera des lettres de grâce à l’un de ces condamnés, il signera l’arrêt de mort de l’un des agents de la maison centrale de Loos ! »

Le préfet, qui a accompagné les deux magistrats, a dû prendre quelques mesures urgentes : faire cesser la « double peine » du cachot et du piton ; ne plus laisser procéder au cachot à la privation des effets de literie, ne prescrire la diminution de la pitance qu’un jour sur deux ; etc.
Le 20 avril 1844, à 8 h 20, les trois condamnés sont exécutés sur l’esplanade de la maison centrale. Le maire de Loos s’est montré jusqu’au bout hostile à une exécution sur la place principale du village, comme pourtant le stipulait l’arrêt de la cour d’assises. Le ministre et le préfet ont longtemps hésité : les détenus devaient-ils ou non assister à l’exécution ? Tel n’a pas été finalement le cas, pour des raisons de sécurité. Pendant que les détenus étaient réunis à la chapelle pour réciter les prières des agonisants, une foule considérable (2 000 personnes) se pressait sur les lieux du triple supplice, difficilement contenue par une compagnie de soldats d’élite et un détachement de vingt cuirassiers. On craignait des noyades, il n’y eut de victimes que les trois condamnés. Seul Druon a embrassé le bourreau et ses deux aides. Les deux autres sont morts avec la plus grande résignation. À 8 h 25, tout était consommé.

Rendant compte le lendemain de l’exécution au ministre de l’Intérieur, le préfet du Nord écrit : « Le châtiment des crimes commis par Friedlander, Druon et Colin exercera, sur l’esprit des détenus, une terreur salutaire, dont la discipline ressentira sans doute les bons effets. »


Notes

1.

B. Appert, Rapport sur l’état actuel des prisons, des hospices et des écoles : départements de l’Aisne, du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, suivi de considérations générales sur ces sortes d’établissements, Imprimerie de J.-L. Chanson, 1824.

2.

Ibid., p. 76-77.

3.

Archives départementales du Nord (ADN), 4 N 361.

4.

ADN, 1 Y 90.

5.

Ainsi que le rappellent Sandrine Lambin et Christine Pakula dans leur remarquable maîtrise dirigée par Jean-Pierre Hirsch à Lille III : La maison centrale de Loos de 1822 à 1870, 2 vol., 101 et 38 p., vol. I, p. 12. Sandrine Lambin a entrepris une thèse sur les prisons du Nord sous ma direction.

6.

T. Lestiboudois, Rapport général sur l’épidémie de choléra qui a régné à Lille en 1832, Danel, 107 p., p. 82.

7.

Ibid., p. 55.

8.

J.-B. Dupont, Topographie historique, statistique et médicale de l’arrondissement de Lille, Lille et P., 1833.

9.

Ibid., p. 250.

10.

Ibid., p. 249.