Comme toutes les formations politiques, les organisations de lutte armée veulent faire connaître leurs revendications et mots d’ordre au plus grand nombre. Le caractère illégal de leurs activités rend difficile l’utilisation de supports de communication institutionnalisés. Les murs calligraphiés et l’affichage sauvage deviennent dès lors de très utiles moyens de propagande, d’autant plus efficaces qu’ils allient forte visibilité, inscription dans le territoire local et une certaine pérennité des messages. Ce « low technology medium », par opposition au domaine de l’Internet ou de la télévision surinvesti par les partis et organisations politiques officielles, rend compte de l’activisme politique « par le bas et les marges » dans ces trois régions. Caractéristique forte en Corse, Irlande du Nord et Pays Basque, l’espace de la rue est, pour une très grande part, un quasi-monopole de la contestation politique d’inspiration nationaliste. Alors que le street art, inspiré du rap et de la culture hip-hop, domine au sein des espaces muraux des grandes villes françaises, espagnoles ou britanniques, ici, les marques iconographiques sauvages sont avant tout politiques et fortement axés sur les conflits en cours.
7. Propagande partisane
Plan du chapitre
Propagande partisane
Ce sont bien sûr les partis, vitrines officielles des mouvements de lutte armée, qui occupent une place de choix sur les murs investis par les messages nationalistes. Corsica Libera, Indipendenza, l’ANC, le Rinnovu ou Scelta para, parmi les nombreuses formations nationalistes corses, affichent leurs ambitions à la parole publique dans une île longtemps demeurée aux mains des pouvoirs claniques dominants peu soucieux de libérer la parole politique. Au Pays Basque, Batasuna puis Bildu ou des groupes plus activistes comme Segi, affichent leur soutien aux militants et pratiques abertzale. En Irlande du Nord, on reconnaîtra le Sinn Fein côté républicains, alors que les paramilitaires de l’UlsterVolunteers Force (UVF) affichent complaisamment leur détermination à peser dans le débat politique des six comtés.
Au-delà des partis, ce sont les mots d’ordre idéologiques qui s’expriment, rappelant à l’observateur l’origine doctrinale de la colère nationaliste. Le rejet du clanisme et des élites politiques locales perce en Corse où de nombreux écrits sauvages stigmatisent le pouvoir confisqué par les grandes familles de notables insulaires. En Euskadi, les mots d’ordre partisans en faveur de l’abertzalisme militant s’accompagnent fréquemment d’appels révolutionnaires dont les connotations marxisantes signalent la proximité de pensée entre nationalisme et courants d’extrême gauche (altermondialistes, anarchistes libertaires ou marxistes).
C’est finalement toute une grammaire idéologique qui trouve à s’exprimer sur les murs des régions rebelles, attestant des mélanges étonnant et détonant et témoignant que la politique n’est pas qu’une activité de salon, mais surtout une pratique de rue.
