3. L'anthropométrie judiciaire

Plan du chapitre

Faire parler les corps en douceur

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Alphonse Bertillon, Une application pratique de l’anthropométrie sur un procédé d’identification permettant de retrouver le nom d’un récidiviste au moyen de son seul signalement, et pouvant servir de cadre pour une classification de photographies à la préfecture de police, à la sûreté générale, au ministère de la justice, etc., Paris, G. Masson et Cie éditeurs, 1881.
Source : P.V. Bertillon / Criminocorpus

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Alphonse Bertillon, Une application pratique de l’anthropométrie sur un procédé d’identification permettant de retrouver le nom d’un récidiviste au moyen de son seul signalement, et pouvant servir de cadre pour une classification de photographies à la préfecture de police, à la sûreté générale, au ministère de la justice, etc., Paris, G. Masson et Cie éditeurs, 1881.
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Alphonse Bertillon, Une application pratique de l’anthropométrie sur un procédé d’identification permettant de retrouver le nom d’un récidiviste au moyen de son seul signalement, et pouvant servir de cadre pour une classification de photographies à la préfecture de police, à la sûreté générale, au ministère de la justice, etc., Paris, G. Masson et Cie éditeurs, 1881.
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En 1882, Alphonse Bertillon applique un système de classement des fiches de police suivant les mesures prises sur les individus arrêtés. 

Concrètement, ce système s’appuie sur une répartition des fiches individuelles selon une série d’une dizaine de mesures du corps successivement divisées en trois parties : petit, moyen et grand. Les fiches sont d’abord divisées en trois parties selon la taille, chacune de ces trois parties est ensuite divisée selon l’envergure des bras, puis selon la taille du buste, la longueur de la tête, etc.

Cette méthode s’inspire directement des travaux du savant belge Adolphe Quételet qui a appliqué pour la première fois un traitement statistique aux mesures du corps humain. Destiné à identifier incontestablement un récidiviste d’une arrestation à l’autre, cette innovation systématise le recours au corps comme élément central de l’identification des personnes. Comme le souligne Bertillon lui-même, c’est désormais avant tout « le corps qui parle » et la police s’attache à en extraire une vérité cachée en mobilisant des pratiques qui « ne sont nullement douloureuses et n’occasionnent pas une plus grande gêne que les mesures que nous prennent les tailleurs ».

Entre 1880 et 1900, des laboratoires anthropométriques se répandent rapidement dans le monde auprès de tous les services de police des grandes métropoles : Paris (1882), Buenos Aires (1889), Mexico (1892), Bucarest (1893), Berlin et Madrid (1896), Chicago (1897), Lisbonne (1900), Londres (1901), Le Caire et Rome (1902).

Rapidement, Bertillon améliore le système anthropométrique en y ajoutant la photographie judiciaire, le « portrait parlé » et la description méthodique des différentes marques observables sur le corps de chacun.

 

Dès les années 1890, les empreintes digitales remplacent progressivement l’anthropométrie comme système de classement des fichiers de police. Même si les résistances de Bertillon retardent la diffusion des classements dactyloscopiques au sein de la police parisienne, sa « méthode anthropométrique » reste perçue comme une innovation capitale dans l’histoire de l’identification des personnes.

Appliqué initialement aux suspects arrêtés par la police, l’enregistrement des mesures du corps concerne progressivement des catégories d’individus de plus en plus nombreuses : détenus dans les prisons, criminels libérés, prostituées enregistrées par la police, étrangers expulsés, personnes arrêtées qui sont condamnées à des peines très faibles et remises en liberté (comme les vagabonds ou les mendiants), ou encore les « nomades » (Tsiganes) à partir de 1912.