Au début des années 1870, la Préfecture de police de Paris se dote d’un service photographique. Il se contente initialement d’élaborer des portraits de « criminels de marque ». Progressivement, ce service commence à confectionner des photographies de tous les individus arrêtés et écroués au Dépôt. En matière d’identification, l’activité de ce service s’avère pourtant rapidement problématique. Les clichés réalisés manquent d’uniformité et s’inspirent encore le plus souvent des portraits d’artistes réalisés et vendus par les photographes professionnels. De plus, ils ne font l’objet d’aucun classement rigoureux permettant de les retrouver aisément lorsque cela s’avère indispensable.
4. Le service photographique de la Préfecture de police de Paris
Plan du chapitre
La photographie devient judiciaire
Le 25 février 1888, le service de la photographie est rattaché au service d’identification anthropométrique à la Préfecture de police de Paris.
Alphonse Bertillon réorganise alors entièrement son fonctionnement et introduit une multitude d’innovations techniques. De nouveaux locaux sont installés et toutes les étapes de la photographie judiciaire font l’objet d’un effort considérable de rationalisation.
Les appareils employés, la prise de vue, la distance entre l’appareil et le sujet, la posture du modèle (de face et de profil), le siège de pose et le repose-tête, la luminosité, etc... Tous ces aspects sont désormais régis par des procédures strictes visant plusieurs buts : améliorer la qualité technique des clichés, établir des points de ressemblance physionomique précis, garantir quotidiennement la production et le traitement d’un très grand nombre d’images.
Fort des connaissances techniques acquises durant plusieurs années, Bertillon contribue au développement d’autres innovations d’importance dans le champ des usages policiers de la photographie. Il entreprend par exemple de réduire les clichés produits pour faciliter dans l’espace public le repérage par les autorités de personnes recherchées grâce à la diffusion d’albums photographiques portatifs.
En 1890, un ouvrage de synthèse, La photographie judiciaire, rassemble tous les éléments de cette réforme d’envergure. La photographie signalétique s’impose comme un élément déterminant de la modernisation des pratiques policières et, dans le cadre du service de l’Identité judiciaire institué en 1893, Bertillon ne cesse de perfectionner les méthodes et le fonctionnement l’atelier photographique qu’il dirige.
Il constitue aussi une collection de photographies des mains des ouvriers destinée à faciliter leur identification à partir des stigmates qui les caractérisent.
Les Mains des ouvriers sous l'oeil de la police
Documentaire écrit par Pierre Piazza et réalisé par Hervé Colombani.
© CRIMINOCORPUS 2025.
Parallèlement, pour aider les enquêteurs à résoudre les « affaires », il invente la photographie « métrique » et la photographie « stéréométrique » qui permettent de confectionner des images très précises des cadavres et des lieux où des crimes ont été commis.
Il œuvre encore à la rationalisation du format et du contenu de la photographie dans les documents d’identité, ainsi qu’à la définition d’un protocole photographique destiné à déjouer les faux en écriture.
De plus, il met au point des appareils grâce auxquels il est possible d’agrandir diverses traces infinitésimales (digitales, palmaires, de sang, etc.) dont l’exploitation peut s’avérer déterminante pour confondre des auteurs de meurtres, de vols et d’effractions.
