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Théâtre des martyrs depuis la mort de J. Christ jusqu’à présent

Auteur(s)
Luyken (Jean)
Année de publication
1700
Lieu de publication
Leyde
Éditeur
s.e.
Nombre de pages
113
Source
Collection Philippe Zoummeroff
Observations

Datation incertaine (début du XVIIIe siècle). Album grand in-8 oblong de 1 titre et 115 planches, cartonnage papier ancien très usagé.

Suite complète des 116 planches gravées sur cuivre, dont le titre, par Jan Luyken.

“Poète et graveur sur cuivre de grand talent, Jan Luyken (Amsterdam, 1649-1712) est l’auteur de nombreux recueils d’emblèmes d’inspiration religieuse, dont il a signé à la fois les gravures et les textes” (Jean-Marc Chatelain).Il s’est attaché à illustrer le martyr des chrétiens, depuis le Christ jusqu’en 1685, en une suite de planches gravées sur cuivre en taille-douce remarquables. Elles sont toutes légendées en français et en hollandais.

On y croise les apôtres, les saints, mais aussi les Vaudois, les Albigeois, anabaptistes et autres hétérodoxes.Dans A rebours, Huysmans prête à Des Esseintes une passion pour cette suite d’estampes terrifiantes : “Il avait fait tapisser de rouge vif le boudoir, et sur toutes les cloisons de la pièce, accrocher dans des bordures d’ébène des estampes de Jan Luyken, un vieux graveur de Hollande, presque inconnu en France.

Il possédait de cet artiste fantasque et lugubre, véhément et farouche, la série de ses persécutions religieuses, d’épouvantables planches contenant tous les supplices que la folie des religions a inventés, des planches où hurlait le spectacle des souffrances humaines, des corps rissolés sur des brasiers, des crânes décalottés avec des sabres, trépanés avec des clous, entaillés avec des scies, des intestins dévidés du ventre et enroulés sur des bobines, des ongles lentement arrachés avec des tenailles, des prunelles crevées, des paupières retournées avec des pointes, des membres disloqués, cassés avec soin, des os mis à nu, longuement râclés avec des lames.

Ces œuvres pleines d’abominables imaginations, puant le brûlé, suant le sang, remplies de cris d’horreur et d’anathèmes, donnaient la chair de poule à Des Esseintes qu’elles retenaient suffoqué dans ce cabinet rouge.Mais, en sus des frissons qu’elles apportaient, en sus aussi du terrible talent de cet homme, de l’extraordinaire vie qui animait ses personnages, l’on découvrait chez ses étonnants pullulements de foule, chez ses flots de peuple enlevés avec une dextérité de pointe rappelant celle de Callot, mais avec une puissance que n’eut jamais cet amusant gribouilleur, des reconstitutions curieuses de milieux et d’époques ; l’architecture, les costumes, les mœurs au temps des Macchabées, à Rome, sous les persécutions des chrétiens, en Espagne, sous le règne de l’inquisition, en France, au Moyen Age et à l’époque des saint-Barthélemy et des dragonnades, étaient observés avec un soin méticuleux, notés avec une science extrême.

Ces estampes étaient des mines à renseignements ; on pouvait les contempler sans se lasser, pendant des heures ; profondément suggestives en réflexions, elles aidaient souvent Des Esseintes à tuer les journées rebelles aux livres.”

(Folger Shakespeare Library, Voices for Tolerance in an Age of Persecution, n° 32).

Notice extraite du catalogue Philippe Zoummeroff. Crimes et châtiments (livres - manuscrits - photographies - dessins), Pierre Bergé & Associés, 2014.