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2. Renée Prétot : Carte blanche à la pédagogie du changement (1993)

2. Renée Prétot : Carte blanche à la pédagogie du changement
Titre complet
Renée Prétot : Carte blanche à la pédagogie du changement
Source
AH-PJM

Journées d'études « En 1968 à Bourges, du Bon Pasteur au complexe éducatif » (21 et 22 octobre 1993)

Renée Prétot souligne, dans son intervention, l’avance qu’avait le Bon-Pasteur de Bourges sur l’Éducation surveillée et rend hommage à l’« héritage précieux » que les sœurs lui ont laissé lorsqu’elle leur a succédé en 1968. L’établissement était déjà un peu ouvert sur l’extérieur au plan pédagogique et les juges des enfants de la région pouvaient y placer des filles de façon prioritaire. Dès l’ouverture elle a obtenu des juges des enfants de la région (alors que les placements étaient normalement centralisés), la possibilité d’une affectation directe, ce qui permettait un meilleur suivi avec les magistrats.

Renée Prétot exprime avec conviction sa détermination à rompre avec les méthodes ancestrales d’enfermement, quand on prétend faire de l’éducation, tout en donnant des explications théoriques à ses choix. Nous étions « acculés au changement », précise t-elle, mais ne disposions ni de recettes ni d’idéologie adoptables. Dès le début, il a fallu que les jeunes et le personnel fassent le deuil de la mère supérieure, avec son caractère de « mère sacrée », ce qui a provoqué un « bouleversement des images ». Afin de briser l’image antérieure, elle recourt à divers moyens tels que la mixité progressive du personnel et la démocratisation des méthodes de direction. En pratique, elle a supprimé les notes de service qu’elle a remplacées par la création de multiples instances de concertation avant de prendre une décision, ainsi que diverses réunions d’organisation et de coordination. Ces réunions ont permis une extraordinaire libération de l’imagination de tous les personnels en matière pédagogique et administrative, tout en assurant une régulation des expériences au fur et à mesure des expérimentations. Il n’y avait « aucune barrière à l’imagination », toutes les suggestions étant accueillies par un « pourquoi pas ? » bienveillant de la direction, repris par tous... Les difficultés pour transformer l’établissement ont été nombreuses. S’agissant de passer d’un centre fermé à une structure ouverte, on s’est heurté à « la dialectique du dedans et du dehors », en s’interdisant en même temps « toute coercition physique ».

Pour Renée Prétot, il fallait que les personnels soient proches des jeunes pour « être bousculés, dérangés » par eux. Cette posture n’était pas confortable mais nécessaire pour progresser collectivement et être « créatifs ensemble ». Elle évoque l’intervention de divers détracteurs de sa politique, tant au plan local que national, mais constate qu’à chaque fois des défenseurs convaincants sont venus au secours… Face à l’absence de candidat(e) pour prendre la direction de l’établissement, elle avait demandé et obtenu une « carte blanche » pour progresser peu à peu dans la mise au point d’une véritable pédagogie du changement.

Claire Dumas et Gisèle Fiche

 

Pour en savoir plus, voir la présentation de la journée d'étude et de ses 9 séquences vidéos.

Mots-clés
Éducation surveillée Bon Pasteur