1. Introduction

Plan du chapitre

Introduction

Au cœur de la Mélanésie émerge de l'immensité bleue de l'Océan, une terre montagneuse qui fait figure de paradis, la Nouvelle-Calédonie. Ce sont pourtant, 22 000 transportés, plus de 4 000 déportés politiques et près de 4 000 relégués qui y furent envoyés entre 1864 à 1931, faisant de cet archipel une terre d'exil et de punition. Au regard de la Guyane, la Nouvelle-Calédonie est un bagne oublié, oublié parce que tellement loin et tellement objet de honte. Pourtant, contrairement à la Guyane, la Nouvelle-Calédonie connut, dans une certaine mesure, une colonisation pénale réussie. À la fermeture du bagne, la moitié de la population blanche était d'origine pénale. De ces bagnards, des enfants naîtraient. Il fallait leur cacher tout ce qui rappelait la honte. Il fallait oublier... Les hommes et la nature se chargèrent de dissimuler, d'enfouir, de faire disparaître. Ce n'est que récemment, presque un siècle après l'arrivée du dernier convoi de condamnés, que l'actuelle génération calédonienne a affirmé un « devoir de mémoire » auquel ce travail photographique espère contribuer. Julien Gomez-Estienne et Franck Sénateur

Des expéditions à la colonisation de l'archipel

C'est le Britannique James Cook qui découvre la grande île lors de son deuxième voyage dans le Pacifique Sud en 1774. La majesté des paysages montagneux et la verdure qui foisonne lui rappellent aussitôt son Écosse natale, baptisée Caledonia par les Romains. L'île trouve alors son nom : New Caledonia. Puis vient le temps des Français. Le chevalier d'Entrecasteaux tout d'abord. A la recherche de l'expédition Lapérouse, il aborde l'île des Pins en juin 1792. Il est suivi quelque 25 ans plus tard par Dumont d'Urville qui entreprend là une grande campagne de relevés cartographiques. Entre temps, les baleiniers américains ont pris l'habitude de fréquenter ces eaux riches en mammifères marins. En 1843, le Bucéphale débarque à Balade des missionnaires catholiques, les pères maristes. Au contact direct avec les Kanak, les religieux français entreprennent un important travail de traduction des dialectes, tissant le premier lien entre la France et l'archipel mélanésien. A partir de 1844 les marins français se succèdent et c'est finalement le 24 septembre 1853 que le contre-amiral Fébvrier-Despointes prend possession du territoire sur ordre de Napoléon III. La Nouvelle-Calédonie est désormais française, mais pour connaître un dessein bien particulier : le bagne.