3. Des initiales ouvragées à l'encre et à la plume

Plan du chapitre

Des initiales ouvragées à l'encre et à la plume

À partir du XIVe siècle, le greffier de la Cour (ou l’un de ses clercs) commence à agrémenter l’initiale débutant l’arrêt qu’il recense de petits dessins, souvent des visages ou des profils, ou bien il se contente d’accentuer à l’encre les majuscules débutant l’acte.

Au fil du temps, les dessins deviennent plus ouvragés et plus esthétiques, soulignent par exemple avec faste l’ouverture de la session du Parlement à la Saint-Martin d’hiver (12 nov.) et ornent avec élégance et virtuosité la première lettre de certains arrêts. Ces décors sont parsemés de manière aléatoire dans les registres, ils sont liés au goût du greffier pour l’ornementation et aussi surtout à son habileté et à la formation qu’il a pu acquérir, au sujet de laquelle on ne peut avancer que des hypothèses.

Appropriation d’une iconographie existante, celle de la mémoire du roi

L’examen des images rencontrées au fil des registres de la Cour de Parlement nous oriente vers une similitude avec le décor qui fut celui des chartes royales ornées contenues au Trésor des chartes des rois de France, fonds conservé aux Archives nationales (série J). Cette mémoire du roi, ornée de splendides décors, a été mise en valeur par le conservateur en chef responsable de ce fonds, M. Ghislain Brunel, qui a publié un remarquable ouvrage illustré des plus belles chartes médiévales (Images du pouvoir royal. Les chartes décorées des Archives nationales XIIIe-XVe siècle, Somogy éditions d’art, 2005). Laissons lui donc la parole :

« Le fonds du Trésor des chartes recèle de très beaux exemplaires de chartes royales ornées : en effet, en quelques circonstances exceptionnelles, les actes du gouvernement royal recevaient une décoration qui marquait l’intérêt du souverain pour le bénéficiaire de sa faveur ou qui signalait à la postérité l’importance d’une décision. Il arrivait également au roi de parer ses textes d’images pour célébrer un événement politique ou personnel qui n’avait pas de lien direct avec sa décision mais dont il voulait garder trace à cette occasion. Selon les cas, la chancellerie élaborait des images qui glorifiaient les emblèmes et les insignes de la dynastie, qui portraituraient le roi ou le mettaient en scène avec les destinataires du texte, qui rappelaient les moments forts de la vie princière (la chasse, par exemple) ; il arrivait aussi qu’on laissât les artistes donner libre cours à leur imagination, dans des limites raisonnables ou dans les espaces marginaux de l’illustration. Les chartes décorées ajoutent la valeur de l’imaginaire à la force du sens et de la raison. Le règne de Philippe VI de Valois (1328-1350) fut une étape décisive du processus de diffusion de l’illustration dans les actes royaux. Son petit-fils Charles V (1364-1380), poursuivit l’œuvre fondatrice du premier Valois. Son règne constitua une sorte d’apogée du phénomène, par la quantité et par l’esthétique des chartes ornées élaborées par sa chancellerie. Cette mode fut suivie par les diverses instances de l’administration royale, notamment par la Cour de justice souveraine, le Parlement. Elles s’approprièrent l’iconographie existante et l’adaptèrent à leurs besoins ».

Les deux chancelleries, celle du roi et celle du Parlement, entretenaient d’étroites relations ; les premiers greffiers du Parlement travaillaient aussi parfois pour la chancellerie royale. Il est probable que leur formation artistique ait été commune, dispensée dans les ateliers d’enlumineurs si nombreux à Paris au Moyen Âge. M. Brunel a démontré que certains enlumineurs ont illustré aussi des chartes royales ; leur savoir et leurs techniques ont pu se diffuser jusqu’à la chancellerie du Parlement car on ne peut que remarquer une similitude frappante de style et de thèmes entre le décor des chartes et celui des registres de la Cour, même si le décor des chartes est beaucoup plus somptueux et témoigne d’une virtuosité sans égale.

Les lettres ornées des registres d’arrêts de la cour de Parlement, mémoire du droit

Dans les archives du Parlement, les lettres décorées se rencontrent dès le début du XIVe siècle, parsemant les folios des registres civils et criminels de manière aléatoire selon l’imagination et le talent des scribes. Les initiales décorées qui débutent les arrêts sont répétitives : ce sont par exemple les A de Arresta, les C de Cum, les L de Lis.

Les motifs décoratifs d’inspiration très variée sont la fleur de lys, les feuillages, feuilles de chêne notamment, les perles, les torsades et cadelures, les animaux familiers ou légendaires, les visages barbus, hirsutes et grotesques. Il ne paraît pas possible d’établir de relation entre ce décor et le contenu de l’acte judiciaire qui révèle un contentieux courant et banal comme, par exemple, un litige entre deux candidats à la collation d’un bénéfice ecclésiastique, un paiement de rente, ou encore un litige successoral. Le greffier donne libre cours à sa fantaisie, voire à ses facéties.

Lys capétien et poisson valois

À l'époque de Charles V, le début des arrêts est agrémenté d'initiales et de lettrines ornées de fleurs de lys – symbole royal introduit dans le décor des chartes en 1304 par Philippe IV le Bel – et de poissons, avec ou sans nageoires, introduits dans le décor des chartes sous Jean II le Bon.

Cliché n° 2 : Initiale I au poisson fleurdelisé et avec trois nageoires. Demi-fleur de lys latérale. Terminaison en fouet. Ligature avec le S de la seconde ligne. (In nomine…).

Sous Charles V et Charles VI, les registres du Parlement contribuent à la banalisation d’une iconographie testée à la chancellerie royale. Le plus bel exemple en est sans doute l'initiale fleurdelisée en forme de poisson, symbole chrétien, avec ou sans nageoires (clichés n° 1 et 2-1380). Elle est la descendante de l’initiale J (= I) du nom du roi Jean II le Bon (1350-1364), qui crée ce type au poisson avant même d’accéder au trône, lorsqu’il n’était que duc de Normandie. À noter aussi le masque hirsute tirant trois langues, qui forme le bas de cette initiale au poisson (cliché n° 1), ces visages hirsutes étant un classique des chartes des rois de France dès 1300.

L’usage de la demi-fleur de lys lui était couramment associé, usage adopté aussi par le greffier du Parlement (cliché n° 2).

Cliché n° 3 : Initiale A au poisson avec nageoires dorsales, décorée de feuilles de chêne et d’un décor perlé. (Arresta pictavis…).

La banalisation du poisson comme corps de lettre ou comme jambage d’attaque d’une initiale est acquise dès le XIVe siècle à la chancellerie royale ; le Parlement ne pouvait pas y échapper (cliché n° 3-1435). Les feuilles de chêne sont un classique des Valois.

Cadelures et entrelacs

Les clichés n° 4 à 11 sont typiques de l’évolution des styles décoratifs des chartes royales à partir de 1400 : les scribes utilisent les cadelures, traits à l’encre noire découpant les lettres en petits ornements, ce qui leur permet de laisser libre cours à leur fantaisie. Ces motifs ornementaux sont utilisés par les scribes du Parlement dès le début du XVe siècle. Elizabeth Danbury nous apprend qu’en Angleterre, à partir de 1430, certaines lettres de la titulature royale sont « enrichies d’entrelacs, de traits entrecroisés à la plume connus sous le nom de « cadeaux » ou « cadelures » et qu’elles sont l’œuvre des clercs de chancellerie eux-mêmes. Elle ajoute que ce motif est originaire d’Europe du Nord, probablement de France, et que son usage s’est répandu dans toute l’Europe à la fin du XVe siècle. Les cadelures décoraient aussi les archives des cours de justice centrales en Angleterre. Ce motif a donc connu un succès certain en France et en Angleterre pour l’ornementation des archives, tant royales que judiciaires.

Cliché n° 8 : Initiale C cadelée et ornée de motifs végétaux, floraux, de vrilles et de perles. Dans la marge de l’arrêt figure une caricature qui pourrait être celle de Jean Bouhale, maître-écolâtre du chapitre cathédral d’Angers et partie principale au procès. La tête d’un animal est aussi dessinée, sans doute un petit chien. (Cum dilectus nobis…).

La veine grotesque

L’initiale qui débute un arrêt est parfois ornée d’un visage, réaliste ou caricatural et grotesque. Trois exemples sont présentés ici, (clichés n° 12 à 14) trois K de Karolus ; on notera les deux longs visages barbus accrochés le long du jambage initial du K d’un registre du temps de Charles VI (cliché n° 13-1391) et qui apparaissent sur les actes royaux de la fin du règne de Charles V (1378-1380). Ornée de feuilles de chêne tracées à gros traits, et qui constituent un végétal classique des actes des Valois après 1360, cette initiale se situe donc bien dans la tradition de la chancellerie royale. Le dernier K est typiquement un visage grotesque jouant de la flûte (cliché n° 14).

Cliché n° 15 : Initiale K comportant une accumulation de motifs : torsades et cadelures terminées d’un visage ; dans le jambage du K, un poisson et deux visages barbus ; la boucle du K est figurée par deux poissons aux larges nageoires tandis qu’un profil grotesque en remplit la panse.

Cette veine grotesque qui avait débuté à la chancellerie royale dans les années 1300 avant de s’épanouir sous le règne de Charles V est reprise à plaisir par les scribes dessinateurs du Parlement comme en témoignent encore les quatre images suivantes (n° 16 à 19), du milieu du XVe siècle au début du XVIe siècle.

Portraits et bestiaire

Certaines initiales comportent à la fois le dessin d’un visage inclus dans la panse de la lettre et celui d’animaux familiers ou appartenant à un bestiaire légendaire. Le greffier de 1339 (clichés n° 20 à 24) reprend à plaisir l’insertion du visage humain (de profil, de face ou de trois-quarts) dans les lettres et dessine aussi des animaux hybrides et légendaires tels les dragons ailés, reconnaissables à leurs longues oreilles, à leur museau et leurs pattes, seuls ou en couple. Apparaissant sur une charte de Philippe VI en 1337, le décor des dragons trouve ici son prolongement immédiat dans l’écrit de la plus haute Cour de justice du royaume. Il prendra une ampleur considérable dans le décor des chartes de Charles V (1364-1380).

Cliché n° 21 : Initiale C avec un portrait de trois quarts dans la panse de la lettre, un poisson dans le jambage. Latéralement, un chien de chasse est affronté à un dragon à ailes d’oiseau et longues oreilles. (Cum nuper…)

(Le Parlement en appel confirme la sentence de l’évêque de Paris condamnant Michel le Saunier à faire tracer à ses frais un sillon entre sa vigne et celle de son voisin).

Cliché n° 23 : Initiale C avec un quadrillage de remplissage, un joueur de tambourin et en bas un animal hybride à ailes et serres d’oiseau se terminant par une tête de lapin. À gauche du jambage, dessin d’un profil. (Cum nuper Guillermus…)

(Le Parlement confirme la sentence du bailli de Vermandois déboutant Guillaume de sa demande de remboursement de dépens).

Le thème du dragon

Le dragon peuple les bestiaires de toutes les civilisations ; connu dès l’Antiquité, Pline l’Ancien fait une description très précise de sa morphologie et de son mode de vie ; l’Égypte aussi a ses dragons et les dragons célestes d’Extrême Orient sont connus en Occident dès l’époque mérovingienne. En Occident, l’origine du dragon est probablement celtique. Ce mythe païen est récupéré par la culture chrétienne à l’époque mérovingienne qui en fait une bête diabolique crachant le feu de l’enfer et combattue par des saints. C’est une allégorie du mal, du diable, du paganisme. Au XIIIe siècle, saint Marcel est représenté au portail de Notre-Dame de Paris maîtrisant le dragon, c’est-à-dire le paganisme. Les chapiteaux des églises après les croisades offrent à voir des dragons d’inspiration orientale. L’oriflamme de l’empereur Otton de Brunswick arborait un aigle surmontant un dragon.

Dans les clichés précédents nous avons vu des dragons aquilins représentés au XIVe siècle. Au XVIe siècle on trouve encore l’écho, lointain et abâtardi, du motif du dragon dans un registre de 1518 (clichés n° 24 à 28) où le greffier, outre les dragons aquilins, y ajoute le motif des dragons à ailes de chauve-souris, qui décalque de surcroît un motif bien attesté en 1367 dans les chartes royales, celui des dragons enchevêtrés se mordant. De maléfique, le dragon est devenu ornemental.

Les phylactères

Parfois, en bas de page d’un registre, le greffier dessine un phylactère (clichés n° 28 à 30), sorte de ruban enroulé à la façon d’un parchemin et comportant une inscription : il s’agit des premiers mots de la page suivante, ce qui lui permet de ne pas perdre le fil de la recension et de faciliter l’archivage ultérieur.

Cliché n° 30 : Seu sentenciam precedentibus

Conséquence de son origine féodale de Curia regis, de Cour du roi, cour des vassaux et des prélats qui, en plus de juger souverainement, conseillait le souverain, le Parlement au Moyen Âge a gardé vocation à intervenir aussi dans les affaires générales du royaume à la demande du roi. Cette activité extrajudiciaire a été, elle aussi, consignée par les greffiers dans les registres du Conseil. Ils recensent les décisions prises par la Cour à l’issue des délibérations, mais aussi la relation par le greffier des événements politiques et guerriers qui jalonnent la vie du royaume ainsi que tout ce qui affecte la vie de la compagnie. Les marges des registres médiévaux sont parfois illustrées de croquis d’une facture simple et parfois un peu maladroite, en relation étroite avec l’acte ainsi mis en valeur.

Cliché n° 26 : Sous le dessin de la main, le greffier indique la teneur de cette décision prise au conseil du Parlement : de prerogativa presidente camere inquestarum (au sujet des prérogatives du président de la Chambre des enquêtes). Il s’agit en effet pour la Cour de régler une querelle de préséance entre le président de la Chambre des enquêtes et un conseiller de la Grand Chambre qui prétend siéger et s’asseoir au-dessus du président des enquêtes. Sur requête de ce dernier, la Cour décide en faveur du président de la Chambre des enquêtes.

L’alliance du texte et de l’image : les croquis marginaux des registres du Conseil

Après 1400, les greffiers du Parlement débordent le cadre strict du texte pour orner d’illustrations les marges des registres du Conseil (clichés n° 26 à 35). L’image prend dans ce cas une autre valeur. Elle sert de commentaire, elle signale et visualise l’information pour attirer l’attention du futur lecteur ou des collègues de travail qui sont appelés à manier le registre. Les scribes-dessinateurs sortent de la norme iconographique fondée sur la tradition séculaire des cours royales et n’hésitent plus à livrer leur opinion et leur interprétation des événements au sein de leur travail administratif, fait caractéristique du XVe siècle.

Les marges de ces registres comportent souvent des mains dessinées avec un index démesurément allongé qui pointe vers l’acte que veut isoler et désigner le scribe, soulignant ainsi son importance et nous incitant à le lire (cliché n° 26).

Cliché n° 27 : Le croquis marginal le plus célèbre est attribué au greffier civil Clément de Fauquembergue qui a brossé un « portrait » de Jeanne d'Arc en face de son récit très précis et vivant de la levée du siège d’Orléans le 10 mai 1429 (cliché n° 27). Cette représentation de Jeanne d’Arc est précieuse car c’est la seule réalisée de son vivant et elle est révélatrice par les choix que fait le greffier : elle est revêtue d’habits féminins élégants et coiffée de cheveux longs noués en tresse, mais c’est avant tout une combattante qui porte l’épée et brandit un étendard sur lequel flotte le nom de « Jhesus ». Par ce modeste croquis d’une dizaine de centimètres, le greffier du Parlement sait nous transmettre l’essentiel : Jeanne est une guerrière qui se bat au nom de Dieu.

Cliché n° 28 : Le dessin d’un moulin signale une poursuite intentée en 1420 par le procureur du roi à l’encontre des meuniers de Paris pour leurs exactions et abus commis au préjudice de la chose publique et en enfreignant les ordonnances royales et celles de la Cour. Ils sont condamnés à demander pardon en la Cour au procureur du roi et à aller, tenant des cierges allumés d’une livre de cire, par le Grand pont et le pont Notre-Dame à l’église de Paris où ils déposeront leurs cierges devant l’image de Notre-Dame.

Cliché n° 29 : L’abbaye royale de Saint-Denis illustre un acte de 1418 la concernant : il s’agit de lettres royaux patentes scellées mentionnant les droits, profits, rentes et revenus amortis cédés par le roi à l’abbaye de Saint-Denis. La lecture et l’enregistrement de ces lettres patentes sont demandés à la Cour mais l’avocat du roi Guillaume Le Tur les estime déraisonnables et préjudiciables au roi. Après avoir entendu le chancelier, la Cour décide néanmoins de les enregistrer, mais en enregistrant aussi l’opinion contraire de Le Tur.

Cliché n° 30 : Ce cliché représente un chanoine du chapitre cathédral de Reims. Un procès oppose les prévôt, doyen, chantre et chapitre à l’archevêque de Reims. Les chanoines prébendés, admonestés et excommuniés par l’archevêque, sont toutefois maintenus en saisine de leur prébende par la Cour. Sur le phylactère, notons l’inscription : revertimini ad judicium et quod justum est judicare (souviens toi du jugement et qu’il est juste de juger). « Souviens toi du jugement » est une citation biblique : Daniel, XIII, 49.

Cliché n° 32 : La couronne, emblème royal, indique ici le décès, le 31 août 1422, d’Henri V, roi d’Angleterre devenu régent de France en vertu du traité de Troyes signé en 1420 entre le roi anglais Henri V, d’une part et Charles VI, Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne d’autre part.

Cliché n° 34 : Marge de gauche du registre. Dans la marge, le greffier a écrit : de grapheris et hostiariis curie (au sujet des greffiers et des huissiers de la cour).

Le greffier Nicolas de Baye (ou l’un de ses clercs) s’est amusé à se représenter lui-même avec précision et élégance, dans l’exercice de son office, la plume à la main, dans la marge de gauche de son registre. Dans celle de droite, il dessine son collègue, l’huissier du Parlement. Ces deux dessins (clichés n° 34-35) illustrent parfaitement l’acte qu’ils encadrent qui concerne le statut, plus précisément la titulature, du greffier et de l’huissier du Parlement, cour souveraine du royaume, qui ont seuls le droit de porter ces titres, à l’exclusion des autres cours de justice. Ainsi en décide le premier président du Parlement, Henri de Marle.

Les registres d’ordonnances

Quant aux registres d'ordonnances qui consignent les actes royaux enregistrées par le Parlement, ils comportent aussi des initiales royales richement décorées comme le F cadelé présenté ici (cliché n° 36) agrémenté de torsades et prolongé d’un portrait qui, bien que dépourvu de couronne, pourrait être celui de François Ier.

L’iconographie des registres du Parlement, si on la met en regard de celles des chartes royales ornées, révèle que ses modèles sont issus de la chancellerie royale qui les lance et les teste, alors que la chancellerie du Parlement les imite, parfois immédiatement, ou avec un léger décalage dans le temps ; on assiste aussi à des reprises tardives comme le motif du dragon. En effet, les greffiers du Parlement, une fois un motif adopté, l’utilisent encore bien après que la chancellerie royale l’a abandonné : ainsi, le poisson, lié au seul règne de Jean II le Bon, est utilisé au Parlement du XIVe au XVIe siècle. Quant au dragon, emblématique du règne de Charles V, on le rencontre encore au Parlement au XVIe siècle, tout comme les cadelures qui connaissent une remarquable longévité.

Révélatrice d’une possible formation commune des scribes des deux chancelleries, en tout cas d’un partage de leurs idées et de leurs croquis, l’iconographie cachée et largement inconnue des registres de la Cour souveraine du royaume s’inscrit dans la plus pure tradition royale. La mémoire du roi conservée au Trésor des chartes et dotée de somptueux décors inspire la mémoire du droit et de la justice, mais plus sobrement. L’image au Moyen Âge, qu’elle soit inscrite dans la pierre ou sur le parchemin, est omniprésente ; elle a valeur de témoignage. À l’instar de l’écrit, elle est le vecteur d’une transmission de l’information par delà les siècles, et donc d’une communication entre passé et présent.

Monique Morgat-Bonnet, Ingénieur au CNRS (Institut d’Histoire du Droit/CEHJ).

Continuer la visite de l'exposition Plume de greffier. La Lettre et l'Image dans les archives du Parlement de Paris