Quant aux registres d'ordonnances qui consignent les actes royaux enregistrées par le Parlement, ils comportent aussi des initiales royales richement décorées comme le F cadelé présenté ici (cliché n° 36) agrémenté de torsades et prolongé d’un portrait qui, bien que dépourvu de couronne, pourrait être celui de François Ier.
L’iconographie des registres du Parlement, si on la met en regard de celles des chartes royales ornées, révèle que ses modèles sont issus de la chancellerie royale qui les lance et les teste, alors que la chancellerie du Parlement les imite, parfois immédiatement, ou avec un léger décalage dans le temps ; on assiste aussi à des reprises tardives comme le motif du dragon. En effet, les greffiers du Parlement, une fois un motif adopté, l’utilisent encore bien après que la chancellerie royale l’a abandonné : ainsi, le poisson, lié au seul règne de Jean II le Bon, est utilisé au Parlement du XIVe au XVIe siècle. Quant au dragon, emblématique du règne de Charles V, on le rencontre encore au Parlement au XVIe siècle, tout comme les cadelures qui connaissent une remarquable longévité.
Révélatrice d’une possible formation commune des scribes des deux chancelleries, en tout cas d’un partage de leurs idées et de leurs croquis, l’iconographie cachée et largement inconnue des registres de la Cour souveraine du royaume s’inscrit dans la plus pure tradition royale. La mémoire du roi conservée au Trésor des chartes et dotée de somptueux décors inspire la mémoire du droit et de la justice, mais plus sobrement. L’image au Moyen Âge, qu’elle soit inscrite dans la pierre ou sur le parchemin, est omniprésente ; elle a valeur de témoignage. À l’instar de l’écrit, elle est le vecteur d’une transmission de l’information par delà les siècles, et donc d’une communication entre passé et présent.
Monique Morgat-Bonnet, Ingénieur au CNRS (Institut d’Histoire du Droit/CEHJ).