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L'affaire Marie Besnard

Benoît Heurtebize

Photographie de Marie Besnard lors de son premier procès à Poitiers le 20 février 1952 (collection Philippe Zoummeroff/Criminocorpus)

« Marie Besnard appartient à l’histoire de la justice. Elle y occupe une place à part. On ne saurait la classer parmi les grandes criminelles. On ne peut davantage la ranger parmi les victimes des erreurs judiciaires. Marie Besnard est une énigme. Elle ne taisait peut-être aucun secret inavouable, mais on en doutera toujours. Elle a été la vedette ou l’objet, l’héroïne ou le prétexte de la plus extravagante querelle que des hommes de science n’aient jamais tenue dans un prétoire[1]. »

            Au panthéon des grandes affaires judiciaires du XXe siècle, le cas de Marie Besnard s’impose par le caractère exceptionnel d’une procédure qui mit à l’épreuve la société française de l’après-guerre. De 1949 à 1961, l’affaire se déploie au rythme d’une instruction interminable et de trois procès successifs dont les rebondissements déplacent sans cesse les enjeux et ébranlent les certitudes initiales. Jamais pleinement élucidée, elle conserve, hier comme aujourd’hui, une part irréductible d’ambiguïté. Pourtant, à en juger sa médiatisation au moment des faits, le dossier comme la figure de l’accusée connaissent une véritable transfiguration : le « plus abominable des monstres[2] » à l’aube de son premier procès, Marie Besnard est finalement acquittée et progressivement réhabilitée, sous la plume des journalistes, en figure d’une innocence retrouvée. Un tel retournement construit médiatiquement qui ne fut sans doute pas partagé unanimement par les contemporains, mais montre avec force la métamorphose d’une affaire judiciaire.

Le quotidien bouleversé

            Née le 15 août 1896 à Saint-Pierre-de-Maillé (Vienne), Marie Davaillaud, grandit dans un milieu paysan, au sein d’un univers structuré par le travail et la piété. D’abord ordinaire et comparable à celle des autres jeunes filles, son enfance est brusquement perturbée à l’âge de douze ans, lorsque ses parents mettent fin à sa scolarité et l’astreignent aux travaux agricoles. Veuve d’un premier mariage avec son cousin germain Auguste Antigny, décédé en 1927, elle rencontre Léon Besnard qu’elle épouse en 1929. Installé à Loudun (Vienne), le couple mène une existence aisée de propriétaires respectés, portée par les héritages et la position sociale de Léon Besnard, non sans susciter certaines jalousies. Toutefois, cet équilibre apparent se fissure à compter de l’automne 1947. Le 16 octobre, à la suite d’un repas chez leurs ami⸱e⸱s les Barraudon, Léon Besnard est saisi de violents vomissements au point d’en mourir, quelques jours plus tard, officiellement d’une crise d’urémie. Pourtant, des soupçons émergent rapidement : une proche du couple, Louise Pintou, affirme avoir recueilli, au chevet du mourant, des accusations d’empoisonnement visant son épouse. Ces paroles, relayés dans l’entourage, trouvent un écho auprès d’Auguste Massip, notable local, qui alerte aussitôt le procureur de la République. L’affaire semble pourtant s’éteindre : le témoignage de Louise Pintou est rétracté et l’enquête officieuse abandonnée. Mais le soupçon, lui, persiste et nourrit durablement la rumeur publique. Les deux années suivantes voient ressurgir les accusations à la faveur de nouveaux incidents : l’incendie du château d’Auguste Massip en 1948, puis le cambriolage du domicile de Mme Pintou en 1949. Dans l’opinion locale, ces événements sont volontiers interprétés comme des représailles de Marie Besnard. L’enquête judiciaire relative à l’incendie demeure sans suite, mais celle ouverte après le cambriolage prend une tournure inattendue. Les procès-verbaux accordent une place croissante aux rumeurs locales, s’éloignant pas à pas du délit au profit d’une hypothèse d’un crime plus grave. L’inspecteur Pierre Normand, chargé du dossier, entreprend alors de vérifier ces vieilles accusations. À mesure que les témoignages s’accumulent et que les soupçons se précisent, l’affaire quitte le registre officieux. Le 9 mai 1949, elle est confiée au juge d’instruction Pierre Roger : l’entrée dans la phase judiciaire marque le véritable point de départ de l’affaire Besnard[3].

L’affaire en instruction : l’ombre d’une coupable ?

« À la suite de rumeurs tendant à faire croire qu’un habitant de Loudun, M. Besnard, serait mort en 1947 dans des conditions très suspectes (certaines personnes vont même jusqu’à déclarer que cette personne a été empoisonnée), le juge d’instruction de Poitiers et la Police judiciaire ont été saisis de l’affaire[4]. »

            D’abord discrète, l’affaire n’est évoquée que par quelques journaux locaux, qui la traitent comme un simple fait divers sans réelle ambition de s’installer dans l’espace médiatique. Pourtant l’enquête judiciaire s’accélère et laisse entrevoir une procédure longue et complexe. Entre mai et juillet 1949, les procès-verbaux et les commissions rogatoires, dont la première ordonne l’expertise toxicologique du corps de Léon Besnard. Le docteur Béroud, en charge des analyses, relève une forte concentration d’arsenic et conclut sans ambiguïté à un empoisonnement. Dans le même temps, les enquêteurs, sous l’impulsion du commissaire Michel Nocquet et de l’inspecteur Normand, élargissent leurs investigations à d’autres décès suspects survenus dans l’entourage de l’accusée. Plusieurs exhumations sont pratiquées et à chaque analyse, l’arsenic réapparaît. Le 21 juillet 1949, Marie Besnard est inculpée pour l’empoisonnement de son mari et de plusieurs proches. L’affaire change alors d’échelle : elle quitte le cadre local pour se heurter à la presse nationale qui s’en empare avec passion, au point d’en faire une affaire hors norme. « Une Brinvilliers à Loudun[5] », titre l’Aurore, tandis que France-Soir évoque une histoire digne d’un roman de Balzac : « Marie Besnard, Corbeau de Loudun, serait aussi championne de l’arsenic. Elle aurait empoisonné 8 personnes dont son mari. Arrêté, elle est également soupçonnée de cambriolage et d’incendie[6]. »

La phase d’instruction, qui se prolonge jusqu’en 1951, fait l’objet d’une attention soutenue de la presse. L’enquête piétine et certains journaux franchissent le strict cadre des faits établis pour proposer leurs interprétations, scrutant avec minutie la vie de l’accusée et contribuant à façonner un récit qui dépasse l’enquête judiciaire elle-même. Peu à peu, un faisceau d’indices se constitue et, pour une large part de l’opinion, la culpabilité de Marie Besnard semble acquise. Pour les enquêteurs comme pour les journalistes, le mobile financier apparaît central : à chaque décès, le couple Besnard hérite, Marie Besnard semblant parvenir à s’inscrire dans les testaments des défunts. Mais à cette dimension matérielle s’ajoute un registre plus intime : la relation supposée entre l’accusée et Alfred Dietz, ancien prisonnier de guerre allemand employé chez les Besnard depuis 1947. De surcroît aux mobiles, le poids de l’intime conviction s’impose à partir d’un ensemble d’indices hétérogènes versés au dossier, tels que des lettres anonymes et d’aveux, saisis en détention par ces codétenues.  Soumis à l’expertise d’Edmond Locard, célèbre figure de la science criminalistique, ces écrits sont attribués à Marie Besnard. Dans le même temps, l’autorité de la toxicologie confère un poids décisif à l’accusation : au terme de l’instruction, treize victimes sont évoquées, parmi lesquelles figurent ses propres parents. L’accumulation d’indices, amplifiée par un récit médiatique de plus en plus sombre, finit par façonner le portrait moral accablant d’une femme décrite comme calculatrice, perverse et sans scrupules. Elle en vient à incarner tour à tour la figure de l’empoisonneuse, de la profiteuse de l’après-guerre, de la collaboratrice, voire, par moments, celle d’un véritable monstre :

« Marie Besnard serait donc une perverse, une malade. C’est affreux ce que cette a femme a pu faire. Tellement affreux de tuer son père, sa mère, de tuer les deux maris qu’on en arrive à douter de la raison de cette femme[7]. »

En 1952, à l’approche du procès, le spectre de la guillotine semble déjà se profiler au-dessus de Marie Besnard, devenue en trois années la figure même de la coupable idéale. Cette conviction, largement partagée, imprègne jusqu’à l’instruction : le juge Pierre Roger refuse la contre-expertise sollicitée par la défense en 1950. Pourtant, certaines fragilités du dossier demeurent, reléguées à l’arrière-plan par le traitement médiatique : aucune preuve formelle de détention d’arsenic - sinon des produits agricoles retrouvé dans une ferme des Besnard - la possible contamination des corps par un sol naturellement chargé en arsenic, ainsi que l’état de décomposition avancé des cadavres, parfois ancien de plusieurs années.

Devant les assises : l’affaire en déroute

Le procès de Marie Besnard, dont la première audience s’ouvre le 20 février 1952 à Poitiers, suscite une attente considérable. L’affaire a depuis longtemps franchi les frontières nationales, attirant des journalistes venus de différentes régions du monde. Après des années d’exposition médiatique et de fantasmes, l’accusée apparaît enfin publiquement : décrite avec précision par la presse, elle surprend autant qu’elle fascine, silhouette sombre, vêtue de noir et coiffée de son voile de veuve.

Les premières audiences sont consacrées aux expertises toxicologiques du docteur Béroud, pilier de l’accusation. Mais très vite, ce qui semblait acquis vacille. Dès le 23 février, l’affaire prend un tournant inattendu : l’expertise est contestée, révélant de graves irrégularités dans le dossier - analyses défaillantes, pièces manquantes, bocaux mal scellés lors de leur transfert vers Marseille, etc. La crédibilité de l’accusation s’effondre, au même titre que la certitude d’un verdict que beaucoup pensaient déjà arrêté. L’épisode spectaculaire au cours duquel le docteur Béroud, affirmant pouvoir reconnaître à l’œil nu la présence d’arsenic, se trompe face aux éprouvettes présentées par Maître Gautrat, ruine l’autorité scientifique. Le 27 février 1952, le procès est renvoyé, faute de preuves suffisantes et dans l’attente de nouvelles expertises toxicologiques, avant même l’audition des témoins. En quelques jours, l’affaire change de nature, dépassant le seul cas de l’accusée : elle vient mettre en cause les fondements mêmes de la justice pénale, en particulier la fiabilité des expertises toxicologiques, désormais au cœur du débat.

« L’audience est levée en même temps que se dresse devant nous le spectre de l’insécurité de la justice. Le scandale de ces expertises dépasse le cas de Marie Besnard, dont nous ne savons pas encore, si elle est innocente ou coupable, d’un ou de plusieurs crimes. Ce qui importe, ce soir, c’est de comprendre tout à coup que la vie, la liberté d’innocents peut se jouer sur des appréciations d’une criminelle inconséquence[8]. »   

Pour la justice comme pour les médias, il ne s’agit plus seulement d’établir la culpabilité de Marie Besnard, mais de déterminer si la science permet encore de fonder une condamnation. La question de l’expertise devient centrale, dans une France d’après-guerre où la science est une auxiliaire de la justice censée incarner une autorité incontestable. De nouveaux experts sont convoqués - Favre, Kohn-Abrest et Griffon, ainsi que le médecin légiste Piedelièvre, des autorités importantes des années 1950 - afin d’évaluer la fiabilité des précédentes analyses. Les résultats des chimistes sont formels : « La terre du cimetière de Loudun n'abandonne pas d'arsenic aux eaux de ruissellement et de circulation[9]. » Le rapport de M. Piedelièvre[10] quant à lui souligne l’impossibilité d’atteindre une certitude judiciaire, mais le second procès s’ouvre malgré tout à Bordeaux, le 15 mars 1954, après le dépaysement de l’affaire.

Les premières audiences commencent par les témoignages oraux, absents du premier procès. Très vite, leur fragilité apparaît : contradictions, exagérations et règlement de compte locaux affleurent. L’affaire révèle alors un climat de rivalités et de jalousies, propre à un monde rural qui est mis sur le devant de la scène. Sous la plume des journalistes, toujours attentifs aux audiences, les témoignages se disloquent, contribuant à discréditer l’accusation et à susciter un profond malaise. Le cas d’Auguste Massip en offre l’illustration la plus frappante : principal accusateur, il voit sa déposition tournée en dérision à la barre, jusqu’à être expulsé de l’audience par le président.

« Comme sous le coup d'une baguette magique, le silence est tombé. On réalise que cette mascarade s'est produite dans une enceinte de justice. Un sentiment insupportable de honte envahit chacun à l'idée que l'affaire Marie Besnard est née du cerveau d'un homme dont la place est dans une maison de santé[11]. »

Peu à peu, l’émotion dominante devient l’indignation. Au-delà des certitudes scientifiques, c’est l’ensemble de l’instruction qui est remis en cause : depuis la fragilité des témoignages oraux jusqu’aux méthodes d’enquêtes contestées, en passant par des aveux jugés obtenus dans des conditions discutables et le refus initial d’une contre-expertise par le juge d’instruction Roger. Le procès dépasse alors la seule personne de Marie Besnard pour devenir une mise à l’épreuve du fonctionnement judiciaire lui-même, faisant écho à d’autres grandes affaires des années 1950, telles que Marty, Dominici ou Guillou.

Après une longue semaine de témoignage du Tout-Loudun, la cour d’assises devient de nouveau le théâtre d’un affrontement scientifique. Les débats, dominés par les experts, prennent l’allure d’un véritable cours de toxicologie. Mais là encore, les certitudes vacillent, les conclusions des experts de l’accusation sont contestées par la défense, qui mobilise des contre-experts géologues, M. Lepeintre, Olivier et Kelling, dont les analyses tendent à accréditer l’hypothèse d’une contamination naturelle des corps par l’arsenic du sol. Finalement, après plusieurs semaines de débats, le procès est de nouveau renvoyé, le 2 avril 1954, afin de poursuivre les investigations scientifiques. L’affaire Marie Besnard devient à la fois un révélateur des limites de la science judiciaire, mais également un prétexte pour parvenir à une explication rationnelle des faits. Sous la pression d’une opinion désormais plus critique, la justice accorde à Marie Besnard la liberté provisoire. Initialement assortie d’une caution de 1 200 000 francs, celle-ci est finalement levée, alors même que certaines personnalités, telles que le chanteur Charles Trenet, s’étaient déclarées prêtes à payer le montant. Le 13 avril 1954, Marie Besnard quitte la prison de Bordeaux, le sourire aux lèvres, pour se retirer quelque temps au couvent des sœurs d’Angles, tandis que l’image de la coupable semble, peu à peu, s’effacer.

Le chemin de l’acquittement

Si le second procès est ajourné, la justice ne renonce pas pour autant à établir la vérité et ordonne de nouvelles expertises. Celles-ci visent à réévaluer les analyses antérieures tout en reprenant l’enquête sur des bases renouvelées, notamment à partir de nouvelles exhumations. L’affaire prend alors un caractère exceptionnel par l’ampleur des moyens mobilisés : aux chimistes succèdent bactériologistes, géologues et autres spécialistes, jusqu’à des maquettistes chargés de reconstituer le cimetière de Loudun. Certaines pratiques autorisées exceptionnelle dans le cadre de l’enquête, suscitent des débats, comme l’exhumation de cadavres-témoins ou les expérimentations conduites sur des animaux afin d’étudier les processus de contamination.  Ces investigations, longues et complexes, se prolongent jusqu’en 1960, non sans entrer en tension avec les exigences nouvelles du Code de procédure pénale en matière d’expertise. Le 12 juillet 1960, le rapport des « super-experts » - M. Savel, Lemoigne et Truhaut - est enfin déposé. Dense de 150 pages, il conclut à nouveau à charge contre Marie Besnard. Destiné à demeurer confidentiel, il est pourtant rapidement divulgué dans la presse, où il est accueilli avec une certaine réserve, dans un contexte où les médias semblent déjà s’être détournée de l’accusation.

Entre 1954 à 1960, Marie Besnard est revenue vivre à Loudun, tandis que la couverture médiatique, moins abondante, évolue drastiquement. Celle que l’on présentait naguère comme une terrible empoisonneuse tend désormais à être décrite comme une femme ordinaire et réintégrée dans la vie locale. Les journalistes viennent régulièrement à sa rencontre reconstruisant le nouveau visage de l’accusée. À travers des scènes de vie quotidienne, ils déconstruisent le stigmate qui pesait sur elle : Marie Besnard apparaît désormais sous les traits d’une femme souriante et généreuse, caressant son chien, tenant un enfant dans ses bras et offrant par son apparence même, un contraste avec les représentations antérieures. Sans faire certainement l’unanimité, cette évolution laisse apparaître néanmoins, dans le discours médiatique, une figure largement réhabilitée, sinon déjà acquittée symboliquement. Certains journalistes prennent ouvertement position, à l’instar de Marcel Haedrich : « Ce visage bouleversant, c’est Marie Besnard. Je veux vous convaincre de son innocence[12]. »  Sans doute que cette inflexion a été renforcée par son passage à l’émission Cinq colonnes à la Une le 6 mars 1959, au cours de laquelle l’entretien mené par François Chalais a convaincu de l’innocence de cette femme des observateurs aussi influents que François Mauriac par exemple.

À l’ouverture du troisième procès, le 20 novembre 1961, l’indignation ne faiblit pas : elle demeure et s’amplifie dans les médias. Les grands chroniqueurs judiciaires - Madeleine Jacob, Frédéric Pottecher, Jean-Marc Théolleyre ou encore Pierre Scize – adoptent un ton plus grave en déplaçant le regard vers le terrain du droit et de la morale. Les irrégularités d’une procédure apparaissent désormais comme ayant profondément altéré l’accusée, transformée en une femme fragilisée marquée par l’épreuve carcérale, au-delà même de l’issue judiciaire. Les hypothèses d’hier, sous leur plume, tendent à se muer en certitudes, jusqu’à en proposer une lecture renouvelée de chaque fait : « Il faut bien convenir que Marie, désaxée, était entièrement entre les mains de ces moutons que nous savons et lui faisaient faire, dire et écrire n'importe quoi. Elle était hypnotisée par ses codétenues[13]. »

Au terme de deux semaines de débats intenses, qui reprennent et amplifient les lignes de fracture déjà perceptibles lors des procès précédents, l’accusation apparaît cette fois irrémédiablement disqualifiée. La principale accusatrice, Mme Pintou, en vient à exprimer ses doutes, tandis que le champ scientifique n’est plus seulement contesté par la défense, mais par le Président de la cour Nussy-Saint-Saëns qui n’hésite pas à dénoncer la fragilité du rapport du professeur Griffon, entaché d’approximations : « Un rapport comme le vôtre laisse une impression désagréable[14]. » Le 13 décembre 1961, après un réquisitoire de l’avocat général décrié, la cour prononce l’acquittement de Marie Besnard. Cette décision vient clore une procédure de douze années, au cours de laquelle la justice, soucieuse de préserver son autorité autant que de rétablir l’ordre social, aura été constamment mise à l’épreuve.

À l’issue de ce dernier procès, Marie Besnard se retire peu à peu de la scène publique. Elle redevient en apparence une femme ordinaire, tout en accédant à une forme d’émancipation singulière dans les années 1960 : désormais lettrée, elle rédige et signe ses mémoires - qui rencontrent un succès inattendu jusqu’au Japon - en plein cœur de Paris, refermant ainsi le chapitre de cette longue épreuve.

 

[1] France-Soir, 16 février 1980, p. 8.

[2] France-Soir, 21 février 1952, p. 4.

[3] Les sources relatives à la phase d’enquête judiciaire sont consultables aux Archives départementales de la Gironde, sous les cotes 79 W 599 à 79 W 608.

[4] La Voix du Loudunais, 14 mai 1949, p. 4.

[5] L’Aurore, 23 juillet 1949, p. 5.

[6] France-Soir, 23 juillet 1949, p. 1.

[7] La Nouvelle République du Centre Ouest, 17 août 1949, p. 4.

[8] Libération, 23 février 1952, p. 3.

[9] 79 W 604, « Rapport d’expertise toxicologique », 23 janvier 1954, Archive départementale de la Gironde.

[10] 79 W 604, « Rapport d’expertise médico-légal », 29 janvier 1954, Archive départementale de la Gironde.

[11] Le Parisien libéré, 23 mars 1954, p. 10.

[12] Marie-Claire, 1 octobre 1960, p. 150.

[13] Libération, 21 novembre 1961, p. 8.

[14] France-Soir, 29 novembre 1961, p. 4