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Juger les crimes aujourd'hui

Le Palais de justice de Paris est doté de trois salles de cour d’assises. La plus grande, la cour d’assises n°1, fut construite par l’architecte Louis Joseph Duc comme le point d’aboutissement de sa nouvelle façade rue de Harlay et de l’imposant vestibule du même nom. Inaugurée en 1869, elle brûla dans l’incendie de la Commune du 24-25 mai 1871 et dut être reconstruite….  Depuis le début du siècle, de nombreux procès célèbres s’y sont déroulés ; on y accourrait comme au meilleur spectacle, après avoir grimpé les marches depuis la place Dauphine et puis monté encore l’escalier pour arriver devant deux lourdes portes ornées de têtes de Méduse.

« La justice, à présent, n’entend plus se montrer aisément accessible à chacun, tout comme elle n’accepte plus, à l’inverse de la justice médiévale, de dévoiler ses fragilités et ses doutes. Elle ne lie plus l’image de sa légitimité à la responsabilité des juges et, si elle affirme sa mission de scruter toujours la société, elle ne prétend plus que ce regard lui soit renvoyé. Sur les pourtours du temple fleurissent les boucliers de Persée à la tête de Méduse, qui passait pour pétrifier quiconque la regardait. Symbole ô combien révélateur ! Le justiciable, la justice prétend le méduser.[1] »

Éclairée par sept hautes fenêtres d’un côté, et décorée de l’autre d’une peinture de Pelletier, les parties basses de la grande salle d’audience sont recouvertes de lambris de chêne et ornées de nombreux symboles judiciaires. Ses volumes sont aujourd’hui transformés par l’installation d’un dispositif de sécurité en verre autour du box des accusés.


[1] R. JACOB, « La justice, ses demeures et ses symboles – Perspective historique », Archicrée, vol. 48, 1995, Dossier « Construire pour la justice », p. 50.

Pour rendre compte de la complexité des histoires, des savoirs, des pratiques et des imaginaires qui s’entrecroisent dans un tribunal ou une Cour d’Assises, nous avons privilégié une approche pluridisciplinaire, la mutualisation des apprentissages et des compétences, le travail sur des sources variées ou inédites, les témoignages des acteurs de la justice, l’enrichissement progressif.
Les contenus ont été organisés en quatre rubriques dans le souci d’écrire pour un lectorat ouvert et de concilier valeur scientifique et clarté.
- Palais de justice : la première visite virtuelle du Palais de justice de Paris librement accessible, des visites thématiques avec des historiens, des conservateurs, des archivistes, une collection de sources variées sur l’histoire et l’architecture du Palais de la Cité, des lectures ;
- Cour d’Assises : les témoignages vidéo des praticiens (président, assesseur, avocat général, juré, avocat, journaliste, dessinateur d’audience) sur les étapes du procès, le rôle et le regard de chacun.
- Grands procès : affaires criminelles ordinaires ou « justice d’exception », ce module rassemble des contributions d’historiens, des sources variées (estampes et dessins, plans, photographies, archives de presse, archives audiovisuelles) et propose des outils de recherche (compte-rendu d’audience).
- Droit pénal : un module pédagogique sur le droit et la procédure pénale pour mieux comprendre cette scène sur laquelle, depuis deux siècles, on rend justice « au nom du peuple français ».
« Au tribunal » est le résultat d’un projet collectif qui a mobilisé une quarantaine de contributeurs de différentes institutions judiciaires, universitaires et culturelles, et près de 150 étudiants de licence et master. Il sera enrichi progressivement.
Nous tenons à remercier tous les contributeurs qui ont mis au service de ce projet leurs compétences et leurs sensibilités. Nous saluons tout particulièrement les magistrats de la cour d’assises de Paris qui, malgré un contexte très contraignant ont participé avec bienveillance aux entretiens et éclairé de leurs récits une réalité judiciaire largement méconnue. Nous remercions tous les dessinateurs, et notamment Noëlle Herrenschmidt et Sylvie Guillot qui nous ont autorisé à mettre leur talent au service d’une écriture numérique qui voudrait donner accès à une histoire judiciaire complexe, souvent déformée par nos idées reçues, mais profondément humaine.

Hélène Bellanger et Marc Renneville