D’après le Droit international humanitaire, le combattant est un individu autorisé à utiliser la force dans le cadre d’un conflit armé. Au contraire, le non-combattant qualifie celui qui ne participe pas ou ne participe plus au combat. Bien que la distinction soit théoriquement établie, des brouillage dans ces identités peuvent advenir. De l’Écorcherie (1435-1444) aux campagnes sur le front de l’Est (1941-1945), en passant par les sièges de l’époque moderne, il reste des traces des comportements violents entre combattants et non-combattants. Réquisitions, pillages, mais aussi contacts et échanges dans une quotidienneté subie, complexifient les formes de relations entre combattants et non-combattants.
1. Combattants et non-combattants
Plan du chapitre
Fragilité d’une notion : la distinction combattants et non-combattants
Pillés, pilleurs : réquisitions et pillages des populations en guerre
Entre le XVe et le XXe siècle, en Europe de l’Ouest comme en Europe de l’Est, les relations entre combattants et non-combattants peuvent se marquer par des pillages et des réquisitions matérielles et humaines. Comment se caractérisent ces relations, et quelles sont leurs effets sur le quotidien des non-combattants ?
Dans la plupart des cas, les armées médiévales ne pouvaient pas être payées de manière permanente. Le pillage de l'ennemi et les approvisionnements aux dépens de la population non-combattante locale constituaient une pratique courante. Ce fut par exemple le cas des Écorcheurs dans les troupes françaises qui combattaient pour Charles VII contre l'Angleterre (1435-1444).
Basin Thomas, 1933, Histoire de Charles VII, 1407-1444, tome 1, éditée et traduite de latin par Charles Samaran, Paris, Les belles lettres (coll. « Les classiques de l’histoire de France au Moyen Age » 15), p. 237
Les non-combattants d’une ville sont également soumis aux différentes réquisitions par les troupes armées lors des sièges de ville. Ces réquisitions sont matérielles ou physiques tels que les dons de nourritures ou encore de matériels (chariots, chevaux) pour le service de l’armée. De plus, les habitants peuvent être utilisés pour éteindre les incendies lors de bombardements.
Dans la campagne offensive d’Hitler contre l’Union soviétique, les volontaires wallons et français engagés dans les armées du Reich sont privés d’un ravitaillement stable. Si l’acquisition de nourriture passe d’abord par les transactions avec les non-combattants rencontrés, les légionnaires recourent rapidement au pillage des maigres ressources des villages traversés. Les non-combattants eux-mêmes peuvent être réquisitionnés pour creuser des tombes, déblayer des voies ou encore conduire le charroi militaire
Extrait de Jean-Claude Gomot, L’enfant de l’autre qu’elle envoya faire la guerre
Des combattants non adaptés à la vie civile ?
Du Moyen Âge au XXe siècle, la guerre entraîne la présence de combattants au sein de la population non-combattante. Comment cette cohabitation forcée se traduit-elle au quotidien ?
Au XVe siècle, la présence de combattants pouvait représenter à la fois un danger et une protection pour les non-combattants. Les soldats qui sympathisaient avec la population ou éprouvaient de la compassion à son égard pouvaient s'engager à la protéger. Par exemple, en 1467, l’écuyer Jehan de Guimgier, qui était logé dans les faubourgs de la ville de Saint-Genoux, accepta de protéger un clerc nommé Jehan Chantereaul contre les pillages et agressions des autres combattants.
Au XVIIIe siècle, les combattants d’une garnison vivaient dans des casernes et non plus chez les habitants. Mais les officiers continuent quant à eux de dormir parfois aux cabarets et dans les auberges. C’est le cas au siège de Lille en 1708 où les officiers dorment et partagent la table de leurs logeurs, aux frais des habitants et en dépits du contexte de crise.
Sur le front de l’Est, entre 1941 et 1945, les non-combattants sont contraints d’accueillir les légionnaires. Réjouis ou non de l’arrivée des volontaires de l’Allemagne nazie, ils fournissent logement et nourriture aux combattants, et nettoient leur linge. Lors de stationnements prolongés dans les villages alliés, les contacts se renforcent, et les combattants s'intègrent à la vie de la communauté non-combattante. Ils participent aux fêtes locales, fréquentent les bains publics ou pratiquent l'échange de biens avec les habitants (denrées, vêtements, objets divers, etc.)
Extrait de Pierre Henri Dupont, Au temps des choix héroïques (2002)
Extrait de Charles Larfoux, Carnet de campagne d’un agent de liaison. Russie Hiver 1941-1942 (2008)
Des relations tendues
Les affrontements entre combattants et non-combattants prenaient souvent une tournure violente. Les combattants recouraient à la force pour imposer leurs revendications aux non-combattants, tandis que ces derniers ripostaient souvent par la violence lorsqu’ils jugeaient ces revendications excessives. Comment la violence entre combattants et non-combattants se caractérise-t-elle entre le XVe et le XXe siècle ?
Entre 1435 et 1444, les Écorcheurs exigeaient souvent des « patis » de la population : ils promettent de ne pas agresser le non-combattant qui paie pour sa sécurité. A l’inverse, si l'on ne pouvait pas payer cette somme, on était souvent soumis à la torture, voire à la mort.
A l’époque moderne, les non-combattants assiégés subissent la violence des bombardements. Pour hâter la fin de ces derniers, ils peuvent se révolter contre la garnison. Pour prévenir ces comportements, l’armée prévoit alors différents moyens (désarmer les habitants, restreindre l’accès de la ville, …). En cas de révolte des habitants, la garnison fait sortir les séditieux pour empêcher une situation de combat contre les assiégeants et contre la population. Dans certains cas, les séditieux sont mis à mort.
Dès la fin de l'année 1941, les rapports entre les non-combattants d'Union soviétique et les légionnaires wallons et français se détériorent. Progressivement, aux yeux de ces derniers, la distinction entre le combattant soviétique et le non-combattant des territoires traversés s'estompe : les habitants de l’Union soviétique sont désormais suspectés de soutenir les combattants adverses. À partir de 1942, les légionnaires français participent à de vastes opérations qui entraînent la destruction de villages et l'exécution de leurs habitants
