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Visite du Palais de justice de Paris

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Le palais de justice de Paris est un objet complexe et protéiforme : « le symbole du pouvoir de juger au cœur de la ville capitale depuis huit siècles », « un labyrinthe », « un patchwork de constructions du Moyen Âge à nos jours », « un monstre de quatre hectares ». La sédimentation monumentale du Palais résulte des multiples incendies, réorganisations et travaux d’agrandissements qui modifièrent progressivement son emprise et son organisation au cours des siècles.

Durant la période médiévale, l’architecture du palais se transforma à mesure de la sédentarisation de la cour, de l’affermissement du pouvoir royal et de l’extension de son emprise judiciaire et politique sur la féodalité. Si Robert II le Pieux (996-1031) fut le premier souverain à entreprendre des travaux conséquents, ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle, que le roi résida de plus en plus dans son palais de la Cité. Philippe Auguste (1180-1226) en fit le siège du pouvoir capétien ; Saint Louis (1226-1270), roi-juge de droit divin y érigea la Sainte Chapelle (ainsi que la galerie mercière, la salle sur l’eau et la tour Bonbec) ; et Philippe le Bel (1285-1314) remodela et agrandit le palais pour y rassembler les institutions judiciaires et financières du royaume. Il devint le siège de la justice souveraine du Parlement de Paris et de l’administration du royaume, quand Charles V (1338-1380) le délaissa comme résidence au profit du Louvre, de l’Hôtel Saint-Pol et du château de Vincennes. Mais les rois ne partirent pas définitivement ; Ils y revinrent pour les lits de justice, pour des cérémonies, (accueil de l’empereur Charles V en 1378, ou de Charles Quint par François Ier en 1540). Et dès le XVe siècle, la cour souveraine fut dotée d’une prison, la Conciergerie.

La mise en scène architecturale et décorative du pouvoir royal et la sacralisation de la Justice se poursuit à l’époque moderne ; et sous Louis XIV, le palais de la Cité, « temple de justice » apparaît en fait comme un espace multifonctionnel :  un lieu politique et ritualisé (notamment par les entrées royales après le sacre), un lieu de Justice avec le parlement de Paris, dont le ressort couvre alors presque la moitié de la France, mais aussi un centre administratif et commercial. Un nouvel incendie en 1776 détruisit une partie importante du palais ; l’architecte Pierre Desmaisons (1711-1795) fut chargé d’édifier une nouvelle façade orientale (celle que nous connaissons aujourd’hui) et en profita pour exclure du Palais, et notamment la Cour du mai, les nombreuses boutiques et habitations qui l’encombraient et convenaient peu à ce « sanctuaire de la Justice ». La sacristie de la Sainte Chapelle, comme l’ancien escalier (« les grands degrés ») furent détruits et les travaux terminés à la veille de la Révolution.

De 1793 à 1795, les grands procès du tribunal révolutionnaire se déroulèrent dans « la Grand’ Chambre » rebaptisée « salle de la Liberté » et marquèrent le basculement dans la Terreur de la Révolution porteuse des droits de l’homme. Sous la Monarchie de Juillet, les grands travaux commencèrent à nouveau et Jean-Nicolas Huyot (1780-1840) fut chargé en 1835 d’un projet d’agrandissement afin d’en faire un édifice majestueux permettant de recevoir tous les services judiciaires et la Préfecture de police. Le projet est accepté et sanctionné par l'ordonnance royale du 26 mai 1840. Il meurt au début de ce projet, qui se poursuit jusqu'au Second Empire sous la direction de Joseph-Louis Duc et Étienne-Théodore Dommey (1801-1872). À partir des années 1860, l’haussmannisation de l’Île de la Cité et le percement du boulevard du Palais paracheva l’isolement spatial du Palais de Justice. En 1867, l'architecte Honoré Daumet (1826-1911) devint l'adjoint de Duc pour la construction de la façade occidentale du Palais de justice donnant sur la place Dauphine.

Mais, les 24 et 25 mai 1871, un incendie détruisit le tribunal de première instance, la police correctionnelle, les bureaux de l’État civil, les archives, le parquet général, le parquet du Procureur de la République, les cabinets des juges d’instruction, mais aussi les deux salles des cours d’assises à peine achevées depuis deux ans, une grande partie de la Cour de cassation, la Cour d’appel, la salle des pas-perdus et la grand-chambre. Sous la IIIe République, le travail fut donc repris. En 1875, on inaugura le vestibule de Harlay (antichambre de l’unique cour d’assises maintenue) et son escalier monumental donnant sur la place Dauphine. En 1904, après l’expropriation des habitants on confia à Albert Tournaire la construction sur le quai des Orfèvres des nouvelles chambres correctionnelles achevées en 1914.

En 2018, une nouvelle réorganisation d’ampleur s’annonce avec le déménagement du TGI sur le site des Batignolles.

Grâce au partenariat avec la Cour d’appel de Paris et le Centre des monuments nationaux, étudiants, enseignants et chercheurs ont pu entrer au tribunal, parcourir, filmer et interroger ces espaces historiques dans lesquels, encore aujourd’hui, se fabrique la justice. Cette expérience inédite offre la possibilité de déambuler à son gré au sein du Palais de Justice. Les façades extérieures comme les salles intérieures y sont filmées, photographiées et commentées par des spécialistes et des acteurs de la justice. Toutes les données ainsi collectées seront enrichies d’archives et de documents qui permettent de prendre toute la mesure de la complexité sédimentaire de ce palais de la Cité.

Pour en savoir plus :

  • Association française pour l'histoire de la justice. La justice en ses temples. Regards sur l'architecture judiciaire en France, Paris, Éditions Errance, 1992.
  • Guerout Jean, Le Palais de la cité à Paris des origines à 1417, Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et d’Île-de-France, Mémoires, t. I (1949), p. 57-212 (republié en 1976 avec une nouvelle pagination p. 54-197), t. II (1950), p. 21-206 et t. III (1951) p. 7-66.
  • Delhumeau Herveline, Le palais de la Cité. du Palais des rois de France au Palais de Justice, Collection « Les grands témoins de l’architecture », Cité de l’architecture et du patrimoine/MMF/ARISTEAS/Actes Sud, 2011.
  • Favard Jean, Au coeur de Paris, un palais pour la justice, Paris, Gallimard, 1995.
  • Madranges Étienne, Les palais de justice de France, Paris, Lexis Nexis, 2011.
  • Ozanam Yves, Robert Hervé, Szambien Werner, Le Palais de Justice, Action artistique de la Ville de Paris, 2002.

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