Photo prise au mur des fusillés en août 1944, lors de la première commémoration après la libération de Villeneuve-sur-Lot. Une parente se recueille devant le poteau où fut attaché le commandant Bernard (commandant du bataillon d’Eysses) pour être exécuté. Dès la Libération, le mur de la prison contre lequel avaient été dressés les poteaux d’exécution devient le « mur des fusillés » : lieu de mémoire inscrit depuis à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, cas unique venu rappeler aux vivants la France des cours martiales (arrêté du 29 avril 1996, inscrivant le “mur des fusillés” du centre de détention d’Eysses à Villeneuve-sur-Lot sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques : « considérant [qu’il] est un témoin important des événements dramatiques du 19 et du 23 février 1944 liés à la seule révolte armée en milieu carcéral ayant eu lieu au cours de l’Occupation et à sa répression »).
3. Eysses, école de vie, lieu de mémoire
Plan du chapitre
Eysses, école de vie, lieu de mémoire
Photo prise le 5 août 1945 lors de la première commémoration à laquelle participent les anciens résistants rescapés des camps nazis, constitués en amicale. Une délégation arrive devant le porche de la centrale qu’ils avaient quittée sous les coups des SS le 30 mai 1944. « L’amicale des anciens détenus patriotes de la centrale d’Eysses a été constituée pour maintenir vivants la solidarité, l’esprit combatif, qui ont fait d’Eysses, sous la répression, une des forteresses de la résistance patriotique. Nous sommes fiers des succès remportés, fiers aussi des dures batailles menées. Aujourd’hui, un autre combat est engagé : la lutte pour la renaissance de la France. Fidèles à l’esprit de notre collectif de patriotes, nous apportons, là encore, la force de notre union. UNIS COMME A EYSSES Pour la liberté et la renaissance de la France Pour l’épuration et le châtiment des traîtres Pour le respect de la volonté nationale Nos héros sont tombés pour libérer la France de toute trace du fascisme, pour assurer la sécurité de leurs enfants, de nos enfants ; c’est à nous à veiller au respect de ces engagements ». Premier bulletin de l’amicale d’Eysses août 1945.
Premier hommage ému des anciens résistants détenus à Eysses à leur camarade tombé au combat le 19 février 1944 et aux douze fusillés.
Serment d’unité prononcé le 5 août 1945 devant le mur : Martyrs d’Eysses, en ce lieu où vous êtes tombés, Devant nos berceaux et devant vos tombes, Nous faisons le serment de rester unis, UNIS COMME A EYSSES, Unis comme nous l’étions dans la journée du 10 décembre 1943, unis comme nous l’étions le 19 février, unis comme vous l’étiez, face à la mort. Martyrs d’Eysses, nos compagnons, nous le jurons. Nous faisons le serment d’accomplir votre mission. Nous ferons tous ensemble, avec tous ceux qui ont souffert, avec tout notre peuple, la France que vous vouliez, pour laquelle vous êtes morts. Nous lui donnerons sa place dans le monde, nous le jurons.
Un premier pèlerinage a lieu le 5 août à Villeneuve-sur-Lot, où se tient la première assemblée générale dans la salle du théâtre Georges Laygues. Elle réunit 487 survivants venus de toute la France, soit plus de la moitié des Eyssois déportés rentrés vivants. En dépit de l’état de santé fragile de beaucoup et des contraintes de déplacement, elle se déroule au milieu d’une foule nombreuse.
Photo du procès du directeur milicien Schivo, de son épouse, et de ses deux gardes du corps miliciens. Ils comparaissent devant la Cour de Justice du Lot-et-Garonne à Agen le 13 mars 1946. À peine rentrés des camps nazis les survivants du bataillon FFI de la centrale d’Eysses se donnent pour tâche d’assigner en justice leurs bourreaux. Leur action est couronnée de succès et la condamnation à mort des miliciens fanatiques (Schivo, son épouse et son garde du corps Alexandre) est logiquement obtenue. Les deux hommes sont exécutés, madame Schivo voit sa peine commuée - comme il est de coutume pour les femmes - en travaux forcés à perpétuité, puis à vingt ans.
M. Jacques Chantre ancien résistant détenu à Eysses porte le drapeau de « l’association pour la mémoire des résistants détenus à Eysses, bataillon FFI déporté à Dachau » lors des commémorations de février 1944, qui se déroulent en 2010. À cette date, l’association compte encore parmi ses membres 87 anciens résistants incarcérés à Eysses durant la Seconde Guerre mondiale. L’hommage patriotique, point fort des commémorations annuelles à Villeneuve-sur-Lot depuis 1944 permet d’ancrer les fusillés dans le Panthéon des morts pour la lutte libératrice de la France. Mémoires collective et institutionnelle ont contribué à faire de la prison d’Eysses un lieu de mémoire symbole de combats pour la restauration des libertés républicaines dans laquelle les résistants d’Eysses jouèrent un rôle original.
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